jeudi 22 février 2007

85° Petites horreurs ordinaires


Suite à mon article précédent, Windows Vista est déjà l’objet d’attaques en règle, et je pense que ce n’est qu’un début. Comme on ne peut à ce jour, et pour longtemps je crains, croiser aucun autre antivirus avec le « Defender » maison, il y a un trou dans le système.

Extrait de l’alerte « Secuser.com ». :

(abonnez-vous aux lettres d’information de ce site, c’est gratuit.)

RESUME :
Un défaut de sécurité a été identifié dans les logiciels antivirus et antispywares de Microsoft. L'exploitation d'une erreur dans le composant Microsoft Malware Protection Engine peut permettre à un individu malveillant de prendre le contrôle à distance de l'ordinateur de sa victime ou à un virus de s'exécuter lors de l'analyse d'un fichier PDF piégé.

LOGICIEL(S) CONCERNE(S) :
Microsoft Windows Live OneCare
Microsoft Windows Defender
Microsoft Windows Defender x64 Edition

Microsoft Windows Defender in Windows Vista
Microsoft Antigen for E
xchange 9.x
Microsoft Antigen for SMTP Gateway 9.x
Microsoft Forefront Security for Exchange Server
Microsoft Forefront Security for SharePoint

Bref, toute la nouvelle gamme de produits.

Vista, c’est un peu comme un pétrolier à simple coque. Et comme c’est un produit Microsoft, il est bien entendu la cible de tous les bricoleurs de la planète qui voudraient un internet libre et gratuit. Affaire à suivre… de loin.

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Sites de rencontres et liberté des putes

Dans un autre domaine de la lutte contre les parasites, il y a une contre-attaque des « pouvoirs religieux » contre la liberté débridée de se rencontrer qu’offre internet. Afin d’éviter à leurs blanches brebis de faire des mauvaises rencontres, et de se mélanger avec des moutons noirs aux queues trop fourchues, ils ont créé « leur » site de rencontre, un truc bien de chez eux pour se rencontrer « entre chrétiens ».

http://www.bigchurch.com/go/f3924

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Ils y ont mis les moyens, car le site est signé « Global Alphabet », une entreprise de conception de sites web de Palo Alto, (Californie) qui a conçu des sites très important, Friend Finder International par exemple, et qui ne travaille pas pour des clopinettes…

Dès la page d’ouverture, on est dans le bain : homme cherche femme, ou femme cherche homme. Le logiciel ne propose pas d’autre alternative. Les gays, out !

Par contre, les Américains ont toujours un problème de géographie, mais ça porte aussi atteinte à la crédibilité des candidatures proposées. Car j’ai du mal à croire que ce sont les impétrant(e)s eux-mêmes qui ont rempli leur profil ainsi :

Dans les dix premières prises au hasard, je trouve en effet:

Living in Yentsing, China, Provence (PACA), France

Living in Paris, Pays de La Loire, France

Living in Monaco, Centre, France

Living in Tourcoing, Bretagne, France

Living in Trassbourg, Centre, France.

Bon, pas grave, on n’est pas client, de toute manière. Parce que, comme vous le supposez, ce n’est pas gratuit. Au passage encore, je suis surpris des sommes d’argent que les Français sont capables de mettre dans un site de rencontre. Le site le plus visité en France, Meetic, (qui est également international) a fait l’objet d’un reportage sur France-Info le mois dernier. J’ai donc été me rendre compte : ça coûte la peau des fesses : de 29,99 à 54,90 € par mois suivant les fonctions dont vous voulez bénéficier. Presque aussi cher que les putes !

A propos de putes, admirez l’enchaînement de qualité radiophonique, la semaine dernière, Stéphane Bern dans son Arène de France s’était mis en tête de débattre de « Faut-il poursuivre les clients des prostituées ». Et le public lui a cassé les dents. Bien fait !

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L’émission commence avec un « sujet », un petit reportage préparé par l’équipe maison, d’une mauvaise foi sans égale. Si les téléviseurs n’avaient pas été aussi chers, j’aurais jeté mes chaussures dans le mien. « Bien évidemment, pour faire disparaître la prostitution, il faut poursuivre les pervers qui… ».

Dans les invités pour la prohibition, il y avait quelques suffragettes dont l’aspect et le discours à eux seuls justifiaient qu’on aille aux putes en courant: de vrais remèdes à l’amour. On avait aussi trouvé un jeune homme et une jeune fille prostitués qui « avaient eu une enfance malheureuse » et acquiesçaient volontiers au discours qu’on leur dictait que c’était à cause de cela qu’ils en étaient venus à la prostitution. Moi, tous ceux que je connais ont eu une enfance normale, mais des journalistes à problèmes ont du attirer des putes à problèmes, je suppose.

Heureusement, dans le camp des défenseurs des libertés, il y avait peu de monde, mais du lourd : l’acteur Philippe Caubère qui a redéfini le rapport entre la pute et son client, réhabilitant le mot putain dans toute sa poésie, réintégrant ces rencontres dans leur contexte social, et rappelant qu’il faut ne faut pas se tromper d’ennemi. C’est aux proxénètes qu’il faut faire la guerre, pas aux putes ni à leurs clients, que ce commerce était la rencontre de deux misères qui s’entr’aidaient, la misère sociale d’un côté et la misère sexuelle de l’autre, et que vouloir s’attaquer aux clients, c’est comme s’attaquer aux pauvres au lieu de s’attaquer à la pauvreté. Ce n’est pas parce qu’il existe du vin frelaté qu’il faut interdire le vin.

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Et il y avait un resplendissant « Maîtresse Nikita », qui ne parle de lui qu’au féminin bien qu’il soit père de trois enfants dont le plus âgé, en atteignant sa majorité, est devenu proxénète malgré lui au regard de la loi puisque bien qu’étudiant bien rangé, il vit « des revenus de son père »… Maîtresse Nikita maîtrise parfaitement son sujet, sans doute aussi bien que ses clients, et l’équilibre du débat lui doit beaucoup.

Et enfin, on a vu la tronche de la député(e) suédoise qui a fait voter la loi dans son pays. A la voir, on pense malgré soi que c’est par pure jalousie qu’elle a voulu priver d’orgasme toute une population. Passé cette mauvaise pensée, force est de constater qu’elle ment comme elle respire, et même comme elle pompe l’air, attendu qu’elle déclare que cette loi est très appréciée dans son pays alors que 1° elle y est très contestée –sondages à l’appui- tant dans son existence que dans son application, 2° elle a acculé à la misère, voire à la délinquance toute une tranche de population qui tirait d’honnêtes revenu de ses prestations érotiques, 3° elle a déclenché de nombreux drames familiaux en faisant arrêter des hommes mariés, et 4° elle a généré, comme toutes les prohibitions, un marché noir qui se déroule sur des bateaux ancrés au large, hors des eaux territoriales, - donc incontrôlable - ,et que l’on peut gagner grâce à un système de navettes qui les relie à la côte toutes les heures.

Stéphane Bern a donc fait voter son public, comme il est de tradition dans sa stupide émission. Après un dernier rappel à la morale, les urnes parlent : 80% contre la pénalisation ! Soucieux d’atténuer cet échec, Bern en berne fait voter les femmes : environ 70% contre. Nouvel échec. Il veut zapper le vote des hommes, le public l’exige : 83%. Nous sommes toujours dans la même tranche d’opinion, et Bern a toujours la même tronche de cake faisandé. Rentrez vous bien ça dans la tête. Non, c’est non. Les empêcheurs de baiser ne passeront pas. Et à notre époque de solidarité associative, les mal-baisés ont trouvé des défenseurs.

Rappel d’un site à visiter pour ne plus rien ignorer de la chose:

http://www.lesputes.org/home.htm

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Et si on parlait un peu de la campagne présidentielle ?

D’abord : Je me suis amusé à compiler les sondages des élections précédentes. Depuis 1974, jamais le favori de janvier n’a été l’élu de mai.

Ensuite, comme souvent, le carriérisme personnel occulte les vrais enjeux politiques. A droite, Eric Besson (qu’effectivement personne ne connaissait avant qu’il ne s’en aille) démissionne en citant nommément dans sa conférence de presse d’adieu les grands éléphants dont il estime trahis l’esprit et la doctrine. Cela cache deux vérités : D’abord, souvenons nous de la réussite desdits pachydermes en 2002, et ensuite, Ségolène a clairement annoncé qu’aucun d’entre eux ne serait appelé dans son gouvernement si elle est élue. Alors, leur problème est de continuer leur carrière quoi qu’il arrive à l’Elysée et à Matignon: Pour Strauss Kahn, puisque ce ne sera pas lui, il lui importe de rester député du Val d’Oise, et président de la communauté d’agglomération « Val de France ». Laurent Fabius, lui, n’a plus d’autre préoccupation que de se faire réélire député de Seine Maritime.

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Pareil à droite : Les 27 membres du groupe parlementaire de l’UDF se disent que la vie, leur vie va devenir bien difficile lorsque Bayrou, qui a toujours bêlé au centre mais brouté l’avoine à droite, devra négocier des circonscriptions pour les législatives après une victoire de Sarko qu’ils estiment possible.

Aussi les moins courageux se sont-ils rapprochés du manche pour être sûr de ne pas heurter l’enclume : Baguet, Blanc et Santini ont déjà fait allégeance à Joe Dalton. Tant pis pour les idées. Pour Santini, la mairie d’Issy les Moulineaux, la députation du même lieu et la présidence de la communauté d’agglomération Arc de Seine paraissent autrement plus importants que l’étripatouillage final sur le perron de l’Elysée, et justifient de se placer à l’abri des concessions de partage des circonscriptions pour les législatives.

Voilà les petites grandeurs de notre vie politique…

N’oubliez pas d’aller voter quand même, si possible pour un candidat qui a des chances d’être élu(e)…

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Alerte rouge


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D’après des recoupements d’articles d’agences de presse spécialisées et de militants des droits de l’homme, il sévirait actuellement en Irak un véritable « nettoyage ethnique » visant les homosexuels. D’après Ali Hilli, militant LGBT Irakien en exil à Londres, des milices religieuses ont infiltré la police et le gouvernement et se sont emparées de fichiers d’homosexuels. Elles débarquent chez eux la nuit, les enlèvent et les font disparaître. Il faut remonter à Himmler pour trouver un ratissage homophobe aussi systématique. L’homme ajoute que ce massacre est suffisamment visible pour ne pas pouvoir se commettre hors de la connaissance du gouvernement irakien.

Enfin, il est rendu possible, et même encouragé par l’attitude des principaux belligérants occidentaux, la Grande Bretagne et les USA qui refusent d’accorder le statut de réfugié aux gays irakiens qui, d’après eux, ne sont pas en danger.

Il faudrait peut-être manifester quelque part pour obtenir qu’on accueille enfin ces réfugiés ??? Allons-nous assister à ce massacre en silence ?






lundi 12 février 2007

84° Windows Vista.

Les compte rendus des premiers usagers de Windows Vista sont surtout disponibles en anglais, puisque c’est dans cette langue que le système est conçu et réalisé.

Voici l’un des plus documentés dans cette langue :

Ce nouveau Fenêtres hasta la vista de Monsieur Guillaume Portail ne comporte pas toutes les améliorations que ses concepteurs avaient promises en dévoilant le projet « Vienna » puis "Longhorn". Le projet a beaucoup évolué depuis cette époque, certaines des améliorations qui lui étaient réservées ayant du être accordées à son prédécesseur Windows XP, notamment en matière de sécurité, dans le cadre du pack SP2.

Microsoft a du renoncer à un nouveau système de fichier, WinFS, à la fois trop lourd et trop divergeant par rapport au modèle informatique global.

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La sécurité accrue que Microsoft promet aux utilisateurs de Vista est qualifiée par les experts d’une arme à double tranchant qui risque de se retourner contre lui. Il risque de se ramasser un grave retour de manivelle à cause de la protection des copyrights (DRM) auquel il fait la part belle pour ne pas fâcher les majors américaines.

D’après un informaticien de mon entourage, le problème se résume à ceci :

« La gestion des DRM est assurée par un blocage du noyau du système. Il ne peut donc être protégé que par lui-même, par ses propres anti-virus fonctionnant en « mode noyau ». Il considère alors les autres anti-virus comme des agresseurs et les élimine.

Comme il se trouvera tôt ou tard (très tôt vraisemblablement) un petit malin qui fera sauter les verrous du code en mode noyau pour faire sauter les DRM qui y sont associées, tous les virus de la terre se précipiteront dans cette faille. Les produits Microsoft sont déjà les plus attaqués, Vista deviendra non seulement le plus attaqué, mais le plus vulnérable aux attaques virales, puisque allergique aux autres anti-virus, il ne trouvera pas de parade alternative à une attaque en règle.. Les spécialistes s’attendent à des catastrophes. On sait qu’il n’y a pas de « sécurité acquise » en informatique. En adoptant l’anti-virus en mode noyau, Microsoft a mis tous ses œufs dans le même panier. »

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Par ailleurs, Vista dispose d’un contrôle parental très sophistiqué, ce qui peut paraître une qualité. Or d’une part, on sait que des patch contre les contrôles parentaux les plus avancés circulent en CD dans toutes les cours de récréation, et que d’autre part, le système de contrôle parental de Vista est tellement perfectionné qu’il constitue un espiogiciel à peu près parfait à lui tout seul. L’administrateur peut consulter tous les sites visités, lire les emails et les conversations par messageries, presque reconstituer les frappes clavier… On imagine les atteintes à la vie privée que peut constituer un tel système, s’il n’est pas appliqué à un enfant, mais à un membre adulte de la famille, ou à un employé dans une entreprise…

Que peut-on faire de plus avec Vista ? Pas grand-chose. D’ailleurs, la publicité qu’on en voit à la télévision le résume parfaitement. Que peut-on en dire ? « Wouahh ». C’est joli, incontestablement, si on a installé la version à plus de 300€ sur un ordinateur haut de gamme. Mais ce n’est que joli. Remplacer le système PDF par une version Microsoft « XPS », ce n’est pas une innovation puisque le PDF donne satisfaction à tout le monde. Une recherche de fichiers améliorée ? Quand on a de l’ordre dans ses fichiers, on n’est pas obligé de lancer les recherches sur l’ensemble d’un disque dur, mais seulement sur un répertoire ou deux… Quant à afficher plusieurs bureaux à la fois, ça aurait peut-être intéressé Napoléon, mais moi, très modestement, je ne fais qu’une chose à la fois… Il n’y a pas besoin de 36 bureaux pour ouvrir deux ou trois programmes à la fois. Il vaut mieux un grand écran. La sécurité accrue ? On a vu…Alors pourquoi payer si cher ?

De plus, les fabricants de périphériques semblent vouloir se goinfrer au passage. Ainsi par exemple, si on demande à Microsoft soi-même les conditions d’éligibilité d’une carte graphique pour XP, Microsoft répond : elle devrait idéalement gérer le nouveau système DirectX 10, mais si elle ne gère que DirectX 90c, Vista pourra s’en accommoder.

Mais si on visite le site de ATI, grand constructeur de cartes graphiques, on s’aperçoit qu’il n’existe de drivers disponibles que pour les modèles les plus récents. La carte graphique de mon ordinateur, qui a trois ans, permet à directX 90c de tourner sans problème, mais ne possède pas de driver pour Vista…

Bref, le rapport qualité prix ne plaide pas pour le passage rapide à ce nouveau système, quand on sait les plâtres qu’ont essuyé tous les premiers utilisateurs des précédentes versions de Windows, et qu’on connaît l’épée de Damoclès suspendue au-dessus de celui-ci.

Il semble donc urgent de ne rien faire, de conserver son bon vieil XP et de regarder évoluer la situation, d’autant plus que ça risque d’être cocasse.

L’observation générale, justement, consiste à se souvenir que IBM, en concevant son PC, avait voulu un système ouvert et évolutif. Avec sa priorité donnée aux DRM, et les restrictions apportées aux licences d’utilisation, Microsoft fait régresser le système PC en sens inverse de celui voulu par ses concepteurs.

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Voilà qui devrait faire la part belle au système libre Linux, à l’essor duquel les nouvelles lourdeurs de Vista devraient donner un coup de turbo. Certes, là aussi, il reste des problèmes à résoudre : gestion de plusieurs disques durs, reconnaissance rapide des nouveaux matériels, (les grands fabricants répugnent souvent à concevoir des drivers « Linux », je me suis fait attraper avec une carte WiFi Linksys… et le manque de convivialité qui fait que les adjonctions de gadgets et les mises à jours ne sont pas encore automatisées. (chargement de plug-in, de directX, etc…).

Mais plus que jamais, la compétition s’ouvre. La mondialisation contre le système contributif alternatif. Les grandes manœuvres sont en cours.





jeudi 8 février 2007


83° Les tribulations de l'homme-orchestre.


Quelles sont les limites du vieil adage : « nul n'est prophète en son pays » ? S'il semble aussi facile que logique de déclarer qu'il n'y a ni utilité ni mérite à prêcher des convaincus, la tâche qui consiste à aller exposer ses arguments en terre hostile relève parfois de la prétention de Don Quichotte. Ainsi par exemple, les Américains n'ont convaincu personne lorsqu'ils se sont mis en tête d'apporter la démocratie en Irak...

Le débat d'idées politiques n'a d'intérêt qu'entre adversaires de bonne foi. Une sorte de gens bien rares sur l'échiquier politique où ceux qui disent ce qu'ils font et qui font ce qu'ils disent se comptent sur les doigts de la main.

Il y a très très très longtemps, à une époque où mes quelques livres de jeunesse m’avaient donné une petite célébrité, la revue d'extrême droite « le Crapouillot" m'avait invité à participer à un numéro spécial sur le thème des « Pédérastes ». On disait comme ça, à l'époque. Pour conjurer mon peu d'inclination à prêter ma plume à un journal d'extrême droite, on m'avait fait miroiter que Roger Peyrefitte, Yves Navarre et Guy Hocquenghem, -- excusez du peu --, avaient d'ores et déjà donné leur accord. Vérification faite, le Crapouillot était allé un peu vite en besogne, et les autres n'avaient été contactés que de la même manière que moi. La bande des quatre s'est donc téléphoné pour accorder ses violons, ce qui m'a valu de faire la connaissance des trois autres que je n'avais jamais approchés que par leurs livres. C'est autour d'une table de la Closerie des Lilas que nous avons tenu conseil de guerre. Partant du principe d'effectivement, le Crapouillot avait le mérite de pénétrer jusque dans les chaumières où la bonne parole n'entrait jamais, nous avons décidé d'accepter. En ce qui me concerne, la commande était de 12 pages dactylographiées, que je me hâtai de fournir, et qui me furent payées rubis sur l'ongle au prix fort bien avant parution. Heureux journalistes de droite ! Cet article me rapporta à lui tout seul presque autant que mon premier livre !

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Lorsque parut la revue, il ne restait que trois pages des douze que j'avais préparées. Toutes les lignes militantes, toute l'expression des revendications d'égalité, de droit, de respect avait été évacuées. La concaténation des morceaux choisis qui avait été faite sans mon accord donnait à ma publication un esprit égrillard et pervers diamétralement opposé à celui du texte original.

Les trois autres avaient été un peu mieux traités que moi, sans doute parce que leur notoriété plus grande leur permettait des réactions plus dangereuses. Mais il est vrai aussi que leur texte était plus consensuel que le mien, aussi la censure avait-elle été moins drastique à leur encontre.

Je jurai un peu tard qu'on ne m'y prendrait plus. Discuter avec quelqu'un qui vous fait des ronds de jambes, puis qui vous tire dans le dos dans l'instant suivant ne sert qu'à se faire récupérer par une cause qui n’est pas la vôtre.

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Sarkozy et les gays, c'est exactement le même cas de figure. Il y a une contradiction permanente entre le programme du candidat, ce qu'il dit et ce qu'il fait. Ce Frégoli de la politique vit en grand écart permanent. C'est d'ailleurs sans doute là sa performance la plus notable, d'arriver à faire un aussi grand écart avec de si petites jambes.

Pendant qu'il répond à la télévision aux gays qui l'interrogent (dans une émission dont l'organisation et la production sont actuellement examinées par la justice) qu'il est sensible aux droits des homosexuels et à leur libertés, il prend position contre le mariage et l'adoption, choisit comme proche conseillère Christine Boutin qui est une émanation du Vatican (voir mon article numéro 67), déclare « retirer son investiture » à Christian Vanneste qui n'en a plus besoin attendu qu'il est maintenant affilié au CNI qui est une succursale de l'UMP, mais oublie dans le même discours de préciser qu’il s'abstient de présenter un candidat officiel contre lui, ce qui garantit à Vanneste une réélection tranquille dans une circonscription dont il est l'homme fort.

Toujours pas un mot du manifeste homophobe signé par plus de 300 députés de son parti à l'instigation de Jean-Marc Nesmes... On attend d'un jour à l'autre la publication par Act Up. et/ou par les Panthères Roses, de la liste des dits députés et de quelques autres agrémentée s'il y a lieu de leurs faits d'armes respectifs en matière de liberté sexuelle et de droit des gays en général.

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Le candidat Sarkozy essaye de se réconcilier avec une banlieue que le ministre Sarkozy a injuriée pendant des années, en traitant ses habitants de racailles et de voyous, et de raccrocher au train de la république des wagons que le gouvernement Raffarin, dont il était le maître à penser, a décrochés en route en supprimant brutalement en 2002 toutes les subventions aux associations locales qui assuraient tant bien que mal l'homogénéité du tissu social dont il déplore maintenant la rupture.

Le candidat Sarkozy soutient Charlie-hebdo pendant que le ministre Sarkozy rassure le recteur de la mosquée de Paris. Moi aussi, évidemment, je soutiens Charlie hebdo, mais de mes deux mains. Ce ne sont pas des assurances que je tiens à la disposition du recteur de la mosquée de Paris, mais une leçon de laïcité et de république s'il lui plaît de venir l'entendre.

Je fais de temps à autre une visite pleine de commisération au site de Gay Lib, que je vois de jour en jour remettre dans sa poche tous les beaux projets de liberté qu'elle nous promettait pour les gays, au fur et à mesure que leur leader politique préféré les dégomme un par un comme au tir à pipes. Cette malheureuse association qui a commencé pleine de promesses libertaires finira en club de masos...

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Il faut que ce monsieur Sarkozy arrête de parler deux langages et se décide à contrôler sa main gauche et sa main droite avec le même cerveau. L'interview de Xavier Bertrand dans la tribune du lundi 29 janvier nous donne le fond du programme de M. Sarkozy, avec tous les détails de ce qu'il ne dit pas dans ses meetings et à la télévision. Contestation du droit de grève, fin de l'égalité devant les soins avec l'instauration d'une franchise qui exclura un nombre de Français encore plus grand des soins les plus élémentaires, augmentation des impôts indirects au détriment des impôts directs, ce qui revient à un accroissement de l'inégalité devant l'impôt par une diminution de sa proportionnalité, atlantisme à toute vapeur, avec étroite association à la politique des croisades bushiennes contre les infidèles, retrait de l'État de la prise en charge des plus démunis au profit des associations caritatives comme aux USA, ce qui transforme les populations concernées en proies désignées pour les communautés pas toujours très catholiques (ou parfois trop catholiques...) qui auront à les prendre en charge... Je ne peux pas en faire 20 pages, même si la matière existe....

N'oublions tout de même pas que le ministre candidat Sarkozy, à l'époque où ils ne faisaient qu'une seule et même personne, ont reçu les scientologues les plus en vue quasiment comme des chefs d'État...

Or si les promesses du candidat Sarkozy aux militants émerveillés ne sont que des promesses, les orientations qu'il promet aux puissances de l'argent sont bien expliqués dans cet article de la Tribune. Le bon peuple écoute les discours des meetings et de la télévision, et il sera déçu, le monde de l'argent lit la Tribune, où il n'y a plus aucune ambiguïté : Ceux qui votent avec leur compte en banque savent très bien pour qui et pour quoi ils vont voter.

Je dînais l'autre soir avec un trotskiste un peu nostalgique, personnage haut en couleurs dans les réflexions de qui on trouve quelques perles. Et par-dessus le confit de canard, il m'a dit : « tout était dans "Mein Kampf", mais personne ne l'a lu à temps »... Sans doute y a-t-il une distance à prendre avec un raccourci si brutal, mais on reste un peu songeur, non?

samedi 3 février 2007

82° Boys Cultur

Les « voyants extra-lucides » décrypteurs de branchitude à venir nous le présentent comme un futur film culte. Laissez moi rire. Vous ne verrez l'image ci-contre que sur l’affiche. Elle n’est pas tirée du film.

Dommage que le réalisateur Q. Allan Broca, que nous connaissions déjà pour son très américain mais néanmoins plein d’humour « Eating Out » ait voulu se mettre à faire de la télévision. Car ce « Boys Cultur » ne fera jamais qu’un médiocre feuilleton à forte concentration de poncifs pour creux d’après midi pluvieuse si on s’ennuie à une tupperware party.

Tout le monde ne peut pas faire « Shortbus », (voir mon article n° 69 ), mais depuis que ce film mémorable existe, il faudrait que messieurs les réalisateurs comprennent qu’on a changé de siècle.

Certes, Allan Broca est gay, et même peut-être un peu tante si j’en juge par la sensibilité très mièvre de son documentaire sur la vie des animaux. Malheureusement, la vision qu’il nous en donne est celle du cinéma hollywoodien de l’entre-deux guerres, la caméra n’est jamais devant les portes entrebâillées, par lesquelles les personnage regardent les autres s’ébattre, et les acteurs n’y apparaissent au lit qu’avec le drap remonté au-dessus du nombril. Humprey Bogart faisait déjà ça en 1939. Et même Feydeau avant lui.

Ne venez pas me dire que je suis un vieil obsédé qui voudrait que tous les films deviennent pornographiques. Sinon, relisez mon fameux article n° 69. Il faut juste se donner les moyens de traiter les sujets que l’on a choisis. Souvenons nous que dans le théâtre classique, on ne se bat jamais ni ne se tue sur scène. Souvenons nous que c’est du haut des remparts que Chimène voit Rodrigue tuer son père Don Gormas. Pas question de croiser le fer sur la scène.

Depuis, le temps est passé, l’histoire s’est écrite. On tue sur scène et aussi à l’écran. Parfois trop d’ailleurs. Mais le cinéma a acquis des formes qui lui permettent, justement de cesser d’être formel, sauf par jeu (Dogme 95). Il faut donc se donner maintenant les moyens des sujets que l’on choisit.

Je suis contre le mot « homosexuel » parce qu’il contient le mot « sexe » qui réduit à la chair une relation dont la richesse se situe largement sur d’autres terrains. Mais refuser la réduction au physique ne signifie pas pour autant qu’il faille en éradiquer la moindre manifestation.

Si on appliquait ce dogme idiot justement au mot « homosexuel », les films sur le sujet ne pourraient précisément pas être autrement que pornographiques, puisque le mot même qui nous désigne nous suppose dépourvus de sentiments… L’égalité des sexualités exige donc qu’on se donne la peine de traiter le relationnel et les choses de l’amour dans toutes leurs dimensions.

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Le cinéma « hétérosexuel » a déjà bien du mal à évoluer dans ce sens, puisque les deux principaux producteurs, les USA et l’Inde, et beaucoup d’autres pays d’où émerge un cinéma balbutiant mais prometteur sont paralysés par des principes religieux invalidants. C’est pourquoi nombre d’hétéros attendent du cinéma gay qu’il « relève la tête » dans son expression comme la communauté a su le faire dans le contexte social.

« Shortbus » était allé plus loin, magiquement plus loin, en nous inventant un cinéma « métrosexuel » dont le traitement global réunissait enfin harmonieusement tous les ingrédients du relationnel dans un harmonieux équilibre des corps et des coeurs.

Maintenant que la voie est ouverte, il faut la suivre. Le temps des Amitiés Particulières et du cinéma underground est révolu. Il faut avancer. Soit on fait un film d’époque, soit on s’amuse à faire une parodie de feuilleton télé, mais si on veut traiter un sujet d’actualité, il faut nous faire un film moderne.

Les quatre caricatures de Boys Cultur sont aux antipodes de cette gageure. Nous avons un gigolo intraitable, qui ne jouit que pour de l’argent, et dont la seule performance semble se borner à pouvoir paraître tous les matins rasé de trois jours, un étudiant opiniâtrement romantique, noir dans un rôle positif qui donne la touche de « politiquement correct » au sujet, un grand ado qui n’a que son charme et rien d’autre, co-locataire sans argent adopté par les premiers sans pour autant payer en nature (comme c’est crédible..) , et un vieux gay qui a passé toute son existence dans le placard et semble concevoir quelques regret devant le gâchis dont il a fait l’œuvre de sa vie.

On aurait pu faire un film intéressant sur la prostitution, mais on ne le fait pas. Le gigolo roule sur l’or, gère ses gains avec maestria au point de pouvoir prendre sa retraite à trente ans pour vivre de ses rentes, (comme au cinéma), et ne se pose jamais de question existentielle. On aurait pu faire un film sur le coming-out, mais la famille hypercatho de l’étudiant noir avait devancé avec brio la révélation de l’homosexualité de son fils. On aurait pu faire un film sur la frustration, mais l’homme qui a vécu soixante ans de placard a un rôle d’intellectuel équilibré détenteur de vérité, on aurait pu faire un film sur les ados perdus, mais le charmant Joey qui partage la maison d’un gigolo et passe sa vie en boîte est saisi par une grâce tombé d’on ne sait où comme un feuillet s’échappe du scénario et reprend ses études un beau matin avec sérieux et application.

Bref, on aurait pu faire un film.