lundi 25 mai 2009

260° L'état veut déshabiller les transexuels.


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A l'instar du sot qui, lorsqu'on lui montre la lune, ne regarde que le doigt, notre régime a une fâcheuse tendance à s'attaquer aux pauvres plutôt qu'à la pauvreté et aux malades plutôt qu'à la maladie.


De puis 2005, attachés à la recherche des mille et une manières de tondre le mouton, les crânes d'œuf du ministère considèrent les sommes allouées au remboursement à 100% des longues maladies comme un pactole auquel ils tailleraient bien des croupières.


Leur dernière attaque sournoise frappe de plein fouet la minuscule et fragile communauté des transexuels français..



Reprenons tout du début: Fin juin 2008, le directeur de l'assurance maladie Frédéric van Roekeghem avait proposé d'exclure de la prise en charge à 100% les médicaments soignant notamment des effets secondaires douloureux de certaines ALD. On soigne la maladie, mais pas les souffrances qu'elle engendre...


Devant le tollé provoqué, on avait renoncé à cette chirurgie de champ de bataille, et confié à une commission dirigée par Jean Pierre Dorr, député UMP du Loiret et médecin cardiologue, le soin de définir un angle d'attaque plus fin pour rentrer dans le lard de ces malades entêtés qui ne veulent pas guérir et s'obstinent à souffrir à qui mieux mieux.


La commission a rendu son rapport le 26 novembre 2008, dans lequel elle préconisait de « réserver la prise en charge aux maladies longues et coûteuses », [ce qui était déjà le cas, n'est pas classé ALD (affection longue durée) qui veut...], de prendre en considération les revenus de l'assuré, d'exclure les dépassements d'honoraires et de revoir à la baisse la liste des maladies reconnues.


Or selon Act-Up, près de 50% des personnes atteintes du VIH en France vivent en dessous du seuil de pauvreté...Pour ne parler que du VIH...


Et puis, la crise a monopolisé l'information et on ne parlait plus trop de ce chantier lorsque....



Souvenons nous au préalable que le 17 mai 1990, l'homosexualité a été radiée de la liste des maladies mentales. On n'y a pas inscrit l'homophobie pour autant, mais bon... Nous ne sommes plus des dingues. Mais la transexualité est restée dans cette liste.


…..lorsque donc Roselyne Bachelot annonce triomphalement le 17 mai dernier (journée mondiale contre l'homophobie) à la communauté trans de France et à leur associations que leurs nombreux appels avaient enfin été entendus et que la transexualité ne serait désormais plus considérée comme une maladie mentale.


Bonne nouvelle à priori, mais en dénouant le ruban rose de ce joli cadeau, les transexuels découvrent que du coup, ils n'entrent plus dans le cadre de l'ALD23 (troubles récurrents ou persistants) et sont donc exclus du remboursement à 100% pour tous les problèmes inhérents à leur situation.


Mettons tout cela sur la table: Ces remboursements sont de deux ordres: chirurgicaux, et médicamenteux (hormonaux et suivi psychiatrique).


La partie chirurgicale, malgré les apparences, n'est pas celle qui coûtait le plus cher: considérant qu'il n'existe pas en France de praticiens vraiment pointus dans cette délicate spécialité, 90% des transsexuels se font opérer à l'étranger auprès de spécialistes reconnus. Du coup, pas de remboursement. Nous avons tous entendu parler de ceux qui économisent des années pour s'offrir « la grande opération ».


Concernant le suivi psychiatrique, il faut bien considérer qu'il n'y a pas de lien de fait entre la situation de se sentir transexuel et un quelconque problème psychologique. Nous « subissons » tous notre préférence sexuelle, eux, comme les autres.


Si les transexuels ont des difficultés psychologiques, c'est à cause du regard méfiant,-voire hostile- que le reste du monde pose sur eux Ce n'est pas leur état qui les rend malades, c'est « nous »... La société qui leur cause ces désagréments leur en doit bien la réparation.


Reste les traitements hormonaux. Est-ce vraiment cela qui va couler la sécu?


A partir de là, les réactions partent dans tous les sens, mais surtout dans les mauvais.

« Ils réclament ça depuis des années, ils auraient pu prévoir »...

« Ils veulent le beurre et l'argent du beurre »..


C'est prendre le problème à l'envers. Dans la mesure où, -autant que je sache- nous ne vivons plus dans une culture traditionnelle qui a besoin de boucs émissaires, La France peut se permettre de faciliter la vie d'une minorité qui représente, d'après son association « Existrans », moins d'un pour mille de sa population.


Si ce sont vraiment des gestionnaires qui ont calculé cette exclusion, on peut s'interroger sur la validité de leur gestion, quand on voit ce que nous dépensons pour certaines autres choses, comme... un déplacement présidentiel, par exemple...


Ce n'est pas la même caisse, diront-ils? Quelle différence puisque c'est toujours notre argent qui les remplit toutes?



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samedi 16 mai 2009

259° Welcome in Sarkoland

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Hadopiiii, c'est pas finiiii !




Hadopi, c'est comme les impôts: Ceux qui maîtrisent bien le sujet passeront au travers et c'est le bon peuple qui va trinquer comme d'habitude.


Les moyens de contourner cette ligne Maginot du XXI° siècle sont déjà expliqués en détail sur le net, et pas seulement par des sites exotiques: De grandes revues informatiques indiquent en détail comment traverser le bois à l'abri des canons ennemis à ceux qui n'auraient pas encore les connaissances nécessaires.


Revenons sur l'adoption par les députés de cette usine à gaz qui nous offre quelques démonstrations de compétence et d'efficacité de l'UMP:


Certes, la vidéo qui suit, qui ne montre que neuf députés au hasard (en fait ceux qui ont daigné répondre au journaliste à l'instant T) ne saurait avoir valeur de sondage.





Mais il faut savoir que le groupe PS a organisé à l'assemblée deux réunions d'information pour expliquer à ses députés le paysage informatique, et mis en ligne sur son site un lien vers une note explicative fort bien faite intitulée « internet et création" :


http://www.box.net/shared/static/fy8gbcghbj.pdf


Cette fiche technique, exhaustive, accessible à tous, complète et objective est « super bien faite », au point que je vous en conseille la lecture au cas où vous auriez encore quelques doutes sur le mal-fondé de la loi hadopi.


Résultat: tout le PS a voté contre, sauf le soldat perdu Jack Lang qui semble vouloir appliquer à sa manière la devise: « L'important, c'est de participer ».


Rien de semblable à l'UMP où plus de 90% des députés a voté pour une usina à gaz dont, manifestement, elle ne comprenait ni le contenu ni le danger.


On viendra me dire: « ce n'est pas tant une question d'information que le résultat d'une discipline de groupe ». Dois-je en déduire que les députés sont bien les godillots qu'on les accuse d'être et qu'ils votent sans réfléchir comme le chef leur a dit de voter?


Je vous laisse choisir entre le vote éclairé et le vote moutonnier. J'ai bien mon opinion, mais il y a ce qu'on peut écrire et ce qu'on ne peut que penser très fort.


J'en profite pour vous donne la liste des députés qui ont voté pour et contre cette loi. Qu' a fait votre député? Voterez vous à nouveau pour lui en 2012? Dépêchez vous de lui envoyer un e-mail pendant que vous possédez encore votre connexion internet!


UMP:


284 députés UMP ont voté pour, et seulement 6 UMP ont voté contre : François Goulard, Denis Jacquat, Franck Marlin, Lionel Tardy, Christian Vanneste et Michel Zumkeller.


17 se sont abstenu : Jean-Paul Anciaux, Yves Bur, Olivier Carré, René Couanau, Henri Cuq, Lucien Degauchy, Yannick Favennec, François-Michel Gonnot, Jean-Pierre Grand, Christophe Guilloteau, Pierre Lang, Jacques Le Guen, Lionnel Luca, Patrice Martin-Lalande, Jean-Frédéric Poisson, Georges Tron et Mme Marie-Jo Zimmermann.




PS, Radicaux, divers gauche:


1 seul député PS a voté pour : Jack Lang. Oouuuhhh!


190 députés SRC ont voté contre le texte,

6 députés de gauche se sont abstenu : Gérard Charasse, Paul Giacobbi, Jean Michel, Arnaud Montebourg, Mmes Dominique Orliac et Sylvia Pinel.



GDR : (Gauche démocrate et républicaine) TOUS ont voté contre le texte.


Nouveau Centre:


11 députés ont voté pour le texte : Raymond Durand, Michel Hunault, Olivier Jardé, Yvan Lachaud, Maurice Leroy, Nicolas Perruchot, Rudy Salles, François Sauvadet, Marc Vampa, Francis Vercamer et Philippe Vigier.


6 ont voté contre : Jean-Pierre Abelin, Jean Dionis du Séjour, Philippe Folliot, Jean-Christophe Lagarde, Jean-Luc Préel et François Rochebloine.
5 se sont abstenu : Thierry Benoit, Charles de Courson, Francis Hillmeyer, Mme Colette Le Moal et M. Claude Leteurtre.







HOMOPHOBIE



Et puisque nous sommes à admirer l'œuvre du danubesque réformateur de tout, grand scintillant sauveur du monde et de l'économie et de la Georgie et de plein d'autres choses, lisons donc le rapport annuel de SOS Homophobie...


Le site:

http://www.sos-homophobie.org


et comment se procurer le rapport si vous le voulez en format livre:


http://www.sos-homophobie.org/index.php?menu=4&menu_option=42&menu_soption=420


ou le télécharger gratuitement:. (attention, c'est un gros fichier!!)


http://www.sos-homophobie.org/documents/ra2009.pdf


Aucune statistique officielle ne daignant traiter des délits à caractère homophobe, SOS Homophobie, par l'importance de sa ligne d'écoute et son implication dans la plupart des affaires importantes, constitue actuellement la source d'analyse de la situation la plus fiable.


Ceci d'autant plus que les agressions « à caractère homophobe » comptabilisables ne sont que les plus graves. Les injures et menaces sur le web ou dans la rue et les petits larcins ne donnant pas lieu à plainte se multiplient en dehors de toute comptabilité officielle. Seule, par sa ligne d'écoute, SOS Homophobie peut dresser un bilan plus exhaustif que les institutions de la réalité du fait homophobe.


Or on se souvient que pendant sa campagne, le candidat Sarkozy avait réuni aux Bains-Douches, cette boîte parisienne qu'il semblait considérer comme un haut-lieu de la vie politique, le gratin de la militance LGBT du pays. En toute modestie, j'y étais.


Après s'être fait longuement attendre, le candidat est arrivé en coup de vent, s'est longuement exposé aux photographes en compagnie de quelques représentants de la gaytitude jugés présentables, ce qui n'était pas facile pour lui attendu que le lieu est très « plat » et que la plus haute estrade de la maison n'élevait le petit précieux que d'une marche... Nous avons donc vu ses cheveux à travers une barrière crépitante d'appareils photo , il a dit quelques mots dont j'ai retenu qu'une ère nouvelle pour les pauvres LGBT que nous sommes allait enfin s'ouvrir avec son quinquennat. Puis le déjà-sauveur-de-tout a serré quelques louches et disparu dans la nuit.


A la suite de quoi, son service de presse a dû juger que l'exhibition de photos du messie en compagnies de pédés parisiens était contre-productive et on n'a jamais vu dans la presse la moindre image de ce sommet de la campagne.


Ensuite, qu'est-il arrivé? La promesse faite de priver Vanneste de son investiture UMP pour les législatives n'a pas été tenue, pas plus que celle faite par Madame Bachelot de présenter un candidat UMP contre lui à Tourcoing, il a fallu des mois pour démontrer que son Contrat d'Union Civile ne tenait pas la route et que nous préférions largement des améliorations au PACS à une mesure « spéciale pédé », ce dont même le sectaire Gaylib a fini par convenir, l'aggravation votée en 2004 pour les agressions à caractère homophobe est toujours difficilement appliquée par la justice, le projet Edvige laborieusement avorté comportait un rétablissement du fichage des homosexuels aboli en 1981, le don du sang est toujours interdit aux homosexuels, les séjours des réfugiés gay des pays homophobes ne sont pas ou très difficilement autorisés, un Français marié a un Néerlandais a perdu sa nationalité, et la France est plusieurs fois condamnée par la Cour Européenne dans des affaires de refus d'adoption.


Le projet de loi relatif au statut de beau-parent, qui aurait aplani toutes les difficultés à condition de ne pas comporter de clause de discrimination sexuelle a été jeté aux oubliettes d'une commission (Léonetti) … Bref on attend toujours l'ère nouvelle que nous a fait miroiter l'amazone de la promesse dans son bric-à-brac électoral.







S.D.F.


Encore un dernier petit mot. Hier soir, je me suis promené dans Paris pour favoriser ma digestion d'un accompagnement de pommes de terre sarladaises copieusement rissolées à la graisse de canard.


Sur le quai des Tuileries, rebaptisé François Mitterand, stationnaient sur deux files une cinquantaine de véhicules de police, tout miroitants de clignotants bleus. Il y avait là une ou deux escadres de « transports de troupe », - vous savez, ces machins bleus qu'on appelle des « bétaillères » quand ils arrachent vos rétroviseurs en se forçant un passage en convoi, trois grands autobus transformés en « panier à salade géant », -sans doute préparait-on un charter-, des jolies berlines gris métallisé qui avaient dû amener là quelques galonnés sans doute un peu plus fragiles à transporter, une rangée de belles motos blanches avec leur cavalier casqué, plusieurs ambulances prêtes à l'emploi, et quelques journalistes.


Il y avait largement plus de gendarmes mobiles que de manifestants...


Motif: les Don Quichotte avaient installé leurs tentes sur le quai. Au terme de bousculades qu'un cordon de police m'a empêché voir, mais dont on a vu ce midi quelques hauts faits à la télévision, le campement a été éradiqué, pas que les touristes qui passent en bateau mouche puissent imaginer que la France laisse ses pauvres croupir dans des sites de carte postale. Qu'ils couchent dehors, soit, mais sans qu'on les voie.



J'ai pu voir de loin que les campeurs ont été évacués manu-militari sur le quai haut, et que les charters à salade sont repartis vides. Obligé de terminer ma promenade par la rive droite, la passerelle de Solférino étant occupée par une tribu de gendarmes, j'ai retrouvé par hasard quelques rescapés sur le pont des Arts, groupés autour d'Augustin Legrand en personne, qui les consolait de cet échec.


La plupart des tentes avaient été confisquées. L'homme à côté de moi avait perdu sa troisième tente de l'année et même son sac de couchage. Il n'avait plus rien pour passer la nuit. Lorsque j'ai regagné ma voiture, il recommençait à pleuvoir et le thermomètre indiquait 8°c.


Les propositions de relogement qui leur ont été faites? De retourner à l'asile de Nanterre, où plus aucun ne veut aller tant le lieu est sordide.


Si notre République équitable et fraternelle pouvait faire autant pour loger ses pauvres que pour les déloger du centre de ses villes, les choses n'iraient pas plus mal.


Le candidat Sarkozy n'avait-il pas promis pour être élu, -entre autres-, que dans deux ans, il n'y aurait plus aucun SDF. On a été cons, on a cru qu'il voulait les reloger; il voulait juste les faire disparaître.





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mercredi 13 mai 2009

258° Cannes, il y a quarante ans...


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Je n'ai pas l'habitude de parler de moi dans ce blog, mais l'ouverture aujourd'hui du 62° Festival de Cannes évoque en moi d'émouvants souvenirs.

Car il y a quarante ans, en 1969, votre serviteur eut l'honneur d'y faire des projections... Entré au dernier moment comme remplaçant, j'y travaillai au-delà du raisonnable, une fâcheuse épidémie de grippe (eh oui, déjà!) à laquelle j'échappai ayant décimé l'équipe, pourtant nombreuse, des opérateurs.



Il m'en reste quelques photos, des vieilles diapositives que j'ai numérisées sans numérisateur, on admirera la performance, en photographiant leur projection sur un petit écran!

L'ancien palais du Festival, construit en 1949 et détruit en 1983, offrait une salle de 1700 places avec balcon, dotée d'un écran de 16 mètres, exceptionnel pour l'époque, mais la projection était affligée d'une plongée de près de 25° qui nuisait considérablement à la construction d'une image de grande dimension. Pour conjurer le problème, on avait incliné l'écran face à la cabine de 15°, avec l'inconvénient qu'il se couvrait de poussière assez rapidement et qu'il fallait le changer presque tous les ans...

De plus, cette inclinaison était très visible des places latérales de l'orchestre. Pour les galas, l'attribution des sièges était donc un problème aussi épineux qu'un plan de table avec un archevêque et une archiduchesse, puisqu'il fallait « trier » les invités en fonction de leurs compétences techniques pour n'attribuer ces mauvaises places qu'à des spectateurs incapables de déceler la supercherie.

La salle en 1969, photographiée par les trous de projection.

Située au cinquième étage, desservie par un ascenseur, l'étouffante cabine de projection, mal ventilée et non climatisée, hébergeait quatre projecteurs Philips DP70, (Hollandais). La Rolls du cinéma. Les deux du milieu équipés de lanternes à arc californiennes Mole Richardson à positif tournant, (quelle merveille!) et les deux machines latérales de lanternes à arc italiennes Cinemeccanica Superzenith. Les connaisseurs verront très bien tout cela sur les photos.


Au fond, hors de la photo, des lecteurs double bande, dotés d'une synchronisation électronique "Interlock" avec des moteurs à glissement, -les premiers que je voyais- permettaient, à la première séance, d'enregistrer des traductions dans les langues choisies par le jury, et de les relire pour les projections suivantes.


A droite, également invisible sur la photo, un tableau de commutation pour les changements de machine, appelé « Véronique », avait la réputation de conduire à des situations d'impasse produisant des coupures de son s'il n'était pas manié par son maître. Je n'y ai jamais touché. A côté, une minuscule pièce dévolue à la régie son était littéralement remplie par un bedonnant mais sympathique ingénieur que l'on apercevait parfois entre deux volutes de fumée de ses Gitanes.

Votre serviteur, il y a quarante ans... (Sous son meilleur profil?)
Lorsqu'on sait qu'il y a dans la salle le gratin du cinéma planétaire, on a le trac.
Je n'en étais pas exempt. J'ai vu des opérateurs renoncer à la grande salle...
Il est vrai que chaque fois que l'on appuie sur un bouton, on joue sa place...
Sauf le chef, qui un jour, a envoyé une bobine à l'envers... Et qui est resté chef.

A l'époque aucune projection n'était automatique alors qu'elles le sont toutes maintenant, y compris les plus puissantes. Notamment parce qu'aucune lanterne à arc ne donnait plus d'une heure de lumière sans qu'il faille remplacer les charbons. En l'occurrence, les Mole Richardson de Cannes n'en délivraient pas plus de trente minutes...

C'est donc bobine par bobine qu'on faisait les projections, avec changement de machine toutes les 18 minutes. C'est dire qu'il y avait intérêt à avoir les yeux en face des trous et qu'il ne s'agissait pas de fumer la moquette avant d'aller faire une séance. Par précaution, nous étions deux opérateurs, chacun passant toujours les mêmes bobines sur le même appareil. La chasse aux rayures était ouverte!
A ma connaissance, la projection du Festival de Cannes, malgré les progrès de la technologie, se fait encore aujourd'hui en mode manuel et bobine par bobine.

Attendant la changement de machine, la main sur le départ moteur.
Il fait près de 40° autour des machines et on voit mes cheveux collés sur mes tempes.

Comme j'étais de loin le gamin de l'équipe, j'avais 22 ans et les mandarins de la salle obscure me regardaient de haut, on ne me confiait que les films jugés secondaires. En regardant attentivement cette photo prise dans la salle de montage, pompeusement baptisée le bunker, vous constaterez que la pellicule ne touche pas mes doigts: elle vole! Déjà doué, le petit! Le film entre mes mains le jour de la photo était, autant que je me souvienne, un film de Pierre Etaix.


Ce fut l'année où « IF » de Lindsay Anderson, obtint la Palme d'Or lors d'une cérémonie de clôture présentée par Jacques Martin. « Z » de Costa Gavras n'y obtint qu'un prix d'interprétation masculine décerné à Jean Louis Trintignant. .. A part le Pierre Etaix et le soporifique « Ma nuit chez Maud » de Rohmer, on me confia aussi "Easy Rider", de Dennis Hopper, qui fit mauvaise impression et obtint sous les sifflets un prix de la première œuvre avant de devenir le culte que l'on sait. .L'histoire nous dit aujourd'hui que « If » est un film oublié et que « Z » et Easy Rider » sont restés dans l'histoire. Le jury était pourtant présidé par Lucchino Visconti in person.

Le détail du défilement du DP70

En 1982, ce palais des festival, dit « Palais de la Croisette » fut abandonné au profit du nouveau palais que nous connaissons, appelé le bunker par les Cannois. Malgré les critiques, la grande salle de ce nouveau -et actuel- palais est, à mon avis, le modèle de la salle idéale, architecturalement parfaite, conçue autour du spectateur et de la projection. On parle néanmoins déjà de démolir ce second palais pour le remplacer par je ne sais quoi qui aura bien du mal, je pense, à être aussi fonctionnel.

Les lanternes à arc ont été remplacées à la fin des années 70 par des lanternes au xénon Kinoton, ce qui n'alla pas sans quelques explosions très spectaculaires, dont une célèbre en plein gala d'ouverture. (Je n'y étais plus depuis longtemps, mais elle résonne encore dans la profession). Lorsqu'on changea de palais, les quatre projecteurs DP70 furent déménagés et installés dans le nouveau palais avec leurs lanternes explosives.

A la suite de débats dont j'ignore la teneur, ils ont été remplacés depuis par des DP75, un modèle supposé supplanter le précédent mais qui, à mon humble avis, ne lui arrive pas à la cheville. Et j'en parle en connaissance de cause, puisque la suite de ma carrière m'a conduit à maintenir pendant plus de vingt ans un complexe cinématographique parisien entièrement équipé de cette regrettable machine...


Voici, trouvée sur internet, une photo de l'actuelle cabine de projection de Cannes. On constate que, dans cette « salle idéale », la projection est quasiment horizontale. (plongée 2°) . Au fond, trois DP75 ont survécu avec leur lanterne pétaradantes, au milieu une machine très haute dont j'ignore la nature, et au premier plan, deux projecteurs numériques.





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mardi 12 mai 2009

257° Good Morning England

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Et voilà que ça recommence!


Allez tous voir « The boat that rocks ». Mais même si vous le voyez en VO (une évidence), en France ce sera « Good Morning England », en Allemagne « Radio Rock Revolution » (prononcez « révolutzion », et dans les pays hispaniques « Radio encubierta ».


Sans doute le titre français fait-il allusion à "Good Morning Vietnam", cet excellent film de Barry Levinson qui en 1987, retrace les aventures de la radio américaine destinée aux soldats du Vietnam, et qui fit découvrir Robin Williams. Mais alors, pourquoi seuls les Français ont-ils droit à ce clin d'oel? Bref...


En tout cas, ne manquez pas cet ovni qui pourrait devenir un film culte.


D'abord, c'est un concert quasi ininterrompu des meilleurs morceaux de rock et de pop des années 60.


Ensuite, c'est un festival d'humour anglais sans un instant de répit.


Et enfin, s'il existait un oscar de la subversion, c'est à ce film qu'il faudrait l'attribuer, au moins pour cette année.


Si on essaie de faire la « genèse », à toute action correspond une réaction. Seuls les Anglais possédaient à l'époque une société assez « manche à balai dans le cul » pour engendrer un tel séisme. Jusqu'en 1969, la BBC ne programmait que 45 minutes de rock et de pop par semaine, au milieu de la nuit, dans une émission confidentielle. Les majors devaient être contentes: c'est sans doute le moment de leur histoire où elles ont vendu le plus de disques! On était loin d'hadopi!


Le film retrace l'histoire du « Boat » de « Radio Rock » la plus célèbre des radios pirates qui émettait depuis les eaux internationales de la mer du Nord, et de la guerre en règle que lui livra le gouvernement britannique de l'époque.


Toute l'Angleterre était à l'écoute, et la querelle prit une telle importance médiatique que c'est plus qu'une musique, mais toute une culture libertaire qui envahit les foyers britanniques de l'époque. Il y avait asphyxie générale, et l'oxygène arrivait par les ondes.


Un scénario qui s'encombre peu des intrigues amoureuses qui pourrissent habituellement les films d'action, un montage certes académique, mais rapide et efficace en forme d'épopée, des moyens techniques surprenants et un humour ravageur continu accrochent le spectateur dès les premières minutes et le placent jusqu'à la fin en position de demandeur. Ce film est une drogue addictive!.


Ajoutons à cela la surprenante apparition de Philip Seymour Hoffman, qu'on avait plutôt l'habitude de voir dans des rôles comme « Capote », « Le talentueux Mr Ripley » on comme prêtre dans « Doutes »


http://brethmas.blogspot.com/2009/02/234-doute.html


le charme d'un jeune premier, Tom Sturridge, qui tient l'écran pendant tout le film mais n'arrive qu'en quinzième position dans le générique et ne figure même pas sur l'affiche, une absolue décontraction du scénario et des situations à propos des libertés sexuelles, et quelques surprises et clins d'œil que je ne vous déflorerai pas ici.


Bref tous les ingrédients d'un cocktail suffisamment explosif pour que vous vous éclatiez comme des bêtes en allant voir « The boat that rocks ».





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lundi 11 mai 2009

256° les grands esprits se rencontrent, les petits aussi.

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Interrogé par le Journal du dimanche du 8 mai sur la présence d'enfants dans les centre de rétention pour les malheureux "qui ont vocation" à être chartérisés, l'impayable Eric Besson a déclaré que: « En France, on ne sépare pas les enfants des parents. ».

Il n'a rien inventé. Quelqu'un d'autre l'avait dit avant lui... en 1942.

Pas trouvé? la réponse est ici:

http://www.hns-info.net/spip.php?article18572



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255° Et maintenant... les commissaires politiques...

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Le président de tout avait promis des réformes, en voilà...


Depuis l'avènement du personnage à la tête de l'UMP, bien avant son élection, on sentait le fonctionnement de ce parti dériver de l'objectif de faire avancer des idées, but légitime d'un parti politique, vers une quête d'appropriation des rouages du pays.


Pour mieux cacher les balayures sous le tapis, le régime s'est fendu de quelques postes « d'ouverture » qui auront au moins eu le mérite de tester la sincérité des convictions des quelques personnages de gauche auxquels des propositions ont été faites. (En fait, la récolte a été mauvaise, les tentatives de débauchage ont été nombreuses, ceux qui ont accepté se comptent sur les doigts d'une main).


Cette opération très médiatique était l'arbre qui cachait la forêt. Ami, voire familier des patrons de presse et de télévision, l'Elysée place ses pions avec stratégie et constance aux commandes du plus grand nombre d'institutions possible.


La liste est longue, survolons la seulement: Laurent Solly, ami très proche du président et ancien directeur adjoint de sa campagne entre à la direction générale de TF1, François Pérol passe à la tête de l'AMDB (le conglomérat Caisse d'Epargne – Banque populaire ) par anticipation de la décision de la commission de déontologie, Jean Pierre Jouyet, spécialiste du grand écart et transfuge du parti socialiste devient directeur de l'AMF (autorité des marchés financiers) sans l'aval du parlement, avec un salaire du poste augmenté par décret de 50% le 15 février, Pierre Mariani, ancien directeur de cabinet de Sarko-ministre-du-budget passe à la tête de la banque Dexia, Christine Ockrent, épouse du ministre des affaires étrangères, est nommée directrice générale du holding audio-visuel extérieur de la France (AEF), Michel Péchenard, ami d'enfance du président devient directeur général de la police nationale, et Michel Gaudin, proche de Claude Guéant, devient préfet de pllice de Paris à la place du chiraquien Pierre Mutz...et ainsi de suite...


http://www.lexpress.fr/diaporama/diapo-photo/actualite/economie/les-nominations-polemiques-de-sarkozy_743089.html



Après cette infiltration, phase 2: place au verrouillage. Maintenant que les têtes de pont et autres collaborateurs dormants ou pas sont en place, le fonctionnement sectaire du système peut être lancé.




Monsieur Jérôme Bourreau Guggehheim est salarié à la direction de TF1. Précisément responsable du pôle innovation du site TF1.fr. Conformément au code du travail, il a bien sûr un devoir de réserve qui l'empêche de s'exprimer au nom de son entreprise, mais n'étant ni militaire ni policier, il peut toujours s'exprimer en son nom personnel sur les sujets qui lui plaisent... ou lui déplaisent..


C'est ainsi que conformément aux recommandations de l'APRIL, de la Quadrature du Net et du magazine SVM, il écrit à sa député madame de Panafieu, pour lui demander de ne pas voter pour cette loi.


C'est là que la mécanique de la police politique se met en route. La député transmet le message à son amie de l'UMP Albanel, ministre en charge du projet, dont « une collaboratrice trop zélée » fait remonter une copie à la direction de TF1, qui licencie le protestataire pour ses opinions personnelles.


Sommée de s'expliquer, TF 1 émet le communiqué suivant:


http://www.tf1.fr/tf1-et-vous/reponse-a-vos-questions/bonjour-pouvez-vous-expliquer-le-licenciement-de-mr-jerome-bourreau-4406123.html


qui explique clairement que les positions du licencié « sont contraires aux déclarations officielles du groupe TF1 […] et incompatibles avec ses responsabilités au sein de e-TF1... » , et se paie même le luxe de « [voir aller] sur la place publique […] une affaire strictement interne »...


D'après ce que raconte l'intéressé dans un interview:






elle pourrait même devenir assez publique pour aller jusqu'en justice... Depuis quand une entreprise entend-elle maîtriser les opinions personnelles de ses salariés et les empêcher de les exprimer à titre privé?


Il s'ensuit une campagne de censure des messages des téléspectateurs scandalisés sur le site de TF1:


http://www.pcinpact.com/actu/news/50760-tf1-commentaire-effacement-hadopi-licenciement.htm


qui aboutit à la création d'un site spécialement dédié à la publication des messages estourbis par les modérateurs de TF1. (cherchez la fuite...)


http://hithlum.adm.ielo.net/~pnl/mootf1/avis.html


qui reprend utilement les articles 12, 18, 19 et 27/1 de la déclaration Universelle des Droits de l'Homme.


Pour désamorcer le volcan qui gronde, madame Albanel suspend son collaborateur zélé un mois.

Ainsi, l'innocent aura été licencié et l'indélicat seulement suspendu.



Du coup, l'agitation dans le marigot trouble l'eau claire de la vérité officielle.


L'association la Quadrature du Net épluche la liste des « artistes qui défendent la loi Hadopi et la trouve largement bidonnée... C'est ici:


http://bluetouff.com/2009/04/16/hadopi-la-petition-des-10-000-artistes-etait-bien-une-fumisterie/


et donnent l'exemple de certains artistes qui ont été à ce point désinformés pour la signer qu'ils se sont rétractés et militent aujourd'hui contre avec ardeur!


En bas de mon billet n° 250:


http://brethmas.blogspot.com/2009/04/251-les-amis-du-progres-ont-encore.html


je donnais acte à monsieur Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP, qui affirmait que « la dénonciation est un devoir républicain », puis pour faire passer la pilule, expliquait qu'il ne fallait pas confondre l'utile dénonciation et la scélérate délation.


La boucle est bouclée. Les principes entrent en application, la secte fonctionne sous le manteau, l'espionnite règne.


Je disais la semaine dernière (je ne suis pas salarié, je peux!) que je pensais que la loi Hadopi n'était pas faite pour rétribuer le commun des artistes, tout au plus pour assurer une rente à la jet set du show bizz, mais que son utilité cachée et bien volontariste était de poser les premiers jalons d'un contrôle d'internet à la chinoise.


Pour éluder l'amendement 138 du parlement européen qui affirme qu'aucun droit fondamental ne peut être supprimé sans décision de justice, et rend caduc la loi Hadopi qui procède à des déconnections automatiques et administratives, madame Albanel prétend que la connexion internet n'est pas un droit fondamental...


http://www.clubic.com/actualite-274954-albanel-amendement-138-probleme.html


Sans doute a-t-elle mal lu l'article 19 de la Déclaration Universelle des droits de l'homme, qui dit:


"Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions, et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit."


Souvenons nous de cette affiche que j'avais publiée avant l'élection du petit timonier:





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