mercredi 9 mai 2018

565° Chronique de l’ignominie ordinaire. Chapitre 1







« Le colonel Beltrame, il est mort parce que la France, ce sont des idées, des valeurs, quelque chose d’une guerre qui le dépasse.
Les gens qui pensent que la France, c’est une espèce de syndic de copropriété où il faudrait défendre un modèle social qui ne sale plus, (sic) une République dont on ne connaît plus l’odeur et des principes qu’il fait bien d’évoquer parce qu’on s’est habitué à eux et qu’on invoque la tragédie dès qu’il faut réformer ceci ou cela, et qui pensent que, en quelque sorte, le summum de la lutte, c’est les 50 euros d’APL, ces gens-là ne savent pas ce que c’est que l’histoire de notre pays. L’histoire de notre pays, c’est une histoire d’absolu. »

Emmanuel Macron, France 3, 7 mai 2018



On l’appelait déjà « le président des riches », voire « le méprisant de la république ».
Parce qu’on est poli.

Jusqu’à maintenant, on pensait que l’outrance, l’arrogance et le mépris étaient le fait de quelques chefs d’états étrangers, bien loin de nous, qu’on voyait à la télévision dans la catégorie monstres de foire.

On se disait qu’on avait bien de la chance de vivre dans notre bel hexagone, même si quelques déclarations d’édiles, ça et là, éclataient à la surface du lac comme autant de bulles de pestilence et présageaient d’une possible contamination par la corruption politicienne.

Et puis voilà, la grenouille veut se faire aussi grosse que le bœuf, et en attendant qu’elle n’explose, on doit subir.

On ne sait plus par où commencer pour conjurer l’infâme bricolage idéologique de ce discours, nettoyer le parquet du forum républicain de cette effroyable diarrhée dialectique, et prier l’imprécateur d’aller dorénavant faire ça dans les chiottes avec la porte fermée s’il lui reprend l’envie d’exprimer le fond de sa pensée.

D’abord, l’ignominie qui consiste à mêler l’acte héroïque d’un soldat à la contestation des pauvres qui demandent justice et équité.

Si on pouvait établir un lien logique entre ces faits, ce serait exactement dans le sens inverse de celui où Macron l’a fait. Tel qu’il l’exprime, il salit la mémoire de ce brave colonel et méprise des gens qui ne bouclent plus leurs fins de mois.

Si la pensée présidentielle n’était pas à ce point dévoyée, il aurait compris que si d’héroïques combattants avaient donné leur vie pour le Pays, c’était justement pour que les Français puissent y vivre dans la liberté, l’indépendance et la suffisance de moyens matériels.

Créer une rupture de valeurs entre les hautes vertus républicaines et d’honnêtes - mais pauvres - citoyens qui crient famine, c’est une position scandaleuse qui mérite d’être analysée.

C'est justement au nom des "hautes valeurs républicaines" qu'il faut accéder à la demande de dignité des défavorisés. Ce n'est pas d'une rupture, mais d'un lien dont on a besoin ici.

Deux possibilités :

Soit le président vit dans une bulle dorée et ignore complètement qu’un grand nombre de ses concitoyens est à 50€ près – et même à 10 -, auquel cas il est mal informé et donc inapte à être le président de « tous les Français ».

Soit, -autre option - il est parfaitement conscient et cynique et pose les bases de ce qu’il voudrait voir devenir une nouvelle idéologie "républicaine", un peu comme dans 1984 où Big Brother trie le vocabulaire et réorganise la langue pour qu’une nouvelle forme de pensée devienne la bible d’un pays artificiel.

Vous voyez une troisième solution ? Le débat est ouvert dans les commentaires, que je publie toujours s’ils ne sont pas insultants.

La France n’est pas un pré carré où la finance va organiser la vie autour de ses profits, c’est un peuple lié par des valeurs, - justement -, qui figurent au fronton de ses édifices : « Liberté, égalité, fraternité ».

La liberté, c’est celle de tous, et pas seulement des « premiers de cordée », qui ne sont d’ailleurs premiers de rien du tout s’ils n’emmènent personne à leur suite vers le haut sur la voie du progrès, c’est aussi la France des modestes et des sans-diplômes, qui ne sont pas des « riens » comme l’a déjà proféré le vizir de l’Elysée, ainsi que je l’ai déjà relevé il y a bientôt un an.


 
L’égalité, c’est de reconnaître que la « valeur » d’un citoyen ne se mesure pas à ce qu’il « produit », mais éventuellement à « ce qu’il a produit » (les retraités), et même simplement à ce qu’il apporte en existant, en faisant valoir son simple droit à la dignité. (SDF, chômeurs, migrants)….

Et la fraternité, la grande oubliée de ces dirigeants qui se comportent en « faux frères » et ne s’intéressent qu’à leur caste, il faudrait en brandir les pancartes en tête de tous les défilés.

Même certains chefs d’entreprise commencent à croire qu’il y a « l’entreprise » et eux, à la rigueur quelques collaborateurs dont ils s’assurent à grands frais le dévouement aveugle, et personne d’autre. Les salaires des esclaves diminuent alors même qu’augmentent leurs primes, salaires, dividendes et autre prébendes. 

Et même lorsque, devant un scandale qui enfle trop, ils les réduisent à grand tintamarre médiatique, il leur en reste suffisamment pour ouvrir deux écoles et un hôpital.

Le « summum de la lutte », ce n’est pas, effectivement, les 50€ des APL.
C’est de se débarrasser d’un affameur ploutocrate qui n’écoute personne et veut façonner tout un pays suivant son caprice comme un enfant organise sa table de soldats de plomb.

D’habitude, je commence un article en me disant que je serai bref, et j’en écris des pages que je suis ensuite obligé de couper et d’élaguer.

Là, je me voyais parti dans de longues diatribes, et j’ai soudain l’impression qu’en peu de mots, j’ai tout dit.





jeudi 3 mai 2018

564° Black Blocs… La bonne question : Pourquoi existent-ils ?






Tout le monde s’interroge sur les « black blocs ».
D’où sortent-ils ? Comment ne les a-t-on pas vu venir ?

Mais personne ne se pose la bonne question : « Pourquoi existent-ils ? »

Lorsqu’il y a une bagarre quelque part, la police et la justice se posent toujours comme première question :
«  Qui a commencé ? »

Là, non.
On déplore, on se scandalise, le ministre de l’intérieur promet qu’on ne l’y reprendra plus, et que la prochaine fois, il enverra des archi-légions de ses robots casqués.

Dans les chaumières et les bistrots, on dégoise : « C’est un scandale, madame Michu, tout ce gâchis.. » Pourquoi « on » ne fait rien ? C’est « la faute à qui ? ».

Aucun analyste, aucun observateur, aucun journaliste, aucun « expert » ne s’est demandé une seconde pourquoi ces black blocs existaient, et surtout comment on aurait pu faire pour qu’ils n’existent pas.

Or chaque fois que le peuple est à bout, désespéré, pas entendu, exploité, n’a plus rien à perdre, dans tous les pays, on voit surgir des hordes de casseurs qui tentent de faire passer un message que le pouvoir a refusé d’écouter.

Même en France, ce n’est pas nouveau. Rappelons nous l’écrasement de la Commune de Paris, où les « pétroleuses » incendièrent de nombreux monuments parisiens.. La capitale y perdit le palais des Tuileries, et pour la ènième fois son hôtel de ville… Je vous laisse remonter dans l’histoire des peuples et des nations…



Il y a dans ce pays une classe ouvrière qui se bat depuis plus de cent ans pour arracher quelques bribes de bien-être à un patronat glouton et impitoyable. Souvenons nous de Germinal, de Carmaux, mais il y en a bien d’autres…

Et soudain arrive au pouvoir un jeune banquier fringant et arriviste, qui exploite avec arrogance et habileté une situation de déliquescence politicienne qui pourrit depuis longtemps, et parvient à se faire élire par défaut.

S’il avait été sincère et humaniste, il se serait attaqué au fondement de la crise sociale : les inégalités, le mauvais partage des richesses, de plus en plus déséquilibré, la sauvegarde et le respect des droits fondamentaux de ceux qui n’ont d’autre solution que de vouer leur vie au travail.

Il vient nous dire (et il n’est pas le premier!) : « La France est un pays impossible à réformer…

Alors, allons chercher « réforme » dans le dictionnaire.
  • «  Changement que l’on apporte aux institutions afin d’obtenir de meilleurs résultats ».

Qu’est-ce qu’un résultat ? D’un point de vue sociétal, ce n’est pas forcément un « résultat comptable », mais un résultat global, censé produire des améliorations des conditions de vie, mettre fin aux abus, étancher les fuites, gérer équitablement les profits.

Force est de constater que c’est tout le contraire de ce que font nos dirigeants depuis quelques décennies.

Les inégalités sociales s’accroissent, les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres. Le résultat des entreprises est voué à l’enrichissement des actionnaires et à l’accumulation d’une richesse qui échappe à ceux qui l’ont produite pour s’entasser dans quelques escarcelles de privilégiés.





Tout autant que la répartition des richesses, le dialogue social est en panne. Le pouvoir « entend », mais « n’écoute plus »… On ne gouverne plus par consensus, mais par « ordonnances ».

La  démocratie  a vécu. « démocratie », étymologiquement, cela signifie « pouvoir par le peuple ».
On ne gouverne plus au nom du peuple, mais au nom du fric. Cela a un nom : la ploutocratie.

Ces imbéciles, -pour ne pas dire ces salauds – ont rayé du dictionnaire, comme dans 1984, le mot « service public ». Pour eux, un service public, ce n’est pas fait pour rendre service, mais pour être rentable. 

Alors, on privatise à tout va tous les acquis sociaux du peuple français. Les autoroutes, le rail, la poste, les aéroports, même des bâtiments publics, construits par des promoteurs et loués à l’état..

Les entreprises sont de plus en plus riches, certains états aussi, mais les peuples sont de plus en plus pauvres. Où est l’argent ? On ne sait plus trop, tant se multiplient les stratagèmes pour le faire échapper au partage vital de son abondance.

Enfin si, on le sait, où il est, l’argent. Que se passe-t-il quand on privatise un service public ?

Il faut toujours « rendre le service », ce qui a un coût incompressible, sauf à réduire le service ou à écraser les salaires. Mais en plus, il faut engraisser des actionnaires. Donc non seulement le service cesse d’être « public » et accessible à tous, mais en plus, son coût augmente…
Et c’est le petit « usager » qui paie plus pour avoir moins…

Depuis des années, les organisations en charge de gérer le système sont phagocytées par des gens qui y font carrière, tant au niveau du gouvernement que des partenaires sociaux, et même des syndicats. Le système « utopique » dégénère en capharnaüm, le carrosse se transforme en citrouille.

Les tentatives de discussion sont vouées à l’échec. Le gouvernement et le patronat y vont avec des pré-requis, des « lignes rouges » sur lesquelles ils ont par avance décidé de ne rien lâcher, et ils reprochent aux syndicats, confrontés à un mur, de devoir en faire autant… Mais que peuvent-ils faire d’autre ?


On accuse des petits fraudeurs aux prestations sociales d’être la cause d’une faillite générale alors qu’ils ne représentent qu’une goutte d’eau dans l’océan de la fraude fiscale et des profits détournés.

Alors, les black blocs, je ne les approuve pas parce que je suis viscéralement non violent, mais je les comprends. Les Espagnols ont un mot, pour cela, les desperados…

J’entends d'ici les conversations petits fours dans les salons lambrissés :
« Oui…, mais ces gens là ont une idéologie, ils veulent tout casser, abattre le système, ce sont des anarchistes... »

Souvenons-nous de Surcouf: Un amiral anglais, qu'il avait fait prisonnier,  l'interpella un jour:
"Vous, les corsaires, vous vous battez pour de l'argent, nous, nous nous battons pour l'honneur".. 
Et Surcouf répondit:
"On se bat toujours pour ce qu'on n'a pas".

Bah oui, forcément. Ce sont des anarchistes. Ils sont opprimés, donc ils sont contre l’oppression. C’est une idéologie qui vaut largement celle des valets du veau d’or…

Et ils font appel à des experts en désordre… Ne me dites pas que les banquiers n’ont pas d’experts en accumulation de richesse…

À un détournement de la démocratie répond un détournement d’opposition.
Et nous revenons à notre question première :
Qui a commencé ? Qui, le premier, a agressé, méprisé, exploité, écrasé ?

Tant qu’on ne posera pas le problème sous cet angle, on n’approchera pas de la solution.
C’est comme au rugby, il faut « revenir aux fondamentaux »…




mardi 17 avril 2018

563° Solidarité ? Vous avez dit solidarité ? Bizarre…






Emmanuel Macron espérait une majorité. Celle qui est en train de se dessiner se fait contre lui et ce n’est sans doute pas celle qu’il espérait….

Il est vrai qu’il se dépense beaucoup pour se fâcher avec tout le monde. En quelques mois, on a vu dans la rue les hospitaliers, les cheminots, les enseignants, les étudiants, les avocats, les juges, les retraités qui n’y descendent pourtant pas souvent, et j’en oublie sûrement. Sarkozy n’a pas fait mieux.

Et insatisfait sans doute de cette belle unanimité, ce pyromane vient d’allumer un nouveau front en décidant avant hier de « filialiser » le fret SNCF.

Cet modèle a forcément manqué à Alfred Jarry pour écrire Ubu roi…

Et après, il vient nous dire que « ce pays est impossible à réformer ».

Mais si, c’est possible, mais souvenons nous qu’une réforme, cela doit être un progrès !
L’histoire de France est pleine de ces réformes heureuses qui ont suivi les crises, ont abouti à de vrais progrès sociaux et n’ont pas donné lieu à des manifestations. 1848, 1870, 1905, 1936, 1945, 1968…

Ce qui est regrettable, c’est qu’il faille aller écouter les humoristes pour entendre ce que n’importe quel journaliste devrait relever en priorité : les contresens…

Aucun journaliste n'a relevé qu'un quarteron de banquiers technocrates avait relevé comme exemple de retraite scandaleusement favorable le départ à 42 ans ... des danseurs de l'Opéra... ! L'Opéra, c'est cette colonne, là, sur mon tableur ?




Par exemple lorsqu’il parle de solidarité….

Commençons par la définition du dictionnaire 

  • Solidarité : 
  • Étymologie : du latin "solidus", entier, consistant. La solidarité est le sentiment de responsabilité et de dépendance réciproque au sein d'un groupe de personnes qui sont moralement obligées les unes par rapport aux autres.

Ainsi par exemple, le plus fort devrait venir en aide au plus faible…

Est-ce vraiment ce que fait Macron en exemptant les riches d’impôt sur leur fortune et en taxant les retraités, - dont les pensions sont bloquées depuis cinq ans -,  à  partir de 1200€ par mois ?

Lorsque du même geste amical, il exonère de l’impôt les yachts, les jets privés, les chevaux de course, les voitures de luxe, les bijoux, les lingots d'or et les œuvres d’art ?

Et qu’on entend Bruno Lemaire déclarer : « il ne faut pas fracasser les riches pour venir en aide aux pauvres »

Il vaut mieux fracasser les pauvres, sans doute ? Le problème des pauvres, c’est qu’ils sont nombreux, et que quand ils descendent dans la rue, ça se remarque...

Comment peut-on entendre ce type parler de solidarité nationale sans avoir envie de rire ? (ou de le gifler…)
Même les humoristes étrangers le galéjent, et aucun journaliste français ne relève le gant ?

D’accord, ce n’est pas bien de s’attaquer aux journalistes, (encore que certains...), c’est le jeu préféré des extrêmes lorsqu’ils s’estiment mal servis par les médias. Mais la pauvreté et la précarité sont-elles des « extrêmes» ?

Pourquoi les journalistes ne se souviennent-ils pas qu’avant Macron, Sarkozy avait voulu « effacer la frontière entre la gauche et la droite » ? Avec le résultat et les dérives que l'on connaît…

Sarkozy avait « l’avantage » de sa mauvaise éducation. On voyait venir le bateleur du bout du champ de foire avec ses gros sabots, ses phrases à l’emporte-pièce, ses sophismes et ses bordées d’injures bistrotières qui s’échappaient par moments de son costume comme autant de témoins de sa duplicité.

Macron est un littéraire, il a fait du théâtre dans sa jeunesse. Ça se sent. Il fait de très beaux discours, emphatiques, veloutés, obséquieux, dans un irréprochable français très classique et même un peu suranné qui fleure bon le lycée Henri IV… Il a peut-être aussi quelques littérateurs qui l’aident dans l’écriture de ses laïus.

Parfois, ça sonne comme du Malraux, avec ce brin de poussière gaulliste comme touche finale. Il ne manquerait plus qu’un trucage avec le noir et blanc, quelques rayures et l’éraillement du son pour faire en l’écoutant un plongeon dans les années 30. Avec grand renfort de carabistouille et de perlimpinpin. Je retrouve dans ces mots des expressions de mon père, qui était né en 1902...



Je promets qu’il n’y aura plus d’augmentation d’impôts… assure Jupiter.

La deuxième journée de solidarité sérieusement envisagée par son gouvernement équivaut, d’après les économistes les plus sérieux, et qui sont plutôt dans son camp que dans le nôtre, à une augmentation d’impôts de 0,45 à 0,51 %….

Bon allez, les gars, faut que ça pète. On ne va pas rester comme ça indéfiniment à se faire déplumer. Ventrebleu, courrons sus aux ploutocrates ! Allez braves gens, saisissez vous de vos fourches et de vos chignoles, et mettez un terme à ce retour à l’esclavage qui ne dit pas son nom…

Les ploutocrates à la lanterne !

Macron a dit aux journalistes:
"Les Français me jugeront dans cinq ans"...
A mon humble avis, ça n'attendra pas si longtemps...






mardi 10 avril 2018

562° La goutte d’eau qui fait déborder le bénitier.






Au nombre des catastrophes hydrologiques qui ont affecté notre beau pays est venu s’ajouter hier un débordement de bénitier dévastateur qui a envahi les allées du pouvoir et les artères de la République.

Il est vrai que ça démangeait depuis un moment notre valeureux président des riches et des diplômés. Tous les hommes de pouvoir avec de beaux costumes que l’on voit dans les pays anglo-saxons, aux Amériques et même en Afrique lient le fer de leur sceptre avec le goupillon des églises. Quel merveilleux soutien politique pour un pouvoir ploutocrate que de pouvoir compter sur toutes les chaires des églises pour faire passer les pilules anti-sociales d’un gouvernement !



Les religions enseignent que la frustration et l’abstinence sont des valeurs suprêmes qui conduisent vers des paradis aussi fictifs que des promesses politiques. Quand on mène une politique d’austérité anti-sociale comme le fait Macron, on voit forcément une « convergence des luttes » comme on dit dans d’autres sphères, avec les privations prônées par les églises.

J’avais déjà attiré l’attention des braves gens, dans un article précédent, sur le sentiment de solitude du pouvoir qui conduisait Macron à rechercher le soutien de l’église en acceptant la distinction empoisonnée de chanoine de Latran.

Macron a passé la vitesse supérieure. Il s’est rendu à la conférence des évêques de France. 

Un président de la république n’a rien à faire à une conférence d’évêques. Verra-t-on bientôt des évêques au conseil des ministres ?

Il veut « réparer le lien entre l’église et la république »

Ce lien a été aboli par la loi de 1905. 
Il n’y a pas à réparer ce qui n’existe pas.

J’ajoute même que la laïcité étant un des piliers de la république, c’est une atteinte grave à la république que de vouloir rétablir ce lien toxique.
Commis par un président de la république en exercice, c’est même un acte que l’on devrait demander aux juristes constitutionnalistes de qualifier comme il convient.


  

Il parle du « travail de l’église » comme « d’un ciment de la cohésion nationale ». Faut-il commenter l’attitude de l’église à l’égard des libertés individuelles, des homosexuels, etc ?
Le travail de l’église, c’est essentiellement d’entretenir la confusion entre « morale » et « ordre moral ».

Or si la morale est effectivement un « ciment de la société », « l’ordre moral » n’est rien d’autre qu’un instrument de pouvoir. Plus les dictatures sont méchantes, plus « l’ordre moral » y est austère. N’oublions jamais. Il n’est utilisé que pour fixer d’étroites limites aux libertés.




Il déclare que « l’église et les prêtres accompagnent les familles monoparentales homosexuelles, divorcées, ayant recours à l’avortement, la PMA, » etc.. »

Abus de langage. Amalgame. L’église accompagne la culpabilisation de tous ces braves gens, mais certainement pas leur accomplissement…..

Il parle de « longues traditions chrétiennes de l’Europe ». Chrétiennes seulement ? Pas gauloises, romaines, celtes ?

Faut arrêter. On se trumpise, là. La République est laïque et sociale. Il faut cesser d’en donner une image déformée, tendancieuse et dévoyée.

Avec l’éradication programmée du code du travail, des avantages sociaux, la spoliation programmée du patrimoine industriel du pays, la discrimination exacerbée prêchée dans d’infâmes discours pour dresser les Français les uns contre les autres, accusant tour à tous les chômeurs, les cheminots, les retraités d’être la cause de je ne sais quelle déroute pendant qu’un quarteron de financiers se goberge à nos frais, la secte Macron tourne le dos aux idéaux de la République.





lundi 26 mars 2018

561° Mords-y l’œil. La récupération à tout prix





Je préparais tranquillement une série d’articles sur le glorieux cinquantenaire de mai 68, et la pluie de bienfaits qui a résulté des diverses augmentations votées à Grenelle, qui d’après les paléo-macroniens de l’époque, aurait pourtant dû ruiner le pays lorsqu'un demeuré est allé tirer au pistolet dans un supermarché.

Souvenons nous qu’il avait résulté de Mai 68 un sursaut de la période de prospérité que connaissait déjà la France. Cela a permis de vérifier, si c’était nécessaire, que quand on donne de l’argent aux pauvres, ils ne vont pas le cacher au Panama et le remettent tout de suite dans les circuits commerciaux, pour le plus grand bien de l’économie générale.

Mais les riches souffraient déjà de cette étrange psychopathie qui leur fait croire qu’avoir de l’argent ne suffit pas pour être riche : pour que leur bonheur soit complet, il faut qu’ils soient entourés de pauvres contents de leur sort. Cela ne s’appelait pas encore la macronite, le mot « ruissellement »  ne figurait pas encore dans la liste des mythes politiques, mais le mal sévissait déjà.

Bon, tout ça, je le préparais dans ma marmite à mijoter le bonheur de tous.

Et puis patatras : le fou furieux de Trèbes est allé flinguer des braves gens, et le regard de l’actualité a abandonné les considérations socio- politiques pour se tourner vers ce nouvel avatar de l’obscurantisme.

L’actualité amplifie ce qu’elle voit et entend. Alors, quand le dis « l’actualité », en réalité, je désigne bien sûr le discours des hommes politiques qui en font le plus gros.

Et au moment où les manifestations de revendications sociales commencent à bouillir, tout cela tombe à pic, et pour le pouvoir qui ne veut rien donner, et pour l’opposition qui ne veut rien promettre...

L’opposition, d’abord, qui n’a visiblement pas grand’chose à foutre de la misère des travailleurs et des retraités, puisqu’au premier coup de feu, elle s’en détourne pour se consacrer à la « lutte anti-terroriste », qui lui semble plus propice à la conquête du pouvoir.

Et bien sûr, les « grands » médias leur emboîtent le pas avec une servilité de toutou à sa mémère.

Personne ne pourra m’accuser de défendre ce gouvernement de voyous. Mais attaquons le sur les terrains où il est coupable. La gestion de la délinquance et du terrorisme, ce n’est qu'une question de moyens, de budgets et d’effectifs, pas de gouvernance. Sur ce terrain, ils font tous de leur mieux.

La méthode, il n’y en a pas trente six si nous voulons rester une démocratie respectable. Ce qu’ils ne font pas, eux comme les autres, c’est y mettre les moyens, là comme ailleurs.

Des sous, ils n’en lâchent pas pour reloger les SDF, soulager les indigents, payer des APL, servir des retraites décentes, faire fonctionner les hôpitaux proprement. Et la sécurité du bon peuple rentre dans cette liste de causes « inutiles ». Ce n’est pas en devenant « méchant » qu’on va éradiquer les fous de dieu, mais en s’en donnant les moyens…

Or, dès qu’il s’agit de débloquer des crédits qui pourraient profiter au bon peuple, il n’y a plus de sous. On a tout dépensé en suppression de l’ISF, flat tax, et autres facilités accordées aux gens supposés investir, mais qui, en réalité, consacrent leur magot à tout autre chose qu’à leur rôle social.

Alors les roquets de la politique, carriéristes et arrivistes de tous poils oublient qu’ils sont des représentant du peuple. Ils attaquent avec crocs et griffes tous les avatars de la vie quotidienne, dont cette malencontreuse fusillade dans un supermarché. 




En oubliant que dans notre pays, il meurt bien plus de gens de faim et de froid dans les rues que de fusillade dans les supermarchés. Et que bien des jeunes virent dans la délinquance par les défauts et carences d’un système socio-éducatif qui n’a pas les moyens de ses ambitions.

Et de remettre sur la table les « pourquoi on n’a rien vu », de vouloir repenser le sort des « fichés S », de réclamer qu’on les mette tantôt en prison, tantôt à la porte, (faudrait savoir), qu’on démissionne des ministres, qu’on désigne des responsables de la bêtise humaine, qu’on reconstitue l’inquisition et remette en service je ne sais quelle trapanelle à étripatouiller les méchants.

Quand j’entends hurler les Geoffroy Didier, les Marine Le Pen, les Wauquiez, Valls, Morano, Ciotti et autres hargneux, j’ai l’impression d’entrer dans un chenil, département bêtes enragées.

Alors je forme des vœux pour que le peuple français cesse enfin d’être à ce point myope, comprenne qu’il est le dindon des toutes les farces, et prépare mai 2018 avec ferveur et efficacité.







mardi 13 février 2018

560° Harcèlements, inondations et débordements







Dans ma publication du 22 octobre dernier, je commentais l’affaire Weinstein, alors toute « fraîche », et faisais part de mon déchirement entre le bien-fondé de révélations libératrices pour la condition féminine, et les abus qui ne manqueraient pas de résulter de l’ouverture de cette boîte de Pandore.

Et de manière aussi prévisible qu’une inondation, le débordement a eu lieu.

Étrange débordement, puisqu’on sait déjà que malgré la pléthore de rumeurs et de fausses accusations, on est toujours très en dessous du nombre réel de cas authentiques qui mériteraient d’éclater et resteront pourtant toujours étouffés sous le couvercle de la pudibonderie et de la pression sociale.


On notera la superbe coïncidence qui vaut à Orelsan de récolter des lauriers aux Victoires de la musique, après avoir été poursuivi pour quelques chansons infâmes comme « Sale pute » et s’être vu  absous par la justice  au motif de « liberté de création artistique »….avec des attendus qui ignorent superbement les lois qui répriment l’incitation à la haine,  qui constituaient pourtant le motif de la plainte. Lui, affirme... "qu'il plaisante".

Maintenant qu’on a un échantillon de la perspicacité de la justice en la matière, on peut réexaminer à cette lumière tout ce que nous apportent l’actualité, et surtout le buzz, sur ce sujet brûlant.

Depuis le mois d’octobre, le « père fondateur » Weinstein n’a toujours pas eu affaire à la justice. Elle s’est contentée d’ouvrir une enquête préliminaire, mais dans un pays où les juges sont élus et liés aux partis politiques, on hésite forcément à donner un coup de pied dans la fourmilière financière d’Hollywood.

Certes, quelques initiatives individuelles ont commencé à faire un peu de ménage, mais le principe d’un système auto-nettoyant privé du soutien d’une justice indépendante fait ressembler les purges davantage à des règlement de comptes qu’à des œuvres de salut public.

Notre belle actualité hexagonale se garde bien de nous raconter ce qui se passe dans d’autres pays.

Un article bien documenté du Figaro (ça arrive…)  nous renseigne sur la perception du viol à travers le monde, mais se garde bien de nous parler d’exemple précis en matière d’accusation de personnages publics, artistiques ou politiques.

Dans notre étroit hexagone, l’accusation la plus « spectaculaire »  est sans doute celle de Tariq Ramadan, dont les groupies restent si virulents qu’il a fallu placer l’une de ses victimes sous protection policière.

Cela fait toujours un peu sourire de voir un moraliste pris à son propre piège, même si la « morale » de Tariq Ramadan avait une géométrie très variable.

Interrogé sur l’excision, il considérait qu’on ne peut pas interdire « brutalement » une tradition si ancienne,   et sur la lapidation des femmes, qu’on ne pouvait pas non plus l’interdire tout d'un coup, et qu’il lui semblait plus « sage » d’instaurer un simple moratoire sur cette pratique barbare, afin d’y réfléchir plus posément…

J’ai voulu trouver des dessins humoristiques sur le « cas Ramadan » mais ils sont tous de si mauvais goût que j’ai préféré y renoncer. C’est vrai qu’il n’est pas facile de rigoler sainement à propos du monsieur. Alors, comme sa photo, on ne l’a que trop vue, il restera à l’état de texte.


Il y a aussi le cas de Gérard Darmanin. Bien sûr, il y a la « présomption d’innocence » qui s’impose tant que la justice ne s’est pas prononcée, mais ça n’empêche pas de réfléchir.




Darmanin qui s’est illustré en politique comme assistant, puis directeur de campagne du malencontreux Christian Vanneste, celui qui, avec Christine Boutin, a été le plus souvent décoré sur le front de l’homophobie. On ne se prononcera pas sur les faits, - présomption d’innocence oblige -, tout en n’ignorant pas qu’il a été sollicité par la plaignante pour une « intervention politique », et que sa rencontre avec elle, sitôt sorti de sa permanence, est passée par un célèbre club libertin   pour finir dans une chambre d’hôtel. L’instruction appréciera. 

Revenons juste sur les prises de positions homophobes de l’individu, qui donnent une idée de son aptitude à retourner sa veste, puisqu’après en avoir été le parangon, il est entré aujourd’hui dans un gouvernement d’où l’homophobie est largement exclue.

Ses retournements de veste ne concernent d’ailleurs pas seulement ses prises de position homophobes : l’homme est capable d’avaler son mouchoir et d’accepter sans vergogne de devenir ministre et « faire carrière » – c’est le mot qui convient -au service d’un homme qu’il vilipendait peu de temps auparavant :



Alors je me dis qu’il est difficile de regarder comme sincère un homme qui fait si peu de cas de ses convictions et en change si facilement au gré des opportunités. Si ses prises de positions homophobes aujourd’hui regrettées étaient un cri primal, - ce que je crois -, ne cachent-elles pas chez le bonhomme un certain malaise en la matière ? On ne parle de son estomac que quand il vous brûle et des ses articulations que quand on a des rhumatismes… Alors, les gens qui parlent si fort de la sexualité des autres, surtout pour en dire du mal…



La suspicion d’un tel malaise personnel ne met-elle pas le personnage « en situation » d’être suspecté d’agression sexuelle ? Est-le hasard si « c’est tombé sur lui » ? 

Je n'ai pas mis à l'ordre du jour de cet article le cynisme de Macron, qui a embauché Darmanin sans ignorer, -n'en doutons pas -, les antécédents du personnage.


Mon long itinéraire de militant contre l’homophobie m’a donné beaucoup à voir sur les coulisses non seulement de l’homophobie, mais de toutes les haines et incitations aux discriminations sexuelles.

Derrière elles se cache presque toujours un profond malaise, et l’expression publique des « détestations sexuelles » est en général une maladroite couverture que ces pseudo-moralistes tentent de jeter sur leurs propres turpitudes.

C’est au point qu’un site américain fait la liste détaillée de tous les homophobes qui se sont fait attraper avec la main dans la culotte d’un autre… Et elle est longue et sans cesse rallongée...


La liste comporte leurs titres, et l’athée que je suis y voit avec délectation le nombre de « Rev » (Révérend », « Msgr » (Monseigneur), « Bp » (bishop = évèque), et même un cardinal… qui ont propagé leurs saintes huiles avec un goupillon si peu ecclésiastique.

Mais pour rester dans le sujet, considérons aussi le nombre de shérifs, procureurs, députés et sénateurs qui ont bâti leur élection sur l'homophobie avant de se faire attraper de la manière la plus sotte qui soit.

La défense des droits, c’est une affaire politique. Les LGBT, en voulant défendre les leurs, les ont donc nécessairement placés sur l’échiquier politique. Et comme toute liberté individuelle, la liberté sexuelle – pas seulement LGBT -, est donc devenue un enjeu politique.

« L’homophobie – enjeu politique- est d’ailleurs actuellement l’un des sujets d’étude prioritaire des associations qui se préoccupent de droits de l’homme, et pas seulement LGBT. Un petit tour de planète démontre que le sort du droit des femmes et celui des homosexuels sont étroitement liés dans les pays où ils sont mis en cause. Jamais l’un sans l’autre. De là à déduire que les dictateurs sont des mal-baisés…

L’homophobie et le respect dû aux femmes sont devenus des munitions, des grenades, des boulettes explosives ou empoisonnées qu’on se jette à la figure comme une arme du conflit sans réfléchir qu’en usant d’arguments aussi bestiaux, on instrumentalise toutes les minorités concernées par ce droit devenu symbole, mais ravalé au rang d’outil.

Les réactionnaires de tous poils n’ont rien à foutre du droit des femmes ou des homosexuels si le fait de les traîner dans la boue au risque de provoquer des massacres peut leur faire gagner quelques voix et les hisser de quelques marches vers le trône du pouvoir.

Nous sommes pourtant des Hommes et des Femmes, mais entre leurs mains, nous ne sommes plus que des arguments, des munitions, des pions d’une effroyable partie de poker.






mercredi 6 décembre 2017

559° Radio, télévision : NON aux éditions spéciales...






Notre service public est-il devenu un salon de thé avec service officiel de nécrologie ? Utilise-t-il la mort des people pour détourner désespérément l’attention des braves gens sur les problèmes du moment ?

Pendant mon petit déj, j’ai l’habitude d’écouter France Info. Hier, j’ai appris que ce brave d’Ormesson était mort, aujourd’hui que Johnny Hallyday avait rendu sa guitare.

Bon. Ce sont des informations. Quelques commentaires, quelques rappels utiles sur les carrières des défunts, ça fait partie du job. Mais je suis arrivé au bout de mes croissants sans que la radio soit arrivée à parler d’autre chose. Deux jours de suite, le reste du monde a disparu derrière ces deux décès. Volatilisé. Escamoté.

A midi, c’est télé. Je regarde parfois « Tout le monde veut prendre sa place » en mangeant. Non que j’aie un goût pour les jeux télévisées ni pour les plaisanteries lourdingues de Naguy, que son psychiatre n’a toujours pas réussi à guérir de sa fixette de savoir comment les couples se sont connus et où et comment ils se sont fait leur demande en mariage.

Je le regarde pour rire avec méchanceté de l’ignorance des candidats, dont la plupart ne savent pas quelle est la capitale de la Belgique ou qui a écrit les Misérables. Ils ont parfois des réponses dignes de « la foire aux cancres », et comme je suis un vieux grincheux, ça me fait rire.

Aujourd’hui pas moyen. « Hommage non-stop à Johnny Hallyday ». Je me dis que France Info - Télé pourra peut-être me donner quelques bribes d’actualité. Je zappe. Toujours du Johnny à jet continu.

J’ai donc été voir sur Arte un passionnant documentaire sur l’acclimatation de la vigne à Tahiti, en me disant que je journal de 13 heures de France 2 étancherait sans doute ma soif d’actualité.

 
Oui, je sais, il manque un "e" à réuni. Le montage n'est pas de moi...

 Déception. Toujours du Johnny, avec en prime défilé des ploucs qui racontent en larmoyant la place que l’idole occupait dans leur vie, combien de fois ils l’ont vu en concert, et où quand comment, et combien ils ont de posters au mur de leur chambrette.

Alors oui, bien qu’ils soient tous deux d’une droite opiniâtre, je m’incline devant le talent. d’Ormesson était un vieux réac minaudant pour cacher sa face obscure, mais un écrivain élégant et prolixe, Johnny Hallyday, copain de tous les présidents de droite pour espérer planquer ses impôts, un monument du patrimoine culturel. Oui, ils sont incontournables, oui l’annonce de leur mort a sa place dans l’actualité.

Mais au point de la supplanter ? Fait-on des éditions spéciales, des heures entières de rabâchage sur les milliers d’innocents qui meurent chaque jour massacrés dans les guerres de religion au moyen-orient ? Des éditions spéciales sur les milliers de réfugiés qui croupissent dans des camps boueux, sur les milliers de SDF qui grelottent dans nos rues ? 

Non. On fait des émissions inlassablement répétitives sur les affaires judiciaires, avec un goût prononcé pour les plus sordides, avec assassinat d’enfant si possible. Et quand il y a règlement de compte familial ensuite, c’est une gourmandise pour l’audimat.

Doit-on parler d’un attentat ? Le plus clair de l’information se concentre sur les gens qui ont vu de loin, ceux qui connaissaient, ceux dont le terroriste était un voisin, l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours…

Mais pour entendre accuser frontalement ceux dont les politiques ont fait qu’on en est arrivé là, il faut déjà lire une presse très spécialisée, alors que ce serait un devoir républicain et citoyen d’information et d’éducation que d’en faire les grandes sujets de nos médias publics…

Tout ce qu’on trouve à faire quand par hasard, un journaliste se distingue en disant la vérité et en cherchant où il y a quelque chose à trouver, c’est de lui couper ses crédits pour mettre son travail au point mort… C’est ce qui est en train d’arriver à Élise Lucet..

Bon, j’admets être un brin en colère. Forcément, ça finit par s’accumuler. Je déteste cette hypocrisie qui veut qu’on ne trouve des qualités aux gens qu’après leur mort, qu’on fasse des éloges funèbres larmoyants et interminables à des gens qu’on a le plus souvent critiqués de leur vivant.

Je hais cette bien-pensance bourgeoise qui veut qu’on se croie obligé de faire des montagnes d’obséquiosité à chaque décès comme autant de tentatives désespérées de se dédouaner de la peur de la mort qui hante la société, mais contre laquelle on n’a pas vraiment trouvé mieux que la religion et l’éloge funèbre. On est tous pareil, mais les défunts sont toujours morts « avec courage ».

Ce n’est pas étonnant que le monde aille si mal, avec des médias à ce point tournés vers le passé, et affublés d’œillères qui ne leur permettent de voir – et de montrer - que ce qui invite les gens à gamberger sur des sujets qui ne chagrinent pas le pouvoir.

Déjà qu’on se plaignait de que nos journaux télévisés soient des concentrés de documentaires sur la cueillette des olives en basse Provence, la disparition des chalutiers de Concarneau et les merveilles de l’artisanat improvisé de ces citadins-retour-à-la-campagne qui redécouvrent avec émerveillement que les poules font des œufs et comment on peut refaire au XXI° siècle les pantoufles de grand’papa et les espadrilles en ficelle d’osier.

Et vous voulez nous priver de cela, transformer cette puissante actualité en éloges funèbres à répétition. Jusqu’où voulez vous nous abrutir ?

C’est difficile de faire de l’information objective. Même lorsqu’on prétend l’être, on n’est jamais que conforme à ses idées, et on ne peut pas empêcher que des manipulateurs portant des messages plus ou moins avouables ne s’infiltrent dans le concert de l’actualité en enrobant leur dogme aride et leurs pensées dominatrices et haineuses de suaves cuillerées de démagogie.

Même la concurrence des médias payants n’est pas une garantie d’objectivité. Elle ne fonctionne que pour un public « éduqué  pour choisir», or tous les médias utilisent les mêmes moyens de propagande et de persuasion pour hypnotiser les foules hagardes.

Même internet n’échappe pas à la règle : mon pauvre blog n’y tient pas plus de place que les sites qui propagent la superstition, le dogme et la haine.

D’autant plus que je ne dispose pas des mêmes moyens qu’eux d’y être référencé par les moteurs de recherche, puisque l’effet-buzz-qui-fait-vendre veut que les médias parleront davantage des prêcheurs de haine et de scandale que des apôtres de paix et des chercheurs de vérité.

Parce que n’oublions pas que la seule preuve de sincérité de quelqu’un qui « cherche la vérité », c’est d’annoncer à l’avance qu’il sait qu’il ne la trouvera pas.

S’il veut vous la vendre, ce n’est pas la sienne, mais l’avis d’un dogme qui lui rapporte ou qui le rassure..

Tout ce que l’honnêteté permet de faire en matière de vérité, c’est d’apporter des éléments où chacun pourra puiser pour y bâtir la sienne.








lundi 27 novembre 2017

558° Qui manipule qui ?






L’actualité nous apporte deux cas de rapports sexuels avec des mineurs auxquels la justice a répondu en appliquant les lois à la lettre, et tous les moralistes de salon et les ligues de vertu découvrent à cette occasion que « majorité sexuelle » et « âge du consentement » sont des notions différentes, et qu’en cas d’actes sexuels avec un mineur de 15 ans, on pouvait être poursuivi pour « atteinte sexuelle avec un mineur de quinze ans » mais pas pour viol si le mineur était consentant.

Rappelons que la définition du viol exige que soient réunis deux éléments indispensables :
1° la pénétration (de n’importe quelle manière)
2° l’usage de la force ou de la contrainte.

A partir de là, les ligues de vertu et les pétitionneurs de tous poils se sont enflammés et veulent introduire dans la loi la notion de « manipulation », jusqu’ici réservée à l’appréciation des juges.


 
Il y a quelques semaines, un enseignant a été condamné pour « atteinte sexuelle » sur une de ses élèves de moins de quinze ans, mais pas pour viol, attendu que la jeune fille a spontanément déclaré au juge qu’elle était tout à fait consentante pour une aventure dénudée.

Les ligues de vertus et les bons bourgeois pour qui la sexualité n’est plus qu’un souvenir se sont ému. Ils n’ont évidemment pas lu le dossier, n’ont pas entendu les impétrants, ne savent rien de l’affaire, mais eux, ils ont déjà jugé.

Ils ont fait tant de bruit, tant de pétitions, tant invoqué « le bon sens », ( le sens commun, c’était déjà pris…) qu’ils ont décidé ministres et présidents, toujours attentifs à la rumeur populaire à légiférer sur le sujet..

Leur plan, c’est : « En dessous de quinze ans, on ne peut pas être consentant, le sexe, on ne sait pas ce que c’est, les adultes pensent et parlent pour vous ». Et ce sont, bien entendu, les adultes castrateurs qui ont la parole.

Pour eux, on peut avoir son bac à quinze ans, pas de problème, mais pour décider de ce dont on a envie et de la personne à qui on veut se donner, on devient incompétent. Et on veut en faire une loi. Et les politiques, toujours prompts à la complaisance envers les grandes familles et les beaux quartiers, ont immédiatement mis un tel projet de loi sur leur bureau.

Cela me rappelle, à moi, des souvenirs d’enfance. A treize ans, ayant épuisé les possibilités offertes par mon entourage scolaire, j’allais tirer des sonnettes et écumer les jardins publics, (à l’époque généreusement pourvus de hautes frondaisons et de vespasiennes), pour trouver des partenaires qui avaient plus et mieux à offrir que mes camarades de classe et les fils et filles des voisins. Et là, je peux vous dire qu’il n’y avait pas besoin de les « manipuler », j’obtenais des réponses immédiates, - oui ou non-, mais avec suffisamment de « oui » pour ne pas avoir besoin de manipuler les « non ».

Là où ça devenait compliqué, c’est lorsque je voulais sortir de ma tranche d’âge (par le haut, bien sûr) pour accéder au permis poids lourds et à l’enseignement supérieur. Les lois étaient durement appliquées, et les partenaires sollicités, pour la plupart, avaient peur du gendarme et se dérobaient à mes avances. Je me souviens de la rage et de la frustration qui m’étreignaient lorsque l’un d’eux, malgré le caractère enchanteur et bien explicite de mes propositions, se dérobait au plaisir.

J’étais le demandeur, mais c’est moi qui devais les « manipuler » pour obtenir les faveurs que j’attendais.

Ce midi, je vois à la télévision un retour sur cette affaire qui occupe l’actualité. Devant le concert de pétitions, les hurlements des lignes de vertu et l’écoute intéressée des politiques, les parents de la jeune fille ont fait appel de la décision du juge en affirmant qu’elle avait été « manipulée ».
Ils ont même du être assez pressants avec elle pour lui faire déclarer à la télévision le contraire de ce qu’elle avait spontanément dit au juge, à savoir qu’elle avait bien été « manipulée ».

Mais comme elle est un peu timide devant la camera, c’est sa mère qui parle à sa place pour bien expliquer que sa fille a été manipulée par son professeur, et que si la chérie avait changé d’avis depuis ses déclarations au juge, ce n’était sûrement pas parce qu’elle l’avait elle-même « manipulée ».

Pour elle, ça tombait sous le bon sens, pour ne pas dire « le sens commun ». 
 

 
Voilà l’affaire relancée, la cour d’appel saisie, et une nouvelle vague de pétitions d’indignation et de pieux cortèges de douairières qui s’apprêtent à débouler.

Les mal-baisants veulent imposer l’égalité par le bas. Ce sont déjà eux qui parlent volontiers de pédophilie à propos d’adolescents bien pubères qui ont tous les moyens de s’envoyer en l’air alors que eux, ne peuvent plus. Non contents de vouloir se rendre maître des corps, ils prétendent maintenant s’emparer des esprits, et imposer, « au nom de leur nature », ou plutôt de sa vacuité,  de nouvelles définitions des choses de la vie.

Ce sont les mêmes, qui hurlent à la manipulation des mineurs devant la chose sexuelle, qui ont traîné leurs enfants à la manif pour tous sans avoir eu une seconde le sentiment de les manipuler.
La manipulation, ça leur va très bien quand c’est eux qui tirent les ficelles, mais ça leur devient insupportable quand ce sont la nature et la logique qui s’expriment.


 
Je vois déjà poindre les tombereaux d’injures que je vais recevoir pour avoir exprimé mon bon sens à moi, qui est accessoirement aussi le bon sens de la nature. Les castrateurs et autres malades de la pudibonderie n’ont que l’injure à la bouche : c’est là tous les arguments qu’ils peuvent aligner devant les évidences.

Nous sommes dans une époque de retour de l’ordre moral. J’ai lutté toute ma vie pour qu’on cesse de confondre morale et ordre moral. Un dogme n’est pas la vérité.

Nous avons obtenu quelques compensations cosmétiques : la pénalisation de l’homophobie, le droit au mariage, des choses importantes, certes, mais qui ne sont que des hochets dans le grand magasin des libertés.

Parce que le travail de sape du bonheur, lui, se fait sur le fond. Sournoisement.
Ce sont les ligues de vertu américaines qui dépensent des fortunes pour convaincre d’homophobie d’état les pays « du tiers monde », en leur faisant croire que la modernité à laquelle ils aspirent va de pair avec la ringardisation de leurs coutumes.



Ce sont les dictateurs qui se multiplient à travers la planète, qui ont toujours besoin d’un bouc émissaire pour asseoir leur domination et qui sont à la recherche de nouvelles cibles.

Ce sont les ligues de vertu qui expriment la jalousie de l’establishment qui s’est bêtement interdit la grivoiserie en partageant son pouvoir avec les églises et crève maintenant de frustration en voyant les classes populaires s’envoyer en l’air.

Bon allez, j’ai dit ce que j’avais à dire. J’ouvre le parapluie, envoyez les injures.