samedi 29 décembre 2007

140° Et l'homophobie, dans tout ça ?

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Le Sarkozy circus et son big band occupe à ce point le devant de la scène qu’on finit par oublier que ce blog est en principe axé sur la lutte contre l’homophobie.

Or on sait que tous les droits sont liés au point que les observateurs s’accordent à considérer que l’examen du droit des femmes et des gays est un excellent baromètre des vraies libertés d’un pays. En France, puisque nous y vivons, nous n’en faisons pas une photo, comme pour préparer des vacances, mais un film, pour estimer leur évolution.

Et là, pas de doute : Sarkozy joue « Maman, j’ai rétréci les droits ». Que ce soit celui du travail, avec la démolition brique par brique du droit du travail, on en est cette semaine à la durée hebdomadaire, le droit au séjour, avec les expulsions comme au tir à pipes, les droits sociaux avec les radiations en chaîne des Assedic pour casser le thermomètre du chômage, le droit à la dignité des chômeurs de ne pas se faire traiter d’assistés qui glandouillent, le droit à la santé avec les franchises sur les remboursements de la sécu, le droit de se déplacer avec les suppressions arbitraires et non jugées de permis de conduire, il faut bien le reconnaître : jamais le droit des Français n’a été aussi malmené que depuis qu’ils ont élu un avocat à leur tête.

Les droits des gays, n’en déplaise aux inconditionnels du régime, sont pris dans le même tourbillon d’essorage à grande vitesse. Entre les promesses non tenues (éradication de Vanneste) et les mesures scélérates (le CUC qui réintroduit dans le code civil une notion d’homosexualité qu’on a mis 40 ans à retirer), les gays, en dépit d’apparences difficilement entretenues par Gaylib, n’ont pas la vie belle depuis mai 2007.

A cela, il faut ajouter que la gauche, ou ce qui en tient encore lieu, rivalise en imbécillité avec ce que la droite nous oppose en perfidie et en capacité de nuisance. Avec les déclarations religieuses dignes d’un prédicateur américain de Marlène Lanoix et Raymond Occolier, les deux élus socialistes de Martinique, le PS avait l’occasion de montrer que ce que le ménage que l’UMP ne savait pas faire avec Vanneste, lui savait le faire.

Raté. Les deux homophobes socialistes ont été gentiment entendus par une commission des conflits qui leur a fraternellement pincé la joue et peut-être un peu tiré l’oreille. Un blâme… comme à l’école. Comme un cancre reste un cancre, nos deux chrétiens de service sont rentrés au pays renforcés dans leur certitude que leurs croyances religieuses devaient passer avant leurs convictions politiques. Ils persistent et signent dans leurs errements discriminatoires, prêchant d’un côté l’oubli de leur communauté par la métropole tout en entretenant la haine et la discrimination de l’autre. Ce n’est plus de la politique politicienne, mais de la politique politicarde. Il y a des partis de tolérance pour cela, et ce qui reste du PS perd ce qui lui reste de crédibilité en fermant les yeux sur de tels accrocs dans les visées humanistes qu’il voudrait représenter.

D’autant plus que, mine de rien, France 2, dans son Journal télévisé, nous fait insidieusement le coup du morceau choisi en passant à l’antenne les plaisanteries d’ivrogne que Laurent Gerra répand volontiers sur Delanoë. Il est vrai que notre Bertrand, l’autre infatigable, remplit sa mission avec une volonté qui bâtit un consensus autour de lui, et que l’imitateur illustre ainsi la phrase de Boileau : « L’injure est l’argument de ceux qui n’ont rien à dire ».

Un bruit courait dans les milieux informés que la Bulgarie était un paradis pour les amateurs de garçons, et qu’un voyage à Sofia était une promesse de volupté pour les nostalgiques de la drague à l’ancienne, dans la rue, les parcs et les endroits non-dédiés. Damned ! Encore raté ! Un sondage vient de tomber, qui classe la Bulgarie au premier rang des pays européens pour l’homophobie ambiante, affirmant que seulement 17% des Bulgares accepteraient « d’adresser la parole à un homosexuel ».

Cela me rappelle ce crétin bien français, celui-là, avec lequel je venais de conclure une affaire avec beaucoup d’abnégation devant ses déclarations hyperdroitières, business is business, et qui me prenant les deux mains à témoin de sa satisfaction, m’affirmait le cœur sur la main : « Je savais qu’on ferait affaire, moi, je sens les gens, par exemple, les pédés, je les sens, je ne me trompe jamais ».

Bon, en Pologne, c’est le statu-quo. On ne pond plus de nouvelles lois homophobes, mais on n’a rien fait pour adoucir la rigueur des anciennes ni modeler l’opinion publique. Le nouveau premier ministre, Donald Tusk, n’a toujours pas daigné répondre aux associations qui lui ont demandé une entrevue.

Tchad, Angola, Iran, Irak ? A quoi bon? Revenons en France. Cela suffira à notre déprime.

Le BVP (Bureau de vérification de la publicité) vient de déconseiller vivement l’exploitation d’une affiche d’une campagne pour la prévention contre le VIH montrant deux hommes enlacés, ce que que Act-Up n’hésite pas à qualifier d’incompétence criminelle.

http://www.actupparis.org/article3242.html

Ci-dessous, quelques exemples d’affiches autorisées. Il faut savoir qu’en matière de publicité, les affiches pour les films et spectacles ne sont pas soumises aux mêmes critères que les autres. (Sans doute ne s’affichent-elles pas sur les mêmes murs…), ce qui nous avait permis en 2003 de contempler l’affiche du film de Bertolucci « Les Innocents » (« Dreamers » dans le reste du monde).

affiche acceptée


affiche acceptée


affiche acceptée


affiche acceptée


affiche refusée


affiche refusée

Souvenons nous de la condamnation par la justice d’un gentil pastiche du tableau « La Cène » de Léonard de Vinci, interdit d'affichage en première instance et en appel à la demande de l’association « Croyance et Libertés », bras séculier de la conférence des évêques de France. Du coup et grâce aux supercathos, notre jurisprudence, -pourtant supposée laïque-, s’enorgueillissait d’une magnifique définition du blasphème dans laquelle les mouvements islamiques commençaient à s’engouffrer lorsque, le 14 novembre 2006, dans un salutaire sursaut, la Cour de Cass, a débouté les croisés et rendu sa laïcité à notre arsenal législatif.

Civ1, pourvois n° B 05-15822 et W 05-16001, Bulletin 2006 I N° 485 p. 417

Il faut savoir que lorsqu’une affiche est « autorisée » ou pas déconseillée, il faut ensuite qu’elle franchisse les fourches caudines de la régie Métrobus, qui gère l’affichage du métro et des bus parisiens, premier afficheur de la capitale. (affiches Rainbow attitude refusées par Métrobus en septembre 2005, affiche Télérama pas bienveillante pour Sarko tout récemment).

Mais l’homophobie quotidienne, ce n’est pas que les injures et les cassages de gueule, les discriminations à l’emploi et les sarcasmes. C’est aussi un travail de sape, lent mais obstiné, que pratiquent sur notre vie quotidienne une catégorie d’intolérants qui se recrutent essentiellement, il faut bien le dire, dans les milieux religieux intégristes.

Témoin cette étrange bonne sœur en mission commando le week end en plein Marais, au milieu de l’animation et de la rigolade, appliquée à récolter tous les flyers qu’elle peut trouver dans un grand sac, puis à aller les déchirer soigneusement un par un (c'est du carton!!!) dans une poubelle. Ce qui ne l’empêche pas de s’attarder par moments avec une étrange nostalgie sur les mâles dénudés avant de les réduire en miettes. On a les plaisirs qu’on peut.

La cueillette...


...et l'exorcisme

Derrière l’homophobie officielle se cache, chez certaines gens, une homophobie aussi furtive que leur sexualité.


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mardi 25 décembre 2007

139° Y a de l'eau bénite dans mes pop corn !

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Alerte à l'imposture.

Je me souviens d’un livre qui avait terrorisé mes nuits adolescentes. L’histoire de ce brave homme barricadé dans une maison dont les vampires, chaque nuit, venaient secouer les volets pour l’inviter à les rejoindre.

Affiche Warner Bros

Cet ouvrage était bien davantage qu’un simple livre de vampires à la Bram Stoker. Périmant le vampire romantique, il créait le personnage du vampire moderne, échappé de Transsylvanie sub-Cartpathique pour vivre en Amérique, « là où ça se passe ». . Il avait contribué, par son symbolisme, à ouvrir mes yeux de jeune homme né juste après la guerre sur les vérités de la vie. Il posait de vraies questions. La suprématie de l’homme est-elle légitime ? A quoi sert dieu, sinon à la légitimer en en faisant la créature d’un machin indiscutable par hypothèse ? La civilisation est-elle sur la bonne voie ? L’humanité est-elle faillible ?

D’abord, Richard Matheson, son auteur, est un vrai visionnaire : dans le livre, l’origine de l’épidémie est la pollution, et le monde des vampires un monde possible, qui d’ailleurs, triomphe à la fin comme plus adapté à la planète dévastée par l’homme revenu à l’état de bête.

C’était la première fois, à la fin des années 60, que j’entendais parler d’écologie et de catastrophe du même nom. C’était la première fois que le comportement ordinaire de l’homme était désigné comme responsable de la déroute de la civilisation. C’était la première fois que l’homme perdait sa suprématie sur la terre.

Zappé. Dans le film, l’homme est parfait, il a juste fait une boulette avec un vaccin qui dégénère. Pas un instant, il ne remet en cause ses manières, sa façon d’être et de vivre, the american way of life. Le survivant travaille et se sacrifie dans le seul but de rétablir sur la planète un ordre humain identique à celui qui régnait avant l’accident. Le scénario évite les questions gênantes : c’est un vulgaire vaccin qui tourne mal qui est à l’origine de la contamination, thème moult fois repris avec diverses variantes dans les ouvrages d’épouvantes à trois balles : d’habitude, soit le virus vient de l’espace, soit c’est l’œuvre d’un savant fou au service d’un dictateur encore plus fou. Bref, ce n’est jamais vraiment de la faute de l’homme. Ce genre de film exempte l’homme de toute responsabilité collective sur les désordres qu’il décrit, et ouvre la porte ou la fenêtre au héros, toujours américain, qui va sauver la planète.

Dans le livre cohabitent deux sociétés qui évoluent à leur manière chacune de leur côté : d’une part, le survivant dans sa maison barricadée qui tente bien de trouver la parade au vampirisme avec quelques éprouvettes, mais dont le moral s’étiole et qui dérive dans l’alcoolisme pendant ses longues nuits d’angoisse. En face, le monde des vampires, parfaitement conscient de son état, un vrai monde qui pose les bases d’une nouvelle société adaptée, justement, à sa nature vampirique, crée, évolue, et entreprend des recherches pour s’insensibiliser à la lumière du jour.

Dans le film, le survivant est un colonel d’une prestigieuse unité de marines, suréquipé, qui cultive ses muscles rebondis sur des machines de training, bénéficie d’une électricité et d’une eau courante tombées d’on ne sait où, d’un laboratoire high tech informatisé à donf, et du savoir ad-hoc. Il est médecin, comme par hasard, et bien sûr c’est lui qui va trouver la potion magique pour rétablir l’ordre biblique avant de tomber au front et de mériter la grande croix des braves.

Dans le film toujours, les vampires ont une activité cérébrale nulle, ce sont nuit et jour des bêtes assoiffées de sang, incapables de penser à autre chose qu’à vampiriser.

Aucune créature ne saurait concurrencer l’homme, créature de dieu, (attendez la suite…), dans son hégémonie sur la planète. Pas question que ces choses-là se mettent à organiser une civilisation…

En décrivant parallèlement l’évolution du monde des vampires et du microcosme du survivant qui coexistent pendant la durée du récit, le livre pose honnêtement la question gênante de savoir qui de « l’homme d’avant » ou du « vampire muté » sera le plus capable de conduire une nouvelle civilisation adaptée à la planète dévastée. Au bout du village, les vampires communiquent, constatent leur état, cherchent des solutions, s’organisent.

Le film ne se pose pas tant de problèmes : l’homme est seul détenteur de toute velléité de civilisation, de toute aptitude à la suprématie. Il nous raconte l’invasion des morts-vivants uniquement du point de vue de l’assiégé, en nous égrenant tous les larmoiements hollywoodiens possibles (instauration de la quarantaine, départ de l’épouse et de l’enfant, leur disparition supposée, leurs portraits omniprésents, la mort du chien, le poids de la solitude). Il ne donne du monde des vampires que la vision d’un marigot de crocodiles, avec la perspective des sacs Vuitton en moins. C’est plus simple, et surtout plus… biblique. On y vient, petit à petit, l’oiseau fait son nid.

Dans le livre, il y a négociation entre les vampires et l’homme. Dans le film, l’homme défouraille à l’arme lourde sur des vampires qui éclatent au plafond comme dans un jeu vidéo, négocie au napalm, et joue à les écraser avec son 4x4. Faut être moderne, contribuer au défoulement des masses, mais surtout pas à leur réflexion.

Le dernier chapitre du livre laisse un monde où les valeurs sont inversées : les vampires mettent au point leur traitement d’insensibilisation à la lumière du soleil, adaptent leur mode de vie à la planète dévastée, se constituent en collectivité cohérente, renoncent à « se guérir » complètement, et décident de vivre dans ce nouvel ordre. Seul obstacle, le survivant sera condamné à disparaître par un tribunal, mais les vampires lui rendront les honneurs à leur manière.

Le vampire, symbole du mal et du diable, s’est emparé de la terre, l’homme devient légende par la grâce et aux yeux des vampires, (d’où le titre) et la « créature du diable » devient l’humanité de demain, sans dieu et sans poisson le vendredi.

Mais, au trois quarts du film, on sort brutalement du livre. On connaissait les détournements d’avion, voici les détournements de bouquin ! Merci Matheson pour les quelques idées de départ pillées qu’on a cuisinées à notre manière, mais on n’a plus besoin de toi. Ta fin ne nous plait pas, on va en faire une lue et approuvée par les autorités politiques et religieuses. On dirait un manuscrit revu par l’inquisition !

Photo presse Warner Bros France

A partir d’ici, toute ressemblance avec le livre serait le résultat d’une coïncidence qui aurait échappé aux scénaristes du film !

Une survivante vient à la rencontre de notre survivant. Et là, le loup sort du bois. Un dialogue surréaliste s'engage:

« Comment m’avez-vous trouvé ? »

« J’ai écouté dieu, et c’est dieu qui m’a guidée ».

« Qu’allez-vous faire maintenant ? »

« Aller dans un camp de survivants qui se trouve dans la montagne ».

« Comment savez-vous que ce camp existe et où il se trouve ? ? »

« C’est dieu qui me l’a dit ».

On s’accroche au fauteuil… L’opérateur a mélangé ses bobines avec celles de la salle paroissiale ? Non, non, vous n’avez pas rêvé ! C’est le même film qui continue. En quelques secondes, une superproduction hollywoodienne devient une parabole de prédicateur de banlieue.

Et Will Smith devient une légende, non plus comme le dernier survivant d’un monde révolu, reconnu comme tel par ses successeurs, mais un vrai héros américain, celui qui a trouvé le vaccin avant de se sacrifier, fiole que notre survivante va porter, comme une ampoule de saintes huiles, au village des survivants dont la fin nous réserve une vision « américaine » que je qualifierai « d’apocalyptique à l’envers ».

Dans une campagne verdoyante, une vue aérienne montre un village fortifié, genre village de Hobbits, quelques chaumières bucoliquement lovées autour de son église toute blanche, une paire de charrettes à cheval pour la touche d’ambiance amish-retour-case-départ. Lorsque les portes blindées de la muraille s’ouvrent, c’est le pasteur qui vient accueillir la fugitive et recueillir dans ses mains viriles et crevassées de travailleur laborieux l’éprouvette qui va rétablir l’hégémonie de l’ordre biblique.

C’était si beau qu’on recommence tout : Revoilà la conquête de l’ouest, avec ses petits villages chrétiens qui auront à pacifier des étendues hostiles peuplées de créatures qui se sont trompé de dieu.

Comme jadis les colons américains ont exterminé les indiens sans avoir songé à partager leur territoire ni même leur avoir déclaré la guerre, l’ordre de la bannière étoilée, telle un phénix dont aucun extincteur ne vient jamais à bout, va repartir de ce bout de village modèle de promoteur évangélique, pour s’étendre à nouveau sur la planète.

L’Amérique a encore sauvé le monde. Ça devient lassant, à la fin, d’être toujours sauvé malgré soi comme de vulgaires Irakiens, d’autant plus que l’histoire, en s’écrivant chaque jour, confirme ce que le visionnaire Matheson écrivait déjà en 1954 : ce n’est pas, et loin s’en faut, la manière américaine qui va bâtir le futur.

S’il existe un jour des révisionnistes en matière d’histoire des civilisations, et ça menace avec les éruptions créationnistes que l’on décèle ici et là, (voir mon billet n° 107), ce genre de film leur servira de référence. « S’il existe un jour » ! Je suis optimiste : ils existent déjà : le retour de manivelle biblique est déjà en route ! D’ailleurs, les croisades, la défense des valeurs chrétiennes, du mariage, de l’évangélisation forcée, du machisme des écritures, la lutte contre la contraception et l’avortement, l’homophobie n’ont-elles pas d’ores et déjà recommencé ?

Je trouve surprenant que l’auteur, âgé aujourd’hui de 81 ans, à qui l’on doit entre autres des scénarios pour Star Trek, la Quatrième Dimension, et des livres comme La maison des Damnés, les Seins de Glace et l’Homme qui rétrécit, ait laissé faire. D’habitude, ses ouvrages étaient matière à réflexion, et n’avaient rien d’une parabole pour prédicateur branchouille comme ce film, malencontreusement premier au box office lors de sa sortie un peu partout.

A détourner des ouvrages quasi philosophiques en vulgaires instruments de propagande biblique, à exalter la prééminence de ce dieu et de l’homme sa créature, à glorifier le modèle du colon qui va de son propre chef imposer une vérité sans écouter celle des autres, ce genre de film travaille en réalité de façon très productive à la perte de l’humanité en la confirmant dans le mythe de son infaillibilité. Le résultat atteint sera l’inverse du but proposé, mais comme les menées bibliques sont devenues des entreprises bien matérielles et qu’elles bouclent leurs comptes le 31 décembre de chaque année comme de vulgaires multinationales, elles se foutent éperdument des conséquences à long terme de leur business d’aujourd’hui.

L’homme a tellement raison qu’on va recommencer pareil. Les braves gens qui vont au cinéma maintenant ne gavent plus seulement leur bedaine de popcorn obésigènes, ils se confortent dans un prêt à penser qui, s’il continue à se répandre, feront que ni Matheson ni Aldous Huxley ne seront plus demain des auteurs de science fiction, mais des évangélistes du Nouvel Âge..

Dommage que ce film, aux moyens très conséquents, -quand on aime dieu on ne compte pas-, donne le spectacle surprenant des rues et places de New York les plus connues, désertes, abandonnées et envahies d’herbes folles. Tout cela a dû coûter bonbon, en tout cas le résultat est visuellement très spectaculaire. Mais ces jolis trucages valent-ils une leçon de catéchisme bêtifiant ?


Bon, je sais que c'est une fête religieuse, mais Joyeux Noël quand même !

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vendredi 21 décembre 2007

138° De Disneyland au Vatican

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Je suis en train de préparer un billet sur l’étude que je fais des visiteurs de ce blog, par géolocalisation et par référence. (Référence = mot clé sur un moteur de recherche par lequel ils sont arrivés sur ce blog.). C’est riche d’enseignements, mais ce sera long, ne soyez pas impatients..

Car si on laisse peu de commentaires sur mon blog, et j’en profite pour renouveler mon invitation à le faire, on y accède de tous les coins du monde. J’en connais ou reconnais certains au vu de leur localisation, mais je découvre tous les jours de nouveaux visiteurs.

Il y en a à l’Assemblée Nationale, également au Sénat, à la Lyonnaise des Eaux, à différents Conseils Régionaux, de nombreuses municipalités et quelques ministères. Il y avait aussi le diocèse de Paris, mais ça a disparu. Soit l’épectase m’a pris mon visiteur, soit le webmestre a donné un tour de vis…

Je voudrais aujourd’hui saluer particulièrement mon visiteur assidu iranien. Je ne vous dirai pas de quelle ville pour ne pas le mettre en danger, car en Iran, on vient encore de pendre un homosexuel de 21 ans pour sa seule homosexualité, et sans qu’aucun délit d’aucune sorte n’ait pu lui être reproché que d’être ce qu’il était.

Juste l’occasion de dénoncer l’attitude intransigeante de la préfecture du Rhône qui s’apprête à expulser un jeune algérien déjà rejeté par sa famille en France pour son homosexualité, et qui risque de se retrouver dans un pays où ses gentils frères lui ont déjà fait sa réputation, et où on l’attend avec des bâtons. Nadir, 24 ans, poursuit en France une formation professionnelle sérieuse et vérifiée à Villeurbanne, et vit depuis plus de deux ans avec son ami Samuel…Un dangereux terroriste, sans doute ?

Mais revenons à la people story qui vous tient en haleine.

Tout le monde n’a pas la même perception de la limite vie publique – vie privée. C’est en tout cas ce qui ressort de l’interview de Patrick Poivre d’Arvor qui s’explique du pourquoi du comment qui veut que le 20 heures de TF1 de dimanche dernier n’ait pas parlé des tourtereaux de Disneyland à l’heure où le monde entier les mettait à la une.

« C’est un événement privé » affirme PPDA, alors qu’inviter la même Carla à l’arbre de Noël de l’Elysée, par exemple, ne le serait pas, attendu que l’Elysée est un palais de la république.

Tandis que se faire photographier avec un manifeste consentement, un week end, jour d’affluence, à la grande parade de Main Street de Disneyland, ce haut lieu de retraite spirituelle, de discrétion et de quiétude romantique, c’est un acte privé ! Mais c’est une véritable trahison ! TF1, les meilleurs amis de notre Zorro, ne saisissent pas au vol cette ébouriffante manière de tourner la page du Kadhafi-circus ! Il y a des directeurs de l’information qui ont valsé pour moins que ça ! Enfin, on a évité le pire, puisque notre président n’ayant pas mis ses talonnettes du dimanche, personne ne l’a pris pour Dingo.

Dès le lendemain, nos journalistes se sont empressés de commenter le retentissement planétaire de cette nouvelle idylle qui vient consteller le firmament plus très aristocratique de nos people.

Grande question : Est-ce que cette escapade romantique va être profitable à notre président, ou pas ?

Deux écoles s’affrontent : Les vrais sérieux pour lesquels il s’agit là d’un dévoiement manifeste de la vie politique, un mélange contre-nature de la chose publique et de la chose privée, une porte dangereusement ouverte entre la cour des saltimbanques et les allées du pouvoir. Il est vrai que ce n’est pas nous qui avons commencé, n’est-ce pas Messieurs Reagan et Schwarzenegger ? Si on exclut celui de Monsieur Hortefeux, le modèle absolu de société parfaite étant irrémédiablement outre-atlantique aux yeux de notre concentré de président, il ne fallait pas s’attendre à faire l’économie de la « pipolisation » de notre vie politique. Moderne, vous avez dit moderne ?

De ce côté, il peut effectivement perdre quelques voix, mais pas tant que ça, si on estime le nombre de suffrages irréfléchis (pardon… « spontanés » c’est mieux ?) qui se sont portés vers lui lors d’une campagne d’une haute tenue populiste. Ce supplément de voix qui lui donne la majorité, elles sont inconditionnelles, instinctives. Ce sont les crédules de la télé, les allergiques chroniques à la gauche, les intégristes pas trop trop durs, et le moutons qui suivent le troupeau. Ils continueront à le suivre.

Ce à quoi je ne m’attendais pas, et que m’a révélé ma petite incursion hebdomadaire au café du Commerce et des Sports réunis, c’est l’effet beauf qui fait tache d’huile sur la galaxie bobo. « Putain le mec, président, le pouvoir, le pognon, les amis partout, les vacances sur un yacht, la collection de Rolex, et maintenant les top-model ». La totale, quoi. La réussite absolue du parvenu modèle, le mec en couverture du magazine « Comment réussir ».

Bravo l’artiste ! Et là, il y a un effet positif qui ne sera pas un raz de marée, certes, mais qui lui apporte une frange d’électeurs qui doutaient encore, - la fin du cigare au resto et la taxe sur les 4x4 polluants, c’est difficile à avaler-, mais que les prouesses de notre Roméo mondain achèvent de ramener au bercail.

Dans le vrai monde politique, on avait eu le führer, le conducator, le timonier, le guide. Eux, étaient des politiques. Maintenant, dans la galaxie people, nous avons « le modèle ». Le hit parade des « tombeurs » ne recrute plus ses champions exclusivement chez les footballeurs, les chanteurs et les joueurs de tennis. Les hommes politiques, ou prétendus tels peuvent prendre part aux éliminatoires ! C’est ça, réformer les institutions, moderniser la France, tout rendre possible. Le problème est que ces deux mondes apparemment bien distincts fusionnent néanmoins au bout de la route : lorsqu’il atteignent le pays du culte de la personnalité.

On connaissait les passerelles dorées entre les entreprises pour leurs dirigeants, il y en a maintenant entre le show biz et la politique. Dommage qu’aucune passerelle, ne fût-elle qu’en bois brut, ne permette encore de passer au-dessus du monde des SDF quand on quitte la rive « emploi » pour un voyage vers l’inconnu.

Voilà une promesse vraiment tenue : « Tout devient possible ». On aurait quand même dû mieux s’entendre sur le sens de « tout » avant de l’élire, mais bon…Dois-je préciser que je ne me sens pas concerné par cette question ?

Pendant qu’on est au café du Commerce et des Sports, ils m’en ont raconté une bien bonne que je n’ai pas encore trouvée sur le web : C’est l’histoire du SDF qui, après sa journée de boulot, rentre dans sa tente et trouve Bolufer dans son sac de couchage. Mais bon, que dire sur cette histoire de coucou ? Qu’elle est symptomatique d’un système qui perdure dans l’ombre des années après les élections qui l’ont chassé.

D’ailleurs, « Tout est possible » est une des légendes de la photo ci-dessus, qui a déjà fait le tour du web, mais quand j’en vois certains manipuler leur ordinateur, je ne juge pas inutile de la reproduire.

Pour la petite histoire, sur d’autres sites, elle est intitulée « Les miracles de la chirurgie esthétique » ou intégrée dans un triptyque « Liberté, République, Réforme » où à côté de la statue de Bartholdi et du buste de Marianne, elle incarne la troisième vertu. On la trouve aussi en illustration du « Avec Sarkozy, tout est possible ».

En tout cas, si Sarkozy n’est pas le premier président de notre République à avoir été faire allégeance au Vatican et y recevoir la chasuble de Chanoine de Saint Jean de Latran, il est sûrement, à part quelque obscur Borgia, le premier chanoine divorcé de l’histoire. Il a dû en être de son divorce comme des droits de l’homme avec Poutine ou Khadafi. « Ils en ont certainement parlé »…..

Quand notre Nicolas part en voyage, il a coutume d’emmener quelques spécimen représentatifs des valeurs de notre beau pays. Des capitaines vendeurs de notre belle industrie, et des artistes représentatifs de notre belle spécificité. Là, il a fait fort : le voyage étant placé sous le signe de la séduction et de l’attrait du beau sexe qui avaient défrayé la chronique du week end, notre garnement a emmené dans ses valises Jean Marie Bigard, qui est sans doute de toute la panoplie des artistes français, celui qui travaille le plus en dessous de la ceinture. Et sans s’embarrasser de dentelle. Chacun sa spécificité, tu me diras, mais savoir ce Jean Marie là copain de « notre » Nicolas me déçoit presque autant que lorsqu’il a reçu l’autre Jean Marie à l’Elysée.

Nicolas de Neuilly et Benoît du XVI° ont semblé bien s’entendre. C’est souvent le cas entre grands chefs. Les foules adorent les scènes d’effusion. Les jeux du cirque commencent toujours par des hommages et des éloges et finissent par des distributions de hochets. Mais ça me gène aux entournures de voir le premier, censé nous représenter, baiser la main du second. Je croyais que la France ne baisait la main de personne. C’est d’ailleurs sans doute la première fois que son président baise une main, mais c’est une de trop, même si on se rassure de constater qu’il ne s’est pas laissé tromper par les jupes du pape et a arrêté net ses effusions publiques aux phalanges de Benoît au lieu de l’emmener au Parc Astérix le jour de la parade.

Et puis, chapitre urticaire et démangeaisons, l’entendre dire que « les racines de la France sont chrétiennes », ça m’embête encore aussi. Eu égard au nombre de français pas chrétiens, ça me rappelle douloureusement l’époque où on enseignait aux petits Africains que leurs ancêtres étaient des gaulois blonds aux yeux bleus. Il y a dans ces racines chrétiennes des relents d’« effets positifs » qui troublent ma digestion.

D’ailleurs, heureusement que notre Zorro est nul en histoire et en préhistoire. Parce que si on remonte beaucoup plus loin et qu’on néglige les théories créationnistes, force est de constater que loin au-delà de la chrétienté, « les racines de la France sont cannibales », ce qui tend à démontrer qu’il vaut mieux regarder l’avenir que le passé. Puisque Monsieur veut absolument nous faire la France de demain, il serait bon qu’il arrête de se référer sans cesse à celle d’hier.

C’est comme de vouloir toujours demander aux gens d’où ils viennent, ce qui est la marotte de son ami Hortefeux. Quelle importance d’où ils viennent, puisqu’ils ne peuvent rien y changer ?. Faut-il encore rappeler qu’il y a eu des précédents fâcheux dans l’histoire ? Demandez leur donc plutôt où ils vont : de cela, ils sont responsables, et vous verrez que les réponses sont bien plus intéressantes.

Reprocher à quelqu’un d’où il vient, c’est lui reprocher ce qu’il est. On a tort de trop vulgariser une question aussi idiote, car lorsque le vent tournera, on sera bien embêtés lorsque les autres nous la poseront.

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lundi 17 décembre 2007

137° Il peut le faire! D'ailleurs, il l'a fait !

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Je ne suis pas peu fier de voir si brillamment illustrée ma théorie de la « bousculade évènementielle » qui constitue le principe de base de la communication sarkozienne.

Pour les novices de ce blog, je rappelle que cette théorie que je prête aux communicateurs de notre Zorro consiste à créer chaque fois qu’il est nécessaire un événement capable d’occulter l’impact médiatique du précédent, notamment lorsqu’il s’agit d’une éventuelle boulette ou d’une promesse hasardeuse dont quelques teigneux attendraient la réalisation avec trop d’obstination. Au point d’en avoir plusieurs d’avance…

Après la visite de Kadhafi, je me demandais ce que les services de com de l’Elysée allaient bien pouvoir inventer. Il fallait du lourd. Hier encore, je m’interrogeais sur ce qui allait nous tomber sur la tête, et j’allais vous proposer de parier avec moi sur la nature de l’ovni dans mon billet d’aujourd’hui.

Grillé ! La com de Sarkozy, c’est Lucky Luke qui tire plus vite que son ombre. On n’a pas le temps d’écrire ni d’imprimer les journaux people, mais une fuite bien organisée nous permet déjà de savoir ce qu’il y aura dans ceux d’après demain. Il y a des méchants qui réécrivent l’histoire et accommodent le passé, lui, il l’écrit d’avance !! Maîtriser la presse à ce point, c’est du grand art, non ?

On pense à Gary Hobson, ce héros de feuilleton à chienchien qui reçoit chaque matin le journal du lendemain.

Bref, voilà notre Nicolas in love with Carla Bruni. Moi, je me refuse à m’occuper de la vie privée des gens, charge à eux de ne pas s’en servir pour influer sur la vie publique. C’est leur vie privée tant qu’ils la gardent privée. Dès lors qu’ils en utilisent l’impact médiatique, cela cesse d’être privé de leur propre responsabilité. Et c’est le cas.

Cela pose différents problèmes. D’abord, jusqu’à présent, il y avait une limite bien nette dans notre société entre le monde politique, la vie publique, le monde des stars et la vie privée. Mais monsieur Sarkozy cuisine ses marrons sur les feux de la confusion.

Politique d’abord en tentant d’effacer le clivage gauche-droite, comme si la gauche allait cesser d’exister parce qu’un caporal cache ses mouvements de troupe dans un nuage de fumée style guerre de 1870 et achète quelques carriéristes aux convictions élastiques.

People ensuite car il tente de faire dériver la France vers un système américain où personne ne comprend rien dans un non-choix où il y a d’ailleurs peu à comprendre et où l’intention de vote se détermine sur l’éclat des strass des majorettes, l’opinion des présentatrices de télé et les sermons des prédicateurs de music hall.

Antihumaniste enfin, car le pays merveilleux de Disneyland où les tourtereaux ont cédé à la presse quelques instants de leur intimité est ce pays du prince charmant où tous les citoyens sont « propres et honnêtes » comme les rêve Hortefeux, contents d’aller au travail parce que payés en diamants (Heili, heilo, on revient du boulot !), sans chômeurs, sans immigrés, (il n’y a qu’un seul merveilleux pays sans frontières), où le rôle d'opposant, dévolu à de rares et maléfiques capitaine Crochet et méchantes sorcières est toujours ridiculisé mais reste utile parce que réduit au statut de faire-valoir.

Une seule caméra « officielle » montre d’un seul regard un seul monde sans pluralité poliment soumis à un seul prince sans rival et légitime par hypothèse dont la politique est gentiment occultée par le chant des oiseaux. (de la presse aux ordres…)

Un monde de symboles. D’ailleurs, les héros y réussissent ce prodige d’être à la fois hétérosexuels et asexués. …

Et la France dans tout cela ? Et les petits vieux dont la retraite n’a pas augmenté d’un yota depuis l’endormissement de la princesse, et ceux dont le frigo est vide le 20 de chaque mois, et ceux qui passent leur vie à faire des curriculum vitae et à courir à des « entretiens d’embauche » pour se faire au bout du compte traiter d’assistés et de glandouilleurs ? Et ceux dont les heures sup étaient payées à 25% il y a quelques années et ne le sont plus qu’à 10% aujourd’hui ? Et ceux qui ont signé un contrat de travail de 37ans et demi, et dont on modifie d’autorité le contrat en cours de validité sans qu’ils ne puissent rien faire ? Et les SDF à qui on reproche aujourd’hui à coups de matraque de déparer les belles rues parisiennes comme s’ils s’y étaient installés juste pour faire une mauvaise plaisanterie ? Et l’investiture de Vanneste ?

Ils sont dans un monde parallèle, ceux-là ?

Puisqu’on en est à parler de manipulations, les informaticiens russes, que l’on sait compétents et notamment très productifs en matière de virus ont créé un logiciel de convivialité automatique.

La bête est capable de se substituer à une âme esseulée et « de draguer dix jeunes filles en même temps » avec des réactions et des réponses automatisées, et même des initiatives comme envoyer des photos à bon escient et demander des numéros de téléphone et des adresses au moment psychologiquement choisi.


Les spécialistes déclarent que ce programme possède un niveau inégalé d’analyse comportementale et sociale. Il est capable de réagir « humainement » à des situations allant jusqu’à des provocations. Il n’est pour le moment disponible qu’en russe, mais l’argent fait des miracles.


Outre le risque d’abuser des âmes sensibles, du genre qui croient encore au prince charmant, ce programme est déjà montré du doigt par les exégètes du web comme potentiellement dangereux : maintenant qu’on « sait le faire », il devient aisé d’imaginer qu’on le détourne pour faire du business, et même de l’escroquerie. Peut-être même de la politique ?

jeudi 13 décembre 2007

136° Vous pouvez le faire? Il peut le faire ! Bravo ! (Kadhafi 3)


Le docteur Frankenstein n’a pas encore fait danser « Putting on the Ritz » à sa créature, mais il l’a fait parler. Il lui a fait dire exactement le contraire de sa déclaration de Lisbonne de la semaine dernière.

Il y a huit jours, le terrorisme « pouvait avoir des justifications », aujourd’hui, il est criminel. Pareille volte-face, en sens inverse, conduirait son auteur, -enfin, s’il n’était pas chef d’état-, droit à la camisole de force et à la cellule capitonnée, mais dans ce sens là, ce n’est pas un court-circuit neuronal ni un accès de démence mais un substantiel progrès « sur le chemin des droits de l’homme ».

Chemin dont l’intéressé semble se contrefoutre, estimant d’une part que son pays est au-dessus de ce genre de suspicion, et que d’autre part, avec malignité, ses accusateurs (Qui ça ?, Où il est ? Nicolas ? On te parle !!!) seraient avisés de regarder chez eux comment ils traitent leur immigrés. (Hortefeux ? Mais où il est ? Il fait encore la sortie du métro !)

Bref, le terrorisme est criminel. C’est là l’avis autorisé d’un type qui a tout de même fait sauter deux avions, même s’il prétend hautement aujourd’hui que la Lybie ne s’est jamais rendue coupable de terrorisme.

Grand spécialiste des récidivistes, eu égard à ses hautes fonctions antérieures au ministère de l’intérieur, Monsieur Sarkozy possède toute l’expérience pour apprécier à leur juste valeur ce genre de déclaration.

Et les français, grands spécialistes des bonimenteurs, eu égard à un riche passé politique qui leur a appris à stocker plein la cour les promesses non tenues et les gesticulations de circonstance, apprécieront à leur juste valeur ces petits échanges de morve et de mouchoirs.

mardi 11 décembre 2007

135° Le jeu du Kikadikoi. (Kadhafi 2)



Pour rassurer les empêcheurs de présider tranquille qui s’obstinaient à parler de droits de l’homme et d’honorabilité à propos du visiteur lybien de l’Elysée, notre Zorro avait fait accoucher ses services de com d’une phrase fort bien léchée :

« Le président n’a pas manqué d’inviter son hôte à progresser sur le chemin des droits de l’homme ».

Ah que c’est bien dit. Trop bien peut-être. Notre bédouin de passage qui, vu la température, est quand même allé passer la nuit dans l’hôtel de Marigny malgré la tente tout-confort dressée sur la pelouse, a accordé à Antenne 2 une interview dont le 13 heures a donné un morceau choisi.

Et pas choisi par hasard. Même chez les journalistes, on sent la rébellion. Ils ne peuvent pas dire ce qu’ils veulent, mais c’est avec la table de mixage qu’ils expriment leur ras le bol. D’abord, on voit un plan du colonel traversant la pelouse sur le tapis rouge qui recouvre les quatre mètres de désert entre le perron et la tente avec l’allure arrogante de quelqu’un qui s’est assis sur un objet pointu. Pour les caméramans, le meilleur profil de leur sujet, c’est son menton mal rasé. Il est vrai que l’intéressé ne fait guère d’effort pour leur montrer autre chose.

Puis la question de Pujadas : « Le président vous a-t-il entretenu des droits de l’homme ? »

Et la réponse sur un ton d’une hauteur à côté de laquelle Poutine a l’air d’un petit garçon :

« Le président et moi sommes de bons amis et nous avons d’autres sujets de conversation que ces choses là, par exemple la collaboration [….], les contrats [….] etc… »

Quelque part, du haut de son arrogance, le colonel Khadafi a l’honnêteté d’avouer qu’il a autre chose à faire que de parler de ces broutilles tout juste bonnes à jeter en pâture à la presse. Chez lui, on n’a pas de ces délicatesses avec les journalistes et l’opinion publique.

Propos immédiatement démentis par Claude Guéant, porte-parole de l’Elysée, qui persiste et signe, et sans traiter Khadafi de menteur, assure néanmoins clairement qu’il n’a pas dit la vérité. La diplomatie, c’est l’art de ne pas dire ce qu’on déclare tout en laissant entendre ce qu’on n’a pas dit. Il y a là-dedans un histoire de mouche maltraitée et de vaseline savamment disposée qu’apprécieront les connaisseurs..



Alors, qui a menti ?

Notre Zorro pris en flagrant délit de populisme et de démagogie ?

Le colonel qui n’aime pas qu’on lui fasse la leçon de civilisation ?

Qui va craquer ?

Notre Zorro va-t-il confier l’incorrigible Muhammar à Hortefeux pour qu’il renvoie à la maison ce potentiellement dangereux squatter des palais de la république ? ?

Le bédouin colonel va-t-il remettre ses cinq cents sujets dans ses cent limousines et quitter le menton encore plus hautain que d’habitude ce pays de mal élevés où les journalistes et les gens ne croient pas ce qu’il leur dit ?

Il y avait « ma cité va craquer ». Là, « l’Elysée va craquer ». On se tient coi dans l’attente haletante des déclarations du bédouin sous la tente.

Il n’y a pas que Rama Yade qui doit bien se marrer. Nous aussi.