lundi 27 mai 2019

582° Et maintenant ?….





Il va falloir faire avec, mais il y a beaucoup à dire de ces résultats un brin inattendus.
D’abord, on savait que les sondages étaient trompeurs, voire mensongers, mais on commence à comprendre qu’ils pourraient devenir des outils de manipulation.

A qui faire confiance ? Actuellement, ils sont aux mains du privé, avec des « garanties » qui valent ce que valent les garanties sanitaires des produits du supermarché.
Comment les améliorer ?

Ceci dit, les résultats, eux, sont officiels. Il va falloir faire avec.
Que voyons nous ?



Droite des bistrots et droite des cols blancs...

La droite des bistrots a très largement pris le pas sur la droite des cabinets financiers. C’était prévisible : à trop mépriser les pauvres, tondre les petits contribuables, ignorer les « non-diplômés » et oublier les vieux au bord de la route, il ne fallait pas s’attendre à autre chose.

Même au-delà des propagandes et des manipulations, une élection reste le cri du plus grand nombre, et dans la France de Macron, le plus grand nombre, ce sont les laissés-pour-compte. Ce qu’au USA, on appelle les 99 %.

Les dictateurs chevronnés en font des « forces populaires » et des « partis uniques », en dehors de ce schéma, ça donne des opposants qu’on peut toujours désorganiser, Macron le fait plutôt habilement-, mais ça ne les supprime pas. La preuve.

Ceci dit, son pouvoir commence à harceler les journalistes, et cela m’inquiète beaucoup.

Se réjouir de la déconfiture du parti républicain, c’est se mettre des œillères. Bien sûr, quelle joie de voir un parti de vieille bourgeoisie confite de bigoterie, accroché à ses miasmes religieux et ses valeurs moyenâgeuses prendre une déculottée, ça fait toujours plaisir. 



Mais toute médaille a son revers. Une partie – la mieux nantie - de cette droite jusqu’ici républicaine a rejoint LREM où elle retrouve ses valeurs financières et ses opportunités pécuniaires, les plus éclairés ont voté écolo,  mais la plus grosse partie a filé au café du commerce, où elle a engraissé le machin national…

Macron se réjouissait d’avoir fait exploser la gauche, qui avait d’ailleurs, par ses dérives et ses individualismes, tout fait pour prêter le flanc à ce genre de scud. Mais il en a perdu l’héritage. C’est la droite qui est venue engraisser ses effectifs.

Si la gauche s’est déstructurée, elle n’en continue pas moins à exister, et l’esprit de gauche des Lumières, de la raison et de l’humanisme n’a pas disparu. On le retrouve donc largement chez les écologistes, et de manière surprenante dans le score de Glucksmann qui, s’il reste modeste, est néanmoins le double de ce que les sondages lui prêtaient.

Il va falloir à ces deux là apprendre à s’apprivoiser et à travailler ensemble, parce que « tel est leur destin ».

D’ailleurs, ils ont tous les deux dit ce matin que c’était envisageable, alors qu’Alexis Corbière, le hibou sur l’épaule de Mélenchon, a confirmé qu’il n’en était pas question. Dont acte : on fera sans eux.

Car leur premier lien, c’est leur ennemi commun : le pouvoir de la finance, le rouleau compresseur des multi-nationales, les mailles d’acier de la prison néo-capitaliste.

Leur second lien est la « qualité intellectuelle » de leur électorat. On retrouve, tant chez les écolos que chez Glucksmann, une proportion de « gens instruits », de diplômés, d’intellectuels et autres penseurs supérieure aux autres partis.

Au machin national, les cadres ont un profil adjudantesque, voire pilier de bistrot, chez les républicains, plutôt jésuite, et à la France insoumise, un brin levée de fourches et cocktail molotov.

De plus en plus, le niveau intellectuel remplace le niveau social dans l’identification politique des Français. Les grincheux trouveront toujours des exceptions, les laissés-pour-compte de la pensée hurleront à l’élitisme, mais on ne peut nier que c’est une tendance forte.


Les jeunes se mettent enfin à voter...

L’irruption de la jeunesse, jusqu’ici relativement désintéressée de la politique, mais qui se sent soudain concernée par l’urgence écologique qui assombrit leurs lendemains, est l’autre signe de cette transformation. Les jeunes se mettent à voter en plus grand nombre, et ils ne voteront ni pour des banquiers ni pour des moralistes à l’ancienne.

Il y a déjà longtemps que le vocable « d’intellectuel de droite » était devenu une locution paradoxale, une sorte de plaisanterie, genre « cuisine anglaise » ou « midinette parachutiste », l’enflure du machin national vient confirmer cette lame de fond.

Et ce dans tous les domaines : mon grand père était un paysan traditionnel à peine nanti d’un certificat d’études, l’agriculteur d’aujourd’hui est un chef d’entreprise avec des compétences technologiques, ingénieriques et et informatiques affirmées. Ce qui explique sans doute que chaque jour, un plus grand nombre d’entre eux abandonne le traditionnel pour une agriculture raisonnée et écologique.

Et il en est ainsi dans beaucoup de professions… Les seules résistances sont le fait d’aveuglements soit traditionnels, soient de finance à court terme.

Ainsi par exemple, la transition vers la voiture électrique n’est ralentie que par ce que j’appelle des « vroum-vroumistes », ces mal-baisés qui ne se réalisent que dans des voitures inutilement grosses et puissantes.
La transition de la route vers le rail n’est ralentie que par des financiers qui voient dans le camionnage une source de bénéfices immédiats, comparés aux investissements dans le rail qui ne produisent qu’à long terme.
La transition agricole n’est ralentie que par un système de distribution archaïque et malhonnête qui ne permet pas aux producteurs de vivre de leur travail.


Bref, d’une manière générale cette « décantation »  de l’électorat nous donne une nouvelle mouture où ne surnageront que ceux qui pensent et qui réfléchissent à long terme, savent abandonner les traditions et les idées reçues pour une véritable innovation.
Ouf de soulagement. La France est assez délivrée des religions et des pensées obtuses et dogmatiques pour oser réfléchir de manière autonome. On a coupé des têtes pour ça, et on en cueille encore les fruits aujourd’hui.

Évidemment, tout le monde va se mettre à parler d’innovation, de « nouveau monde », etc.
(C’est déjà fait ? Tiens donc!)… Reste à l’électeur à ne pas se laisser bercer par les mots et les slogans...

Tout cela pour dire que les écologistes sincères et la gauche humaniste n’ont pas d’autre choix que de travailler ensemble. Leurs objectifs convergent, leurs moyens sont de même nature, et surtout, leur ennemi est le même….




LREM s’est droitisé. Encore davantage…

Le bilan global est que LREM s’est droitisée.
LREM avait dû son succès aux gens de gauche désespérés par l’émiettement de leurs partis, aux retraités inquiets. Tout ces gens sont partis, écœurés. S’ils se sont maintenus à niveau constant, c’est qu’ils ont compensé cette hémorragie par une foule de droite, qui n’a pas assumé le sauvage dérapage droitier de Wauquiez et les homélies du croisé Bellamy.
Certes c’est une droite relativement modérée, mais c’est de droite quand même.
Ce n’est plus « ni gauche ni droite ».

Le bastion LFI fait maintenant figure d’un gauchisme ras les pâquerettes qui ne se résout pas à se fondre dans le moule fasciste bien qu’il en partage certaines aspirations, - dont le culte du chef – , la contestation par principe doctrinaire et une fâcheuse tendance à « l’impérialisme idéologique», et le PC est le grand perdant de l’affaire : malgré une gestion pourtant parfois exemplaire de mandats régionaux et municipaux, il donne l’impression globale d’un idéologisme qui parle plus qu’il n’agit. Même si ce n’est pas forcément exact, ça leur colle à la peau, et c’est à eux de modifier leur image.

En Italie, Mateo Salvini fait ses discours avec un chapelet à la main, peut-être craint-il le caractère phallique du goupillon…
Encore que le chapelet, si les grains sont assez gros, a ses adeptes au rayon érotique…

En Hongrie, Orban séduit les Hongrois en leur apprenant à détester l’étranger, on est bien loin la Raison et l’Humanisme…
Les Hongrois avaient édulcoré l’écrasement des nazis parce que leur langue, impénétrable et incompréhensible, leur avait permis d’atténuer l’ingérence de l’occupant. Elle continue à entretenir leur marginalité.

Partout où les religions sont proches du pouvoir, elles enseignent la détestation du prochain, de l’étranger, du « différent », en totale contradiction avec le fond de leur message spirituel.
Exemple en Pologne.

En définitive, l’inévitable clivage du partage des richesse s’est compliqué d’un autre division : celle de l’instruction et de la raison face à l’aveuglement et à l’obscurantisme.

C’est un long travail de pédagogie et d’explication qui s’annonce. 








lundi 20 mai 2019

581° Festival de Cannes il y a cinquante ans.






Je n'ai pas l'habitude de parler de moi dans ce blog, mais l'ouverture aujourd'hui du 72° Festival de Cannes me rappelle d'émouvants souvenirs.

Il y a dix ans, sur ce blog, j’ai écrit l’article n° 258, que je repends ici avec de menus rafraîchissements.

J’entends aux informations le mécontentement de certaines professions, les auto-écoles par exemple, qui bloquent les routes parce qu’ils voient leur profession ratatinée par le numérique.
Ce ne sont pas les seuls, loin de là. De nombreuses professions se sont profondément transformées avec l’arrivée du numérique. D’autres ont carrément disparu.

Ce fut le cas de la mienne. J’étais un spécialiste de la pellicule, qui, en quelques années, a complètement disparu au profit du numérique. Depuis bientôt dix ans, lorsque vous allez au cinéma, vous voyez une image numérique. Ce fut aussi le cas de tous les travailleurs du laboratoires de développent et de traitement…

On a longtemps pensé que le numérique ne surpasserait jamais en qualité les techniques d’images avancées (70 mm) et de son (codage Dolby sur le film). L’avancée technologique a finalement eu raison de ces derniers bastions. On gagne maintenant en qualité d’image et de son à voir des films en numérique. On économise aussi beaucoup d’argent à la production en les tournant sans pellicule. Et il faut moins de lumière…

Certes, il y a la nostalgie du film, comme il existe celle des voitures anciennes ou des trains à vapeur. J’avais commencé dans ce métier comme Toto dans Cinéma Paradiso…

Mais chaque jour, l’inexorable progrès écrase un peu plus tous les détails auxquels les nostalgiques se raccrochaient. La température de couleurs, la chaleur des ambiances, résolus. Les profondeurs de champ : améliorées. Le grain : divisé par trois. Le son : épuré avec la disparition totale des bruits de lecture et des parasites provoqués par l’usure du film au fil des séances.
La bande passante : élargie, le nombre de canaux : multiplié, la dynamique : augmentée. Plus rien à quoi se raccrocher.

Le numérique fut pour les artisans du film que j’étais un cataclysme technologique. Tout a disparu. C’est la retraite qui m’en a sauvé de justesse. Ma profession n’existe plus...

Mais il y a cinquante ans, en 1969, votre serviteur eut l'honneur de faire des projections dans moult très grandes salles françaises, et notamment au Festival de Cannes. Qui se tenait encore dans son ancien palais, dit « Palais de la Croisette"

A la fin de la guerre, le Festival eut lieu dans le théâtre de l’ancien Casino. La salle était trop petite (1000 places).
On décida donc en urgence de construire le Palais de la Croisette, dédié aux festivals – dont le Festival International du Film -qui fut achevé en deux ans. On l’inaugura avec le Festival de 1949.

Il était temps : le grand concurrent, Venise, s’était doté en 1937, juste avant la guerre, d’un Palazzo del Cinema ultra-moderne très innovant pour l’époque. Il était déjà plus avancé que celui de Cannes, qui vit pourtant le jour douze ans plus tard : la projection y était presque  horizontale, alors qu’au Palais de la Croisette, comme dans les salles traditionnelles, elle tombait du haut d’un balcon très escarpé.

Entré au dernier moment comme remplaçant, j'y travaillai au-delà du raisonnable, une fâcheuse épidémie de grippe (eh oui, déjà!) à laquelle j'échappai ayant décimé l'équipe, pourtant nombreuse, des opérateurs.



Voilà de quoi j’avais l’air en 1969.


Il me reste de ce festival quelques photos, des vieilles diapositives que j'ai numérisées sans numériseur, on admirera la performance, en photographiant leur projection sur un petit écran!

L'ancien palais du Festival, donc, inauguré en 1949 et détruit en 1983, offrait une salle de 1700 places avec balcon, dotée d'un écran de 16 mètres, exceptionnel pour l'époque, mais la projection était affligée d'une plongée de près de 25° qui nuisait considérablement à la construction d'une image de grande dimension. Pour conjurer le problème, on avait incliné l'écran face à la cabine de 15°, avec l'inconvénient qu'il se couvrait de poussière assez rapidement et qu'il fallait le changer presque tous les ans...

De plus, cette inclinaison, qui déformait l'image, (effet de trapèze) était très visible des places latérales de l'orchestre. Pour les galas, l'attribution des sièges était donc un problème aussi épineux qu'un plan de table avec un archevêque, un ambassadeur et une archiduchesse, puisqu'il fallait « trier » les invités en fonction de leurs compétences techniques pour n'attribuer ces mauvaises places qu'à des spectateurs incapables de déceler la supercherie.

La salle en 1969, photographiée par les trous de projection.

Située au cinquième étage, desservie par un ascenseur, juste sous la terrasse brûlée par le soleil, l'étouffante cabine de projection, mal ventilée et non climatisée, hébergeait quatre projecteurs Philips DP70, (Hollandais). La Rolls du cinéma. Les deux du milieu équipés de lanternes à arc californiennes Mole Richardson à positif tournant, (quelle merveille!) et les deux machines latérales affublées de lanternes à arc italiennes Cinemeccanica SuperZenith. Les connaisseurs verront très bien tout cela sur les photos. 




Au fond, hors de la photo, des lecteurs double bande, dotés d'une synchronisation électronique "Interlock" avec des moteurs à glissement, -les premiers que je voyais- permettaient, à la première séance, d'enregistrer des traductions dans les langues choisies par le jury, et de les relire lors des projections suivantes.



A droite, également invisible sur la photo, un tableau de commutation pour les changements de machine, appelé « Véronique », avait la réputation de conduire à des situations d'impasse produisant des coupures de son lors des changements de machine s'il n'était pas manié par son maître. Je n'y ai jamais touché. A côté, une minuscule pièce dévolue à la régie son était littéralement remplie par un bedonnant mais sympathique ingénieur que l'on apercevait parfois entre deux volutes de fumée de ses Gitanes.


Votre serviteur, sous son meilleur profil, en plein travail.

Lorsqu'on sait qu'il y a dans la salle le gratin du cinéma planétaire, on a le trac.
Je n'en étais pas exempt. J'ai vu des opérateurs renoncer en tremblant à la grande salle...
Il est vrai que chaque fois que l'on appuie sur un bouton, on joue sa place...
Sauf le chef, qui un jour, a envoyé une bobine à l'envers... Et qui est resté chef.

A l'époque aucune projection n'était automatique alors qu'elles le sont toutes devenues quinze ans plus tard, au temps des complexes, y compris les plus puissantes. Notamment parce qu'aucune lanterne à arc ne donnait plus d'une heure de lumière sans qu'il faille remplacer les charbons. Il fallut attendre l’invention de la lampe au xénon…

En l'occurrence, les Mole Richardson de Cannes ne délivraient pas plus de trente minutes de lumière continue. Ensuite, il fallait l’éteindre pour changer les charbons. ...

C'est donc bobine par bobine qu'on faisait les projections, avec changement de machine toutes les 17 minutes. C'est dire qu'il y avait intérêt à avoir les yeux en face des trous et qu'il ne s'agissait pas de fumer la moquette avant d'aller faire une séance. Par précaution, nous étions deux opérateurs, chacun passant toujours les mêmes bobines sur le même appareil. La chasse aux rayures était ouverte! 



Guettant sur l'écran le signe du changement de projecteur.
Il fait trèèès chaud. Mes cheveux sont collés sur mes tempes...


Jusqu’à la fin de « l’ère pellicule », la projection du Festival de Cannes s’est pratiquée en mode manuel et bobine par bobine.

Comme j'étais de loin le gamin de l'équipe, j'avais 22 ans et les mandarins de la salle obscure me regardaient de haut, on ne me confiait que les films jugés secondaires. En regardant attentivement cette photo prise dans la salle de montage, pompeusement baptisée le bunker, vous constaterez que la pellicule ne touche pas mes doigts: elle vole! Déjà doué, le petit! Le film entre mes mains le jour de la photo était, autant que je me souvienne, le film de Pierre Etaix « Le Grand Amour ».




Ce fut l'année où « IF » de Lindsay Anderson, obtint la Palme d'Or lors d'une cérémonie de clôture présentée par Jacques Martin. « Z » de Costa Gavras n'y obtint qu'un prix d'interprétation masculine décerné à Jean Louis Trintignant. .. A part le Pierre Etaix et le soporifique « Ma nuit chez Maud » d’Eric Rohmer, on me confia aussi "Easy Rider", de Dennis Hopper, qui fit mauvaise impression et obtint sous les sifflets un prix de la première œuvre avant de devenir le film culte que l'on sait. .

L'histoire nous dit aujourd'hui que « If » -palme d’or - est un film oublié et que « Z » et Easy Rider », qui n’ont pas brillé ce jour là, sont restés dans l'histoire. Le jury était pourtant présidé par Lucchino Visconti in person.



Le détail du défilement du DP 70.

En 1982, ce palais des festival, dit « Palais de la Croisette » fut abandonné au profit du nouveau palais que nous connaissons, appelé le bunker par les Cannois. Il est construit sur le port de Cannes, précisément à l’emplacement de l’ancien casino, « Le Casino des Fleurs » qui hébergea le tout premier Festival d’après guerre et qui fut démoli pour laisser la place.


 Le "Palais Croisette"

Malgré les critiques, la grande salle de ce nouveau -et actuel- palais est, à mon avis, le modèle de la salle idéale, architecturalement parfaite, conçue autour du spectateur et de la projection. On parle néanmoins déjà de démolir ce second palais pour le remplacer par je ne sais quoi qui aura bien du mal, je pense, à être aussi fonctionnel.


 L’actuelle grande salle du Palais des Festivals de Cannes.

Les lanternes à arc ont été remplacées à la fin des années 80 par des lanternes au xénon Kinoton, ce qui n'alla pas sans quelques explosions très spectaculaires, dont une célèbre en plein gala d'ouverture. (Je n'y étais plus depuis longtemps, mais elle résonne encore dans la profession).

Les premières lampes au xénon, surtout les très grosses, avaient la fâcheuse manie d’exploser sans aucun signe avant-coureur. L’explosion était très puissante, le miroir pulvérisé, et parfois des éclats venaient briser la glace thermique de sécurité, se loger dans la cage de l’obturateur et provoquer une casse mécanique du projecteur en le bloquant brutalement….

On ne les manipulait -à froid et à l’abri des courants d’air, qu’avec un masque et des gants de protection. Je mettais même en plus mon blouson de moto pour les remplacer tant j’en avais peur. Le boîtier de la lanterne était littéralement blindé pour protéger l’opérateur, et il arrivait, après une belle explosion, qu’elle soit cabossée de l’intérieur, gonflée comme une boite de conserve avariée….

Lorsqu'on changea de palais, les quatre projecteurs DP 70 furent déménagés et installés dans le nouveau palais avec leurs lanternes explosives.

A la suite de débats dont j'ignore la teneur, ils ont été remplacés depuis par des DP 75, un modèle supposé supplanter le précédent mais qui, à mon humble avis, ne lui arrive pas à la cheville. Et j'en parle en connaissance de cause, puisque la suite de ma carrière m'a conduit à maintenir pendant plus de vingt ans un complexe cinématographique parisien entièrement équipé de cette regrettable machine...

J'ai le souvenir émouvant d'avoir assisté, en spectateur dans la salle, le 26 mai 1982, à la dernière projection du Palais Croisette.
C'était le film "The Wall" d'Alan Parker, mettant en image l'album de Pink Floyd.
C'était du 70 mm. Les anglais avaient monté une sono délirante, entassé des amplis plein la cabine et des haut-parleurs jusqu'au plafond derrière l'écran.

Le Palais a tremblé ce soir là.
Mémorable.
Ce fut à la fois son baroud d'honneur et son chant du cygne.
J'en ai encore les larmes aux yeux.

Je n'ai pas trouvé de photo de l'actuelle cabine de projection "numérique" du Palais du Festival.

A titre indicatif, voici deux exemples de projecteur numérique de grande salle...







dimanche 7 avril 2019

580° Soutenons Bilal Hassani…



L’Eurovision a toujours été un terrain politique, et surtout un porte-voix pour les libertés trop difficilement partagées par certains pays.
L’occasion est trop belle de faire passer par le biais du spectacle un message de liberté qui se heurte dans tous les autres domaines aux censures et aux restrictions des pouvoirs autoritaires.



En 1997, l’islandais Paul Oscar est le premier chanteur ouvertement homosexuel à concourir en finale.

En 1998, la trans israélienne Dana International remporte la finale. Israël est très partagé sur la diversité des sexualités, mais les progressistes comptent bien sur ce pavé dans la mare à la fois pour faire avancer les idées et pour développer le tourisme dans leur pays.

En 2002, un trio de drag-queens slovènes, Sestre 3 se fait plus remarquer par son accoutrement que par sa prestation musicale, médiocre. Sa sélection en finale semble tenir d’un double miracle, mais ils sont là, loin dans le classement, mais présents...

En 2007, la Serbe Marija Serifovic, qui n’a pas pourtant pas encore fait son coming-out, - ça viendra l’année suivante - chante « Molitva », un ode à la tolérance, un clin d’œil appuyé aux amours lesbiennes...

Puis, pendant quelques années, rien de bien militant, jusqu’à Conchita Wurst, en 2015, dont le triomphe déborde du cadre de l’Eurovision pour devenir un succès international.



Les réactions sont nombreuses, et parfois désolantes. On se demande souvent s'il vaut mieux pouffer de rire ou rire jaune :

La Russie déclare ne plus vouloir présenter de candidat à l’Eurovision. Elle y reviendra, mais sans grand succès, puisque l’aval obligatoire du pouvoir et les lois « anti-propagande » éliminent les candidats un brin originaux…

La Chine, qui retransmet l’évènement sans y participer, censure des passages entiers du concours. Tout y est passé au peigne fin par Mango-TV, la chaîne spécialiste des événements culturels internationaux. Par exemple, lors de la cérémonie des Oscars, le mot « gay » avait été sous-titré par « original »
La Turquie parle de se retirer aussi…

Cette année, en 2019, le groupe autour de la chanteuse ukrainienne très célèbre, Maruv, remporte les sélections de son pays, mais le pouvoir ukrainien veut imposer à la chanteuse  un contrat l’enjoignant à modifier le texte de sa chanson pour y inclure des slogans anti-russes, les deux pays étant en conflit, notamment à propos de la Crimée.

Elle refuse de signer. Elle ne pouvait pas le faire, de toute manière, son producteur, la chaîne de télévision PBC, filiale de Warner Music Russia, étant pro-russe.

La chanteuse, qui n'est pas que chanteuse, mais aussi polytechnicienne, fait une conférence de presse pour dire que la politique ne doit pas s’ingérer dans l’art, et que si son pays ne veut pas d’elle, elle s’en va. Les autorités ukrainiennes proposent alors aux seconds et troisièmes des éliminatoires de représenter le pays : tous refusent.
L’Ukraine n’a plus de candidat à l’Eurovision.

En France, des éliminatoires indépendants et bien réguliers désignent le jeune chanteur d’origine marocaine, Bilal Hassani, comme finaliste pour représenter le pays.

Notons que deux homosexuels militants participaient à la sélection. Bilal Hassani n’est en effet pas tout seul : il y a aussi Emmanuel Moire, dont la chanson « La promesse », est une ode émouvante à l’amour des garçons. :

Je me fais la promesse, je me fais la promesse
De vivre enfin quand mon cœur bat pour un homme
Pour un homme,...
Bilal Hassani a une chanson tout aussi engagée, « Roi », avec du charme, un brin de mystère et de paillettes en plus.

Ne me demandez pas qui je suis,
Je suis pas dans les codes
Ça dérange beaucoup

Il l’emporte. Il va prendre très cher… Des tombereaux d’injures vont se déverser sur lui. Il va devenir la cible de tous les réacs de France et de Navarre.

Catherine Rambert, chroniqueuse à Téléstar :

. "Est-ce qu'on peut rappeler quand même que l'Eurovision c'est quand même un concours de chansons au départ ? Et là, on dirait un concours de déguisements et de travestis. Je n'ai rien contre ce garçon qui a l'air très sympathique, mais on juge des chanteurs en principe"...

« Touche pas à mon pote » « people » laisse entendre qu’il y a derrière cette victoire un travail de comm’ pour le faire avancer. On n’y prononce pas le mot « lobby », mais on sent que c’est le fond de la pensée du chroniqueur…

Pourtant, « Touche pas à mon poste » finira par inviter Bilal le 4 février, -difficile d’ignorer le succès sur une chaîne commerciale -, et tente de le coincer à propos de ses tweets de jeunesse où les homophobes et des Juifs intégristes avaient trouvé matière à polémique.


 Le garçon s’est très bien sorti de l’épreuve :
« Je suis surtout très heureux de faire l'Eurovision avec cette chanson. C'est un morceau qui a un message très fort, contre toutes les discriminations. Donc, voilà. C'est dans mes convictions. Je suis moi-même discriminé, je serai toujours contre toute violence. J'ai beaucoup d'amour à offrir à tout le monde et je vais tout donner pour pouvoir représenter la France du mieux que je peux »

Même Philippe Manœuvre, sur RTL, dont on pourrait croire qu’il aime les artistes originaux et innovateurs, y va de sa diatribe :

"C'est la fête à Neuneu, l'Eurovision  ! Faut y aller avec des transsexuels barbus, avec des bonnes femmes qui ont de l'abattage !", avait-il lancé, ajoutant que Cindy Sanders aurait mieux fait l'affaire. "Elle aurait été une parfaite candidate à l'Eurovision parce qu'elle envoie comme un poids lourd et qu'il faut avoir un côté Dalida".

La droite bien franchouillarde est furieuse, et en avale son dentier.
Une chroniqueuse parle de « baissage de culotte », de chanteur maghrébin qui représente la France avec des paroles à moitié en anglais, et d’Eurovision qui fait déborder le vase :

« L’an dernier, nos représentants, avec « Merci », nous chantaient une ode aux migrants, cette année, c’est un travesti qui nous représente avec une apologie de l’homosexualité »…..
Je vous passe la suite.

Merci, Bilal, de faire chier les gros cons. Un peu de lumière, de joie, et de courage dans ce mode de brutes.

Bilal Hassani a besoin d’être défendu. Heureusement, il a des fans. Nombreux et enthousiastes.
Lesquels ont décidé de fêter la sortie de son nouvel album avec une fan-party qui aura lieu à Paris le 26 avril prochain.
Ce n’est pas un évènement « mondain », c’est un évènement quasi associatif, l’entrée est à 10€.

Quasiment un acte militant. Je vous ai donc publié l’affiche ci-dessus.
Bilal Hassani « in person » pourrait bien s’y trouver…


Réservations billettrie :

A bon entendeur...





samedi 30 mars 2019

579° Boy Erased, l’enfer des thérapies de conversion.





Boy Erased est avant tout un film sur l’aveuglement de la religion, la négation de la nature même par la foi aveugle, un documentaire où l’on comprend que l’intégrisme et la radicalisation rongent toutes les religions, y compris celles qui peuvent nous sembler familières et inoffensives.



Avec un petit plus propre à la religion américaine : On y comprend d’emblée que là-bas, un temple, une église n’est rien d’autre qu’une entreprise commerciale, prête à tout pour séduire sa clientèle, attirer sur ses bancs les fidèles d’en face, et pratiquer le populisme le plus effrayant pour augmenter le chiffre d’affaire.

Les Européens ont du mal à imaginer qu’aux USA, tout tourne autour de la religion. Lorsque vous aménagez dans un nouveau quartier, vos voisins ne vous demandent pas quelle est votre profession, mais quelle église vous allez fréquenter. N'importe laquelle fera l'affaire, ce n'est que si vous n'allez dans aucune que vous aurez du mal à vous intégrer.

Cela paraît quasiment normal pour un Américain, aussi, le film ne s’attarde-t- pas trop sur cette démonstration. Dommage pour son impact à l’exportation.

En effet, la scène où le père du héros, pasteur baptiste, réalisant enfin qu’il ne changera pas la nature de son rejeton, déplore d’avoir travaillé toute sa vie pour « construire une entreprise qu’il espérait lui léguer afin qu’il en vive confortablement» constitue, pour nous, européens, un choc supplémentaire dans la perception du phénomène...




Le réalisateur, Joël Edgerton, s’est réservé le rôle de l’odieux maître de ballet de la cure de thérapie, s’entourant de Lucas Hedges pour interpréter le jeune homme, de Russell Crowe pour le papa-pasteur, de Nicole Kidmann dans le rôle de la maman, et même de Xavier Dolan qui incarne, dans un rôle secondaire mais très acide, l’un des malheureux patients au côtés du héros.

L’une des premières scènes donne le ton et le niveau de l’argumentation des « formateurs ».
Pour démontrer que l’homosexualité n’est pas innée, mais choisie, l’enseignant demande à la classe qui joue au football, puis à l’élève qui s’est hasardé à lever le doigt :
« Est-ce que tu es né footballeur, où t’es-tu décidé un jour à te mettre au football ? »…

Tout dans la dialectique des « déformateurs » est du même acabit, l’argument ultime étant bien sûr que dieu peut tout pardonner à celui qui se repent et revient dans le « droit chemin »…
L’amour de dieu pèse lourd, très lourd, dans cette maladroite pédagogie, qui prétend éradiquer tout à la fois et de la même manière l’alcoolisme, la drogue, l’appartenance à un gang, la tabagie et l’homosexualité. L’élixir du docteur Jésus serait un remède universel…

 

Une des scènes, trop courtes, mais décisives, est celle où l’on fait avouer au patron du stage de conversion qu’il ne possède aucun diplôme, ni médical, ni psychiatrique, ni d’aucune sorte, et qu’il n’est le que la patron d’une entreprise commerciale qui vent à prix d’or (3000$) un traitement de choc essentiellement fait d’humiliation publique et de lavage de cerveau.

Encore une fois, pareille révélation choque moins les Américains, pour qui tout est commerce, que nous, Européens, qui rangeons encore naïvement les institutions de spiritualité au rayon associatif, alors que si chez nous, elles restent peu commerciales, elles deviennent par contre abusivement politiques.

Et pourtant, nous ne sommes pas trop mal protégés, puisqu’en Europe, pareilles pratiques entreraient immédiatement dans le cadre d’un comportement sectaire caractérisé et tomberaient sous le coup de la loi.

Définitivement, aux USA, tout est entreprise, et aucun législateur ne se hasarderait à trier, parmi les propagateurs de doctrines, le bon grain de l’ivraie…
Il n’existe là-bas aucune loi contre les sectes et les débordements religieux, premier amendement oblige…

Il faut voir Boy Erased comme un documentaire hallucinant sur les ressorts profonds de l’homophobie qui, dans ce pays qui fait feu de tout bois, peut être à la fois un produit commercial, un argument politique, et même une vocation professionnelle pour certains illuminés qui pratiquent et répandent cette discrimination avec zèle et ostentation pour se voiler à eux-mêmes les sentiments homophiles qui les tourmentent.

Et si après cela, vous estimez encore la religion , n’importe laquelle, propre à éclairer votre entendement, à satisfaire votre spiritualité et à conduire vos actes sur le chemin de la vie… personne ne peut plus rien pour vous.




mercredi 20 février 2019

578° Benalla et Crase en prison, Finkelkraut en diversion…



Voilà donc Benalla et Crase en prison.
Procédons aux déductions qui s’imposent :

1° Les juges ont démenti le parquet, puisqu’ils ont précisément fondé cette incarcération sur les révélations de Médiapart, auxquelles le parquet avait réagi par une maladroite tentative de perquisition, et Benalla par une plainte pour atteinte à la vie privée supposée soustraire le document de l’instruction en le faisant passer pour une pièce illégalement acquise.

Or, manifestement, les juges se sont assis à la fois sur la réaction du parquet et sur la plainte de Benalla...
Pourvu que cette indépendance dure.

Dans cette conversation entre les deux hommes révélée par Mediapart, Benalla se targuait justement du soutien inconditionnel et sans faille de Macron.

Donc, dans son esprit, Macron l’a lâché, trahi.
Benalla pourrait penser à se venger. Il n’a plus rien à perdre. Il risque bien de choisir la fuite en avant… C’est un carriériste, un aventurier, il est capable de sacrifier ce qui ne lui est plus utile et de brûler ce qu’il a aimé.





On peut donc espérer des révélations croustillantes dans les jours qui viennent…
On va enfin connaître la clé de la protection et des avantages dont il a bénéficié jusqu’ici.

Dans deux articles antérieurs, j’avais déjà laissé entendre qu’il restait bien davantage à apprendre sur les aventures élyséennes et extra-élyséennes de Benalla que ce que nous en connaissions déjà.
Chaque nouveau rebondissement ouvre des fenêtres insoupçonnées sur des galaxies entières d’affairisme étrange et de connivences… inattendues.







Mais on sait que les journalistes aiment bien garder quelques biscuits, conscients de ce qu’une petite révélation judicieusement amenée est un appât qui fait parfois surgir un banc de poissons tout entier…

Par ailleurs, on peut se demander s’il y aurait un lien entre l’irrépressible montée de l’éjaculation Benalla et les aventures de Finkelkraut dans les manifestations populaires.

Je ne suis vraiment pas un complotiste, je dénonce ce genre d’élucubration, mais il est des « coïncidences répétées » qui m’interrogent quand même…

Deux fois dans les dernières années, le bon peuple se réunit spontanément, hors du contrôle des « institutions intermédiaires », des syndicats et autres capitonnages administratifs pour réfléchir sur sa condition et faire des propositions qui n’arrangent pas le pouvoir ni la finance.

La première fois, c’était les nuits debout.
Et la deuxième fois, les gilets jaunes.

Et à chaque fois, pouf ! Miracle ! Perlimpinpin !  Finkelkraut débarque comme par magie au milieu de la manif, devant des caméras toujours présentes à point nommé, évidemment il se fait rabrouer comme on rabroue un vieux réac, et à chaque fois, cette altercation bistrotière fait le tour des télévisions et d’internet et supplante en médiatisation toutes les manifestations et revendications du bon peuple…

Le pouvoir en profite à chaque fois pour organiser une belle manœuvre de diversion avec lâcher de promesses, discours allonzenfants, et passez muscade.

Ne me faites pas dire non plus ce que je ne dis pas et que je ne pense pas.
Comme toutes les haines et les discriminations, l’antisémitisme est une chose abominable, même s’il ne doit pas être confondu avec l’antisionisme, qui est une opinion politique.

L’amalgame que d’aucuns tentent de faire entre les deux est, comme tous les amalgames, une manœuvre diffamatoire et réactionnaire. A chaque mot son sens précis, et on pourra exprimer ses idées plus clairement.

Il ne faut pas laisser passer impunément des dérives comme l’antisémitisme. Nous sommes d’accord.

Ma question n’est pas sur le fond, mais sur la forme : Pourquoi le « lapin Finkelkraut » sort-il si opportunément du chapeau pile au moment où le pouvoir aimerait focaliser l’attention de l’opinion publique sur autre chose que la contestation sociale ?

Je n’apporte pas la réponse, mais on me permettra de poser la question. Les coïncidences, par définition, sont des évènements qui ne se répètent pas. 





J’ajoute au chapitre des « coïncidences planifiées » , la vague de démissions des conseillers de l’Élysée. Sylvain Fort, Ismaël Emelien, et sans doute bientôt David Amiel…

Qui est mieux placé qu’un conseiller de l’Élysée pour prévoir le tsunami de boue qui va inonder la cour du château avec les développements bouillonnants et mousseux de l’affaire Benalla ?

Jusqu’ici, je n’aimais pas les séries. Mais cette série Benalla m’a réconcilié avec le principe.

Vivement la saison 3...





mardi 15 janvier 2019

577° Macron fait sa dissert..





L’idée d’un grand débat, ce n’est pas une idée de génie, c’est tout simplement -et enfin – ce qu’on aurait du faire depuis longtemps, ce que les gouvernements précédents ont toujours retardé, et que ce gouvernement a fini par accepter parce que les Français lui ont mis le couteau sous la gorge.

Il est évident qu’il va falloir remettre beaucoup de choses sur le métier pour permettre au pays de redémarrer sur de bonnes bases.

J’ai donc lu avec attention la lettre que le président des riches a bien voulu rédiger à l’attention du petit peuple qui renâcle. D’emblée, on sent le départ de monsieur Sylvain Fort, qui était à l’Élysée la plume de Jupiter.






Finies les grandes envolées lyrico-romantiques, les accents gaulliens d’apothéose républicaine, les glorieux couchers de soleil sur la grandeur de la patrie. Le magicien des mots est parti, et ça se sent.

Le pensum reste une bonne rédaction sans doute moultes fois relue et corrigée, expurgée des répétitions et autres maladresses linguistiques, mais quand même un peu tristounette.

Toutefois, dès les premières lignes, une grosse arête vient entraver la mastication. :

« Je n’ai pas oublié que j’ai été élu sur un projet, sur de grandes orientations auxquelles je demeure fidèle. »

Premier boulet dans le bel édifice rédactionnel : Non, monsieur Macron, vous n’avez pas été élu sur votre projet. Votre projet, il a recueilli 17 % des voix au premier tour. A deuxième tour, vous n’avez été élu que comme parapluie contre Marine Le Pen…

Après cela, la lanterne dont vous vouliez éclairer votre discours n’est plus qu’une vessie…

Comment vous croire maintenant? D’autant plus que vous avez balayé d’un revers de manche les requêtes considérées par les Français comme un véritable préalable à l’ouverture d’un vrai débat : l’impôt sur la fortune.

Vos technocrates auront beau essayer de me persuader que j’ai appris l’économie dans Picsou Magazine. C’est une de leur façon de mépriser le petit peuple. En fait, effectivement, je n’ai pas appris l’économie comme une science abstraite, mais en payant mes factures, en essuyant les refus que mes patrons opposaient à mes demandes d’augmentation, en allant pleurer chez mon banquier pour qu’il me permette de bouffer jusqu’au 31, et en constatant que ma retraite va en diminuant alors que pendant quarante ans, mes cotisations ont été en augmentant.

Et en voyant bien des choses écœurantes dont je ne vais pas refaire la liste, d’autant plus que je suis persuadé que les scandales qui n’éclatent jamais sont bien plus nombreux que ceux que je peux voir.

Utile ou pas, l’impôt sur la fortune est un symbole de justice fiscale. Quand ça vous arrange, vous n’êtes pas le dernier à brandir le symbole à l’appui des valeurs dont vous êtes ou vous croyez être le garant. Votre souci du symbole est allé jusqu’à changer l’entête du papier à lettre de l’Élysée…
C’est dire !

Mais le symbole n’est pas seulement un artefact réservé aux élites. Le symbole parle, il représente, signifie. Et en l’occurrence, celui de l’ISF est perçu comme un signe de justice fiscale.

Seraient également perçus comme des signes de justice fiscale la réduction des taxes sur le gaz et l’électricité, qui sont toutes deux supérieures à 50 %.
Il suffirait de considérer que ce sont là des produits de première nécessité. Mais ça ne vous arrange pas, hein ?

Vous préférez transformer en flat tax une taxe sur les revenus boursiers dont les bénéficiaires se comptent plus parmi vos camarades de pouvoir que dans le peuple laborieux.
Une bonne mesure serait également de ramener à au moins 8 ou 10 le nombre de tranches sur l’impôt sur le revenu : il serait ainsi plus progressif. Sans tomber dans les 14 tranches promises par monsieur Mélenchon, un étalement plus large de l’assiette assurerait une meilleure équité.

Sans doute espérez vous que les Français vont s’égarer dans les histoires d’immigration, et sur les valeurs laïques à propos desquelles vous faites tout votre possible pour créer la zizanie… Cela vous permettrait sans doute de poursuivre « sous la table » le plan financier inexorable qui est le vôtre de rétrograder les classes moyennes au niveau de « la France d’en bas ».

Vous y laisserez vos dents. La France d’en bas emplit les rues, brûle quelques voitures et tague quelques murs. Les classes moyennes sont les forces vives dont les nantis ont besoin pour dominer. La gageure est bien différentes.

C’est l’humoriste Guillaume Meurice qui a le mot de la fin à propos de votre grand débat :

« Il est temps de discuter ensemble sur la manière dont nous allons faire comme j’ai prévu »

En attendant le débat…




samedi 29 décembre 2018

576 Bashing, vous avez dit bashing ? Le mot à la mode…





Quand je pense aux insultes les plus grossières que j’ai essuyées en écrivant tout simplement que le régime de monsieur Macron avait un fonctionnement dogmatique et sectaire, et qu’il n’arriverait à rien en pratiquant avec tant d’acharnement l’injustice sociale, le mépris des classes modestes et en infligeant une pression fiscale à ce point inégalitaire…

Jamais je n’aurais imaginé que la dévotion des groupies du banquier viendrait à bout d’amitiés anciennes, de fraternités acceptées et disperserait à ce point ce qui était jusqu’ici rassemblé.




On m’a accusé de pratiquer un « bashing » systématique de ce Jupiter d’opérette, alors que je ne faisais qu’établir la liste de ses injustices, de ses forfaitures et de ses démonstrations d’arrogance.

Des gens que je croyais des amis m’ont « amicalement » traité de vieillard sénile, ont voulu me persuader que je ne comprenais plus rien à rien, que j’aigrissais sur place et m’ont conseillé de me retirer dans une maison de repos. Je n’exagère pas, j’ai conservé les messages.

Se faire insulter par des partisans politiques quand on défend des sujets aussi rassembleurs que l’égalité républicaine et la solidarité nationale, cela démontre tout à la fois que ce sont des gens de peu d’humanisme et qu’ils sont à ce point en panne d’arguments pour répondre au débat qu’ils en viennent aux attaques personnelles.

C’est une méthode d’extrême droite, de cette extrême droite à la française qui n’ose pas dire son nom, qui parle très fort pour ne rien dire et qui proteste quand on la qualifie d’extrême, dont toutes les pensées fondamentales sont emballées de beaux discours obséquieux, et qui soigne son apparence dans les salons à la mode et les plateaux de télé pour cacher l’égoïsme de ses positions et la noirceur de son âme.

Pourtant, ce « bashing » que j’ai subi pour avoir soi-disant « bashé » moi-même un imposteur n’est rien à côté de celui qu’ont subi les gilets jaunes de la part des grands médias, notamment audiovisuels, soutenu par les chœurs et la philharmonie des acolytes de la secte, et orchestré par les déclarations de ses députés et ministres.

Pendant quasiment un mois, ces médias et ces vociférateurs n’ont vu dans les gilets jaunes que des extrémistes, des casseurs, des racistes, des antisémites, des fauteurs de quenelles et autres agités marginaux et asociaux.

Pendant quasiment un mois, on n’a vu sur les médias, et sur les réseaux sociaux, -puisque les médias sont les principaux pourvoyeurs d’images – que des porteurs de gilet jaune en plein dérapage, dans des dérives de casse, de dégradation et d’injures.

Les vraies images des vrais gilets jaunes, appelons les « canal historique », prises par les protagonistes eux-mêmes, montrant la naissance d’une fraternité, d’un esprit de révolte sain et humaniste, bien au-dessus et au-delà des convictions politiques, nouant des liens amicaux et fraternels, se découvrant mutuellement dans une large unité nationale, toutes ces images, toutes ces vidéos n’ont pas dépassé les pages perso de ceux qui les avaient prises.

Quasiment jamais elles n’ont pu se hisser aux antennes et aux rotatives des grands médias. Partout, les casseurs avaient la primeur. Est-ce un parti pris politique, ou la manifestation de ce goût morbide pour le vilain et le pas beau qui fait qu’on montre davantage les avions qui s’écrasent que ceux qui atterrissent à bon port ? (avec un petit flou sur les cadavres pour se donner bonne conscience)...

Sans doute un peu des deux. Ces médias sont des institutions commerciales à la recherche d’audience, d’audimat, condamnées à ne programmer que des monstres de foire et des jeux du cirque, parce qu’ils croient que c’est ce que les gens exigent.
C’est vrai qu’ils ont largement contribué à les éduquer dans ce sens…
Pas d’audience, pas d’annonceur, clé sous la porte.

Le but des grands médias n’est plus de faire de l’information, mais de l’audimat, ce ne sont plus des services publics mais des entreprises, avec toute la déshumanisation que cela comporte. 

En plus, à côté des annonceurs, presque tous courent après des subventions, et hésitent donc quelque peu à attaquer la poule aux œufs d’or.
Il n’y a sans doute que Mediapart et le Canard Enchaîné   qui n’ont de compte à rendre qu’à leurs lecteurs.

Les édiles et sectateurs de LREM ont, bien sûr, contribué à cette campagne de dénigrement, montant au pinacle tous les dérapages qu’ils pouvaient trouver, et allant jusqu’à publier un recueil d’éléments de langage sous forme de « kit de survie pour militant en danger » qui devrait aider les ouailles le plus croyantes à affronter quelques velléités revendicatrices au réveillon familial !

Je ne parle pas des adeptes du complot qui prédisaient une apocalypse dictatoriale en voyant dans le soulèvement populaire un remake de la montée du nazisme dans les années 30…

Depuis quelques jours, il semble que cela ait changé. Les médias auraient-ils eu une crise de conscience ? Il faut dire que les casseurs se faisant plus rares suite à un maintien de l’ordre plutôt énergique, ils n’ont plus d’horreur à se mettre sous la dent.

Alors, comme il faut bien remplir les éditions spéciales et autres gros titres, ils découvrent qu’il reste encore sur les rond-points des milliers de gilets jaunes paisibles mais déterminés, qui ont réalisé un bon début de convergence des luttes bien au delà leurs convictions politiques, érigé l’urgence sociale en objectif prioritaire, tissé des liens d’amitié et de fraternité, et ainsi découvert que la politique politicienne et les tentatives de récupération dont ils étaient l’objet contribuaient bien davantage à les diviser qu’à les unir autour d’une volonté commune.

Ajoutez à ce capharnaüm que le gouvernement, dans son désespoir, a appelé les syndicats au secours, ce dont il n’est pas coutumier… Or les syndicats sont d’autant plus mal à l’aise dans cette récupération que le pouvoir leur apporte sur un plateau, qu’ils constatent que les gilets jaunes ont obtenu plus en un mois que eux n’ont obtenu en vingt ans…

Je veux bien qu’on me taxe d’une sorte de romantisme révolutionnaire qui m’aurait saisi en mai 68 et ne m’aurait jamais quitté. Mais bien qu’on ait obtenu en mai 68 beaucoup plus que les gilets jaunes à ce jour, il faut, pour être objectif, voir également un « romantisme révolutionnaire » dans l’égrégore qui se crée sur les ronds points, dans les relations quasi familiales qui s’y tissent, avec repas pris en commun, garde des enfants mutualisée, échange de services, etc...

Et au moment où tous ces médias semblaient faire amende honorable, soulagement de la presse en manque de matière : Benalla ressort du chapeau magique, et leur offre à nouveau du scandale, des unes et des gros titres …




Là, les thuriféraires de la Macronie ont beau essayer de recoller les morceaux, de cirer les pompes et de brosser les revers de Jupiter, d’expliquer que c’est l’autre vilain pas beau qui s’obstine à ne pas rendre ses passeports, et que le gourou est tout bien propre sur lui.

Problème : ça ne passe plus. Plus ils en font, plus ils font rire.

D’abord  invraisemblable. Si l’état, au plus haut niveau, veut retirer son passeport à un citoyen français, il a les moyens de le faire. Légaux, judiciaires et policiers. Si cela n’est pas fait, il y a forcément une raison. Il va falloir la trouver.

Souvenons nous que dans mon article du 25 juillet 2018,  j’expliquais qu’il devait forcément exister un lien encore inconnu entre Benalla et Macron, ou au moins quelques secrets sinon d’alcôve, du moins de cabinet. Pour être à ce point escamoté, telle la noisette dans une partie de bonneteau, escamoté mais jamais écarté avec fermeté – ne fût-ce que pour ses voies de fait -, Benalla devait « savoir des choses », et la menace de quelques révélations devait lui procurer cette surprenante tranquillité.

Bien sûr : aucune preuve. Mais si quelqu’un arrive chez vous tout mouillé, c’est qu’il est tombé dans l’eau ou qu’il a pris une averse… Vous n’avez pas de preuve, mais ce que vous voyez vous apporte tout de même quelques certitudes…

Ces liens, manifestement, existent toujours, qui permettent à l’intéressé de conserver et d’user de ses passeports sans qu’en six mois, on soit venu lui confisquer. A défaut de police, des armées de journalistes d’investigation battent la campagne pour découvrir le pot aux roses.

Et les « forces de l’ordre », qui ont, elles aussi, quelques revendications à faire valoir, ne feront peut-être pas tout leur possible pour dissuader les journalistes…

Alors, ben oui, on ne sait pas tout, mais le mystère et la cachotterie deviennent vite pires que la vérité : Une fois établie, la vérité ne change plus, alors que les mystères et cachotteries ne cessent d’enfler tant qu’ils ne sont pas révélés.



Revenons en au « bashing ».
Ai-je « bashé » Macron ?

Ne se « bashe »-t-il pas très bien tout seul ?

Il suffit de décrire par le menu toutes ses erreurs, de dévoiler ses supercheries et de démonter sa démagogie pour passer aux yeux de ses admirateurs pour un ennemi subjectif, cruel et irréductible, alors que finalement, on ne fait qu’observer objectivement au lieu de se laisser gagner par la contagion idéologique…

Force est de constater que s’il a dû son élection au moins autant à la nullité de ses adversaires qu’à la qualité de sa campagne, à part sa petite grand messe de la Cour du Louvre, il a accumulé en dix huit mois une litanie d’erreurs de cap, de mesures anti-sociales, d’injustices, de discours grammaticalement parfaits dans la forme mais mensongers sur le fond, d’erreurs de communication, de couacs et de scandales dans son entourage qui le classent loin dans le peloton des chapeaux haut-de-forme de la III° république.

Ça, un monde nouveau ? Si c’était de l’humour, ce serait passable. Mais venir nous dire, par exemple, que la SNCF n’a plus d’argent pour faire tourner ses petites lignes et augmenter son petit personnel alors qu’elle a battu cette année son record absolu de paiement de dividendes..( 537 millions d’euros ), et imaginer qu’on va le croire parce qu’il le fait dire par un ministre docile et converti, c’est carrément nous prendre pour des imbéciles. Les plus jeunes diront « foutage de gueule ».

Bref, le régime va à veau l’eau, il dévale la pente sans plus aucun frein d’une manière qui finira forcément au fossé, si ce n’est au précipice, et tous ces petits députés qui se sont fait élire à l’aventure dans un parti qui embauchait sans trop d’exigence, ainsi que tous les vieux abonnés de l’assemblée qui ont pris l’étiquette LREM parce que leur parti d’avant partait en sucette, malgré leurs beaux discours et leurs marathons entre les plateaux de télé, n’arriveront pas à nous convaincre que c’est juste une crevaison et qu’on va changer de roue.

Ce qui est certain, c’est qu’ils sont très mal placés pour brandir la menace de l’extrémisme si on ne les soutient pas :
Ce sont eux qui ont tout fait pour que ça se produise.
Ce sont eux qui ont détruit le bipartisme qui avait pour mérite de ménager une alternative honorable quand un gouvernement ne faisait plus son travail.
Ce sont eux qui, par une politique inique d’injustice et de favoritisme, ont fait éclater la colère qui couvait depuis déjà longtemps.

Souvenons nous des vœux de Macron pour 2018 qui annonçait que « l’année qui vient sera l’année de nombreux défis ». Comme quoi il lui arrive de ne pas se tromper.

Mais il disait aussi : «L’année 2018 sera celle de la cohésion de la nation ».
Là, c’est un peu raté, encore que la cohésion, si on considère que le capital de sympathie pour les revendications des gilets jaunes est monté jusqu’à 80 %, il l’a tout de même réalisée, mais contre sa propre politique.

Il fallait tout de même vivre sur Mars ou Pluton pour imaginer qu’un programme essentiellement fait d’injustice sociale et de paupérisation des petites gens allait être approuvé par les Français.
Les Français… Enfin, les quelques uns qui ne se sont pas abstenu, n’ont pas voté pour un tel programme : ils ont voté contre Marine Le Pen…

Il fallait aussi prendre pour sacristain chambellan un type un peu moins bobo que Griveaux, qui pense dans le Figaro que les opposants à son pape sont « des gens qui fument des clopes et qui roulent au diesel ».

Je ne fais ni l’un ni l’autre : je suis donc inclassable. (mais ça je le savais..) .
Ces clichés démontrent quand même bien la totale déconnexion de nos gouvernants avec le pays. Et le choix d’un tel porte-parole est éclairant sur le boboïsme psychopathologique des admirateurs du système. (boboïsme ou boboïtude?)

Tiens, d’ailleurs, ils vont manifester. Parés d’un foulard rouge qu’ils ont choisi comme signe de ralliement, ils vont se réunir place de la République le 27 janvier pour protester contre la chienlit des gilets jaunes et soutenir leur divin protecteur.

Il faudrait d’abord rappeler à ces ignares que le drapeau des versaillais était bleu et blanc, et que le rouge était justement la couleur du petit peuple qu’ils allaient massacrer.
 
Question symbole, c’est tout de même un peu raté.
Comme démonstration d’ignorance et de méconnaissance de l’histoire, c’est aussi très révélateur.
 
C’est à ce genre d’indice qu’on décèle le populisme profond. Ne nous trompons pas, ce sont bien ces foulards rouges qui, sur fond d’inconsistance salonnarde, brandissent les bannières d’un populisme éculé.




Ça aurait du être le 20 janvier, mais leur manif a été reculée d’une semaine parce que le contestodrome était déjà réservé, le 20 janvier, par une « marche pour la vie » censée voler au secours des « médecins objecteurs de conscience » qui refusent de pratiquer des avortements.

Respectueux de cette cause extrême droitière et intégriste contre laquelle ils ne sauraient s’insurger, ils ont donc gentiment marqué leur soumission à la préfecture de police en acceptant de décaler leur rassemblement d’une semaine. Et puis on ne peut pas défendre aveuglément le pouvoir et prétendre manifester ailleurs que là où on vous dit de faire. C’est inconvenant. 
    
 Donc souvenez vous bien : les affameurs des pauvres manifesteront le 27 janvier à Paris place de la République. Je dis ça, je ne dis rien. Je ne devrais pas leur faire de publicité. Mais je suis objectif, non ?