mercredi 21 décembre 2011

404° Sale prolo, je vais te péter ta grève.



Les médias, toujours plus prompts à nous exhiber les citoyens qui disent des conneries à haute voix que ceux qui pensent des choses raisonnables en silence, transforment la grève des contrôleurs des aéroports en un cas de conscience qui n'a pas lieu d'être.


Une grève est une grève. C'est un droit prévu dans les pays libres, interdit dans les dictatures, et c'est justement un des éléments qui font la différence entre les deux. Alors, pour parler du mouvement de grève des personnels de contrôle qui gène le fonctionnement de nos aéroports, il faudrait prendre un peu plus de recul que monsieur Guéant et les quelques voix droitières qui résonnent dans son sillage.


D'abord, il faut savoir que la sécurité à l'embarquement, dès lors qu'elle s'est avérée nécessaire dans les années 70, était assurée par les forces de l'ordre, la police des frontières, et autres unités compétentes. Ce n'est que très récemment que ces services ont été privatisés, offerts sur un plateau aux copains du Fouquet's, et les décideurs d'un tel accord doivent bien savoir qu'ils ne peuvent pas, en l’occurrence, cumuler les avantages d'un service militaire et du salariat privé. A moins que Bachar El Hassad ait été leur conseiller dans ce deal, passer dans le privé, ça signifie, indissociablement, aider les copains à se remplir les poches, mais aussi se soumettre aux règles du privé.


De même qu'un citoyen qui entre dans la police ou la gendarmerie le fait en connaissance de cause, et après avoir pesé ce qu'il à y gagner et à y perdre. Pour lui comme pour le gouvernement, la liberté de choix existe avant, mais plus après la conclusion de l'engagement.


Alors les exhortations de monsieur Guéant et de ses affidés démontrent plusieurs choses :


D'abord que le gouvernement de monsieur Sarkozy est bien plus sensible aux effets cosmétiques, gesticulations et autres démonstrations théâtrales en volant au secours des voyageurs qui vocifèrent devant les caméras dans les aéroports qu'il n’écoute la majorité républicaine silencieuse, qui trouve inadmissible la volonté avérée de briser une grève, mais vers laquelle nos médias ne tendent pas leurs micros.


Ensuite, qu'il gouverne à vue et sans réfléchir, attendu que c'est bien son courant politique qui a livré au privé un service qui était auparavant assuré sans histoire par les forces de l'ordre.


Encore qu'il n'a rien à foutre des états d'âme des braves gens, en oubliant que les policiers et les gendarmes sont eux aussi, des citoyens qui répugnent à s'attaquer au droit de grève des autres, comme le précise leurs syndicats.


Encore encore qu'on n'obtient plus rien dans ce pays sans bloquer quelque chose et manifester fortement.


Et enfin que s'il restait bien son dans rôle de gardien de la constitution et de la république, il ne permettrait pas à ses ministres de s'attaquer à des droits aussi fondamentaux que le droit de grève.


Sur un sujet très voisin, on peut aussi examiner le cas pendables de ces sociétés françaises qui fournissent aux dictatures avérées les moyens techniques de surveiller le dialogue démocratique de leurs citoyens, de traquer ceux qui réfléchissent et de bloquer les communications utiles. Tantôt on nous répond qu'il n'est pas du ressort du gouvernement de contrôler l’exportation de tels systèmes, et tantôt que ce cas précis leur a échappé. Mais on n'a jamais de réponse capable de nous rassurer vraiment. Avec monsieur Sarkozy, nos libertés sont en dérapage incontrôlé.





vendredi 9 décembre 2011

403° Faut-il prostituer la politique à l'ordre moral?


Voilà qu'à notre époque de fausse pudeur, d'intégrisme et de retour d'ordre moral, tout l'échiquier politique français, de droite à gauche, se mobilise pour « abolir » la prostitution. Une touchante unanimité qui va des perruques poudrées de l'UMP aux barbes à poux radicales du PS. Car le PS ne pouvait éviter un panneau aussi grossier : il a, lui aussi, inscrit l'abolition de la prostitution à son programme pour 2012.


Voilà donc le projet des ligues de vertus anglo-saxonnes et autres suffragettes bigotes en passe de devenir, lobbying féministe et vaporisation d'eau bénite à l'appui, un enjeu politique.


Lorsqu'on écoute les histrions de cette ineptie, on découvre sans esprit critique particulier une lourde subjectivité qui les rend aveugles aux réalités sociales et historiques, et on entend un package de boniment à peu près aussi crédible qu'une publicité de régime amaigrissant.


Alors penchons nous sur le lit du délit.


Quelques ouvrages spécialisés sur l'histoire de la prostitution, brièvement résumés sur quelques sites, dont entre autres :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_prostitution_en_France

http://medieval.mrugala.net/Femme/Prostitution%20au%20Moyen%20Age/Prostitution%20au%20Moyen%20Age.htm


...nous apprennent que si les premières traces de prostitution remontent au paléolithique, ce qui n'est pas une référence, elle était considérée comme une activité nécessaire à l'équilibre social par les Grecs et les Romains. Et je vous passe les prostituées sacrées de Babylone et les devadas de l'Inde....


Les intégristes et autres obsédés du non-sexe seront très surpris d'apprendre qu'au très catholique moyen-âge, chaque ville possédait une ou plusieurs « maison publique » ouverte non seulement à tous les hommes, mais aussi à toutes les femmes, aussi bien dans le rôle de client que de prestateur(trice) de service. Même l'homosexualité, au sens de désir pour le même sexe, y était acceptée, le seul interdit restant l'acte de sodomie, aussi bien pour les hétéros que pour les homos.


Les non moins catholiques croisades ne se firent pas non plus sans l'active collaboration de bataillons de prostituées. Saint Louis en personne se plaignait du coût exorbitant des 13 000 prostituées sans lesquelles les vaillants croisés ne voulurent point s'aventurer sur les chemins du saint sépulcre. Ce qui nous donne peut-être une idée légèrement différente de la légende des Templiers et autres chevaleries qui jalonnaient et sécurisaient la route de Jérusalem. L'histoire a tendance à oublier... l'intendance, si je puis dire.


Pour prendre l'exemple de Paris, les bons bourgeois chassaient les prostituées de leur rue parce que les « tapineuses » faisaient du « tapage » , et ces pauvres créatures se réfugiaient dans des rues spécialisées au point de s'en voir affecter un patronyme :


Ainsi par exemple, la rue du poil au con, pudiquement devenue la rue du pélican...proche de la rue St. Denis.

Ainsi encore la rue tire-vit, ou tire-boudin, devenue rue Marie Stuart lorsque cette dernière la fit expurger de son commerce vivant en 1558, parce qu'elle devait l'emprunter régulièrement..

Ainsi toujours les rue Gratte-cul, devenue rue Dussoubs, et la rue trace-putain, devenue rue Beaubourg, toujours dans le quartier Saint Denis.

Mentionnons aussi la rue pute-y-muse (s'y amuse) pudiquement renommée en rue du petit musc.


Bref, venir prétendre aujourd'hui que la prostitution serait immorale relève du sophisme, attendu qu'elle avait une place tout à fait réglementaire à l’époque où l'église, grande pourfendeuse d'immoralité, était étroitement mêlée au pouvoir et à la justice.


Depuis le 19° siècle, on veut élever ses enfants dans un monde aseptisé, garanti sans sexe comme si ce n'était « pas naturel », et ne leur décerner ce cadeau qu'avec une « majorité » que les plus timorés ont eu bien du mal à voir descendre de 21 à 18 ans... Une sorte de permis de baiser décerné la veille du mariage.


Pas de spectacle licencieux, pas de lectures sensuelles, encore moins d'images, et pas de putes dans la rue. C'est ainsi que des petits puceaux sans formation se trouvaient le jour de leurs 18 ans et de leur service militaire, livrés sans préparation à « un monde des grands » où leur incompétence les transformait bien souvent en dindons.

Sans parler de ceux qui se sentaient homosexuels, et qui, isolés de tout sentiment d'appartenance, désignés comme des dégénérés, coupés de leurs semblables, se croyaient des monstres uniques et se suicidaient en laissant la fameuse lettre « vous ne pouviez pas me comprendre ».


Diable merci, les médias et internet ont récemment apporté dans la société un grand soulagement à cet isolement, même si le problème des adolescents suicidaires n'est pas, loin s'en faut, résolu. Je pense en particulier aux villes de province américaines et canadiennes, où il faut être vu à l’église, et aux états d'Afrique et d'Orient où veut s'imposer un Islam mal compris.


Pour en revenir à nos croisés du XXI° siècle, qui veulent « abolir » la prostitution, ils avancent deux arguments, la libre disposition du corps et l'abolition de la traite des femmes.


Concernant la libre disposition du corps, le raisonnement est à double tranchant : les assises européennes de la prostitution, qui se sont tenues le 9 mars 2009 au théâtre de l'Odéon, à Paris, prêté par Olivier Py, ont définitivement mis fin à ce mythe et révélé que tous et toutes les prostitué(e)s, -car il n'y a pas que des femmes-, et de loin s'en faut, ne sont pas contraints, beaucoup sont libres et aiment leur job. Ils ont même fondé à cette occasion un syndicat, le STRASS, dont la visite est pleine d'intérêt.


Les abolitionnistes confondent et amalgament à qui mieux mieux prostitution et proxénétisme, ainsi que plaisir naturel et pudibonderie judéo-chrétienne.


Sur les aspects positifs de la prostitution, ils sont autistes : qu'elle constitue un exutoire pour évacuer l'énergie de tout un tas de mâles normalement constitués qui, sans cette soupape, risqueraient de verser dans la violence, les abolitionnistes le nient.


De même qu'ils réfutent totalement son rôle social pour faciliter la vie des handicapés, des personnes âgées, des immigrés éloignés de leurs femmes, des grands timides...

Sans parler du nombre croissant d'étudiants qui avouent qu'ils ne voient pas comment ils pourront continuer de coûteuses études sans quelques petits suppléments pour finir le mois.


Que la pénalisation des « clients » péjorativement baptisés « prostituteurs » sera à l'origine d'un nombre croissant de chantages, d'extorsions, de divorces, de familles déchirées, les puritains semblent ne pas le réaliser, persuadés qu'ils sont qu'ils vont vraiment effacer de la surface terrestre toute pratique de la prostitution !


Avec la même candeur, ces mêmes abolitionnistes imaginent que « lorsque la prostitution aura disparu », les maladies vénériennes et le sida reculeront jusqu'à l'extinction.


Alors que la réalité est que ni eux ni personne n'éradiquera jamais la prostitution, que toute persécution supplémentaire la poussera dans un maquis plus reculé, vers un marché noir plus obscur, la vouera aux mains d'une mafia plus organisée encore, ce qui compromettra définitivement toute action sociale et tout contrôle d'hygiène auprès des populations concernées.


Qu'il faille lutter contre le proxénétisme et la traite des femmes, nul n'en doute, mais pourquoi ne le fait-on pas davantage ? Parce que les macs et les mafias ont des revolvers alors que les paisibles clients se laisseront arrêter sans se défendre ? Un peu court, non ?


C'est un peu comme si on voulait interdire la pluie pour conjurer les inondations... Eh bien non... Il faut réguler, contrôler, construire des digues, maîtriser l'eau... Car il pleuvra toujours.


C'est en sens inverse que la raison et l’humanisme commandent de se diriger. Il faudrait établir une réglementation de la prostitution qui libérerait ses travailleurs-travailleuses du carcan des mafias et autres marchands de viande, qui les intégrerait dans le système des avantages sociaux auquel tout travailleur peut prétendre, et qui permettrait un suivi hygiénique et médical, seul capable d'enrayer les épidémies.


Là, on pourra parler d'une action éclairée, efficace, pertinente, judicieuse. La politique de l'autruche et de la poussière poussée sous les tapis n'a jamais porté aucun fruit. Si nos édiles voulaient bien remettre un peu les pieds sur terre, alors peut-être les citoyens retourneraient-ils voter en plus grand nombre.





jeudi 24 novembre 2011

402. Gay et de droite, dur, dur...




La droite se dispute draps et couvertures dans l'histoire du mariage universel. (Ce que les homophobes appellent le mariage homosexuel, et qui n'est en fait que le mariage pour tous...) Et ils ne sont pas près de résoudre leur problème.


Après les demandes d’excommunication réciproques de GayLib et de la droite populaire, chacun compte ses troupes et ses abattis.


Derniers avatars : il y a quelques jours, six secrétaires généraux de l'UMP lancent un appel en faveur du mariage homosexuel. (du mariage, mais pas de l'adoption, une explication alambiquée dans leur communiqué tente de justifier cette discrimination).

Les gay afficionados du parti de Sarkopé peuvent-ils à juste titre sauter de joie ? Ils ne devraient pas : cette mesure tronquée est un piège qui ne va pas dans le bon sens. Car en dehors des considérations religieuses que la république ne doit pas prendre en compte, l'argument des ennemis du mariage pour tous est que dans un couple homoparental, les enfants risqueraient de ne pas trouver « l'équilibre procuré par la présence effective d'un papa et d'une maman ».

Ce que l'expérience sur le terrain dément formellement, -les enfants qui n'ont pas un papa et une maman s'en sortent aussi bien que les autres, et ceux qui ont deux papas ou deux mamans souvent mieux!-, mais cette « carence éducative » demeure l'argument de nos opposants.


Si on acceptait ce « mariage sec » sans possibilité d'adoption, d'une part on retournerait dans le cycle infernal des «dispositions spéciales homo » qui feront à nouveau de nous des citoyens pas comme les autres, et d'autre part, nous nous verrons répondre qu'avec cet os à ronger, nous devrons attendre toute nouvelle discussion sur l'adoption jusqu'aux calendes grecques.


Ce mariage bon-marché, sans adoption possible, serait le début d'un tunnel de plusieurs décennies pour les milliers de familles homoparentales qui existent déjà et qui voudraient bien être enfin reconnues comme des familles à parts entières. Car c'est autant cette légalisation d'une situation déjà largement répandue que l’ouverture de nouvelles perspectives que nous attendons de la loi.


Messieurs les homophobes, pour empêcher les familles homosexuelles d'exister : c'est trop tard. Il y en a déjà des dizaines de milliers, qui ont des associations et des représentants.



Néanmoins, cette mesure hypocrite n'est le fait que de six secrétaires de l'UMP. C'est compter sans les 80 députés de la droite populaire qui avaient signé différentes pétitions, dont notamment celle contre l'enseignement de la théorie du genre. Et dans cette horde, il y a des ténors : Myard, Maillé, Vanneste,etc.. qui montrent les dents! . C'est au point que le président des « Jeunes Pop », Benjamin Lancar, qui avait hasardé sa signature à cette motion a été fermement prié par la maison-mère de la retirer...


La « droite populaire », elle, juge « inadmissible » cette sortie de route , qu'elle qualifie de provocation catégorielle.

Quand on sait que plus de 60% des Français sont favorables au mariage des homosexuels , on imagine sur quel nuage obscur et furtif se trouve cette bande d'allumés, pour se permettre de qualifier de caprice catégoriel une opinion majoritaire dans la population. C'est bien là l'exemple d'un dogmatisme exacerbé qui méprise les aspirations populaires, et monsieur Copé qui s'appuie sans état d'âme sur ces soldats perdus au motif qu'ils constituent pour le moment un bataillon significatif de son parti devra s'attendre à de laborieux revirements dans les années à venir.


Mais les groupuscules vivent leur vie nauséabonde, glanant au hasard des interventions de partisans honteux ou de fonctionnaires péteux quelques symboles de leur marginalité. Ainsi, en Pologne, un juge vient d'accorder à un parti de skinheads, le NOP, l'usage de sigles et représentations néo-nazies ou infamantes...



Souvenons-nous que le suicide est la deuxième cause de mortalité des adolescents entre 14 et 22 ans, derrière les accidents. Et que l'homophobie est la première cause de ces suicides... Et que ce n'est pas qu'en France ni en Europe : l'actualité nous apporte les campagnes médiatiques autour des suicides adolescents canadiens et américains...


En voici des exemples :


http://www.youtube.com/watch?v=BqxYxo4bjOM

http://www.tetu.com/actualites/international/etats-unis-harcele-sur-facebook-un-ado-suppose-gay-se-suicide--18691

http://www.huffingtonpost.com/2011/01/18/lance-lundsten-tiffani-maxwell-suicide-bullying_n_810201.html

http://yagg.com/2011/10/17/canada-suicide-de-jamie-hubley-15-ans/

http://www.huffingtonpost.com/2011/09/20/jamey-rodemeyer-suicide-gay-bullying_n_972023.html


Puisse internet aider à révéler le nombre de ces drames et à y porter remède....



Tout enfant qui naît dans une communauté, quelle qu'elle soit, juive, kurde, rom, dans une tribu, un peuple minoritaire, reçoit une éducation appropriée, le situant au milieu de son environnement et d'éventuels voisins prédateurs, lui enseignant comment se comporter pour se protéger, survivre, éviter les dangers les plus évidents, etc...

Le jeune homosexuel ne naît pas dans une communauté. Lorsque monte en lui le sentiment de sa vraie nature, il est seul, dans un monde hostile. Non seulement personne n'est là pour lui prodiguer les conseils et le soutien dont il a besoin, mais il ne ressent qu'hostilité et mépris autour de lui, et bien souvent de la part de ceux dont le soutien et la protection ne devraient jamais faire défaut : ses parents.

Seul dans une jungle hostile. Il n'a aucun espace pour s'épanouir. Il doit vivre une double vie, se cacher de ceux qu'il aime, ne compter sur personne. J'ai grandi dans une ville de province, et cinq de mes camarades ont mis fin à leurs jours pour cette raison entre 15 et 21 ans. J'étais bien placé pour en connaître la raison, mais que pouvais-je y faire ?

Souvenez-vous de la « lettre-type » laissée aux parents :

« Pardonnez moi, vous ne pouvez pas me comprendre... »


Je n'ai du mon salut qu'à l'amitié que j'ai été exiger, à treize ans, d'un voisin que mes parents m'avaient présenté comme un pestiféré à éviter : un ancien triangle rose qui vivotait à quelques maisons de chez nous. Cet homme que, vu notre différence d'âge, jamais je n'aurais été rencontrer au titre de mes désirs m'a transmis sa farouche volonté d'être et de rester moi-même, comme il avait su protéger ce qu'il était, à travers occupation nazie, régime pétainiste et camps de la mort.

C'est la conjugaison du suicide de mes premiers compagnons d'émois et de l'aventure exemplaire de cet homme qui m'ont permis de traverser le brouillard et de devenir militant dès mon arrivée à Paris, à une époque où on se comptait sur les doigts d'une main.

Car il existait bien à Paris, lorsque je suis arrivé en mai 68, un milieu homosexuel prospère, bourgeois, mais persuadé qu'il avait tout à gagner à rester tranquille et discret plutôt que d'aller clamer sa différence avec le FHAR et autres Gazolines. Et pendant ce temps là, dans les « milieux ouvriers » et les banlieues, les jeunes homos crevaient la gueule ouverte. On n'avait pas fini de construire le périphérique que déjà, les parisiens ne regardaient pas au-delà.

Des suicides de jeunes gens face à l'homophobie, j'en ai connu d'autres dans mon plus ou moins proche entourage, le dernier en date il y a moins de dix ans.

Le problème à l'époque est qu'il n'existait ni association, ni publication ni aucune sorte d'information relative à l'homosexualité, dont les seules et rares mentions dans la presse étaient très péjoratives, le mode de vie étant classé « fléau social » depuis les lois Mirguet de 1962. Le jeune et futur homosexuel était complètement livré à lui-même et aux quolibets. Il se croyait seul, monstrueux, pas comme les autres, dégénéré.

L’explosion de la presse gay dans les années 80, puis d'internet dans les années 90 ont sans doute largement remédié à cette sensation d'isolement, mais pas complètement. Car si internet est un lien pour les homos isolés, il est aussi un vecteur de mobilisation pour les homophobes... La pression familiale, parfois agrémentée d'une lourde contrainte religieuse, restent très présentes. Il en résulte que si le nombre de suicides n'augmente plus en flèche, il ne diminue pas vraiment, mais que le nombre de fugues et de départs de la maison, lui, est en train d'exploser. On estime qu'il existe au moins 30% de gays parmi les SDF des deux sexes de moins de 25 ans. « Sors de chez moi, tu n'es plus notre enfant, sale pédé ». Car il existe aussi dans ces laissés-pour-compte un nombre relatif de lesbiennes en constante augmentation...

Au point qu'il a fallu créer une association pour tenter de recueillir tout ou partie de ces exclus, le Refuge, qui croule sous la demande.

Ce serait à l'état de pourvoir à l'accueil de toute cette population, la justice ne pouvant décemment pas ordonner la « réintégration » du gamin dans l'enfer qu'il a dû fuir... Tant que l'homophobie ne sera pas reconnue comme une raison valable de rupture du lien familial, les « petits pédés » continueront à être exclus de la solidarité nationale.




mercredi 9 novembre 2011

401° Déjà des injures, Monsieur Baroin?



Boileau nous dit que « l'injure est le dernier argument de ceux qui n'ont rien à dire ».

Six mois avant les élections, l'UMP n'aurait-elle déjà plus rien à dire au point que le ministre Baroin qualifie d'effraction la victoire de la gauche aux législatives de 1997 ?


Que les politiques s'injurient entre eux, c'est déjà fort regrettable au regard de ce que devrait être le débat républicain. Mais que d'un mot, un imprécateur injurie une majorité de Français qui a porté une majorité d'élus à l'Assemblée Nationale en 1997, cela nous ramène douloureusement dans les contrées bananières où les dictateurs qualifient leurs opposants de voyous et de dégénérés.


Car en déclarant que la gauche aurait gagné par effraction les élections qui ont résulté de la dissolution de l'Assemblée par Jacques Chirac en 1997, François Baroin fait de chaque électeur de la gauche un complice du cambriolage. Je me sens donc fondé à demander à François Baroin, à titre personnel, des excuses pour une accusation aussi grave que gratuite. J'ai participé à cette effraction, de la manière la plus éclairée qui soit, et même avec préméditation. Je le revendique avec fierté.


La droite française a depuis toujours une fâcheuse propension à estimer sa détention du pouvoir légitime, et à regarder le passage du flambeau à gauche comme une sorte d'usurpation. Souvenez-vous de l'apocalypse prédite avant 1981, de la victoire de François Mitterand qualifiée de « parenthèse socialiste », de la multiplication des livres comme « Les cent jours de Mitterrand » et de la promesse des chars bolcheviks qui allaient venir écraser nos petites autos...

A les entendre, le pouvoir serait « naturellement » de leur bord, tout comme ils ont un candidat « naturel ». Tout comme ils seraient porteurs d'un schéma social exclusif et sans concurrence, et les vecteurs d'un système économique unique et irremplaçable.


Ce n’est pas parce que la république leur échappe qu'elle se dénature, c'est simplement parce qu'ils ne savent plus la servir. Les conseils régionaux et la présidence des établissements publics ne sont pas des niches monarchiques destinées à faire attendre confortablement les fils de prince avant même la fin de leurs études, le cénacle de patrons qui se réunit au Fouquet's ne représente que lui-même, et c'est son ingérence dans les allées du pouvoir qui constitue une usurpation.


D'une certaine manière, considérant la façon dont ils s'installent dans une institution dont ils ne sont que les gestionnaires temporaires, on peut comprendre qu'ils considèrent une alternance démocratique comme une effraction. Il faudra leur rappeler en 2012, par une nouvelle « effraction », que les palais de la République ne leur appartiennent pas.




jeudi 3 novembre 2011

400° Guéant au secours de Charlie Hebdo !.




Cette bagarre de bistrot qui dégénère autour de Charlie Hebdo nous aura au moins valu le spectacle surréaliste de Chaude Guéant, avec son air le plus pincé -ce n'est pas peu dire-, déclarant : « Charlie Hebdo, c'est un journal, et la liberté de la presse, c'est sacré » .


Quand on voit le traitement que ce journal réserve habituellement à notre élégant et sophistiqué Ministre de l'Intérieur, de l'Outre-mer, des Collectivités locales et de l'Immigration, ce grand ami de la liberté d'expression qui voulait, pas plus tard que la semaine dernière, faire interdire un site internet par voie de justice , on imagine l'enthousiasme avec lequel il a du, prisonnier de son costard, défendre le droit d'être con dont Charlie Hebdo use et abuse avec tant de désinvolture.


Parce qu'entre nous, il y a quand même moyen de faire des dessins humoristiques pleins d'humour et d'esprit, drôles et caustiques, sans faire du pipi-caca ni du saucisson-vin rouge. Les journaux bien tenus comme le Monde, Libé ou le Canard Enchaîné nous le démontrent chaque jour.

On notera d'ailleurs que l'esprit saucisson-vin rouge qui préside si avantageusement au traitement de l'islamisme chez Charlie Hebdo n'est pas seulement l'apanage de ce journal : on en retrouve la délicate saveur chez certains groupuscules un peu trop franchouillards qui organisent des buffets à l'attention des sans-abris.


Bilan de l’opération : comme dans l'affaire Copwatch et celle du théâtre du Châtelet, la cause à dénigrer bénéficie, grâce à cette attaque grotesque, d'une publicité qu'elle ne méritait pas.

Dégâts collatéraux : la frontière entre islam et islamisme dans l'opinion publique s'estompe un peu plus à chaque nouvelle affaire de ce genre, ce qui n'est pas pour déplaire aux intégristes qui, en entretenant l'amalgame entre leur urticaire et une pratique religieuse modérée, voudraient phagocyter cette dernière en investissant subrepticement son image.


Bref, les relations entre nos libertés et les religions ne sortent pas clarifiées de ce genre d'escarmouche.




Homophobie :


Un nouveau prurit démange une église évangélique toulousaine, qui se lance dans l'importation en France d'un produit typiquement américain : "la guérison de l'homosexualité" …..


Torrent de Vie est, semble-t-il, une émanation du mouvement américain « Living waters » , association intégriste qui milite pêle-mêle contre la contraception, pour la virginité jusqu'au mariage, contre l'homosexualité, la pornographie, et même l'étude des causes de l'antisémitisme d'Hitler où on lit avec étonnement qu'elle serait due à une syphilis contractée par le futur führer dans sa jeunesse avec une prostituée juive, et au dédain de ses tableaux par une Académie des Beaux-Arts tenue par des Juifs...

C'est tout simple, non ? Chacun sait d'ailleurs qu'avant Hitler, les Juifs n'étaient ni chassés ni persécutés nulle part, qu'ils s'installaient librement où bon leur semblait pour exercer l'activité de leur choix... !


Quand on a affaire à des esprits aussi rudimentaires que celui-là, nul doute que l'homosexualité puisse apparaître comme une maladie, surtout si une telle représentation peut générer quelques revenus. Car s'il existe des pays qui pratiquent une homophobie d'état, les Etats Unis restent quand même la seule contrée où elle peut constituer une source de revenus, à l'instar de l'église baptiste du pasteur Phelps , charmante entreprise familiale qui publie entre autres le site « Dieu déteste les tapettes », ou de la secte des « Branchés du Christ » Christwire, qui démontre scientifiquement que les épidémies de gastro, comme tous les fléaux, c'est la faute aux pédés.


Bref toutes ces escarmouches intégristes, associées au manque de finesse, voire à la mauvaise foi de certains journalistes et à la sournoise exploitation que des mauvais esprits font des incidents qui en résultent ne bénéficient pas à la pensée humaniste, dont la construction nécessite la présence des ingrédients « utopie, liberté et idéal » trop souvent absents des conversations de bistrot.




jeudi 27 octobre 2011

399° Happening au Théâtre de la Ville.







Un petit feuilleton se joue chaque soir au théâtre de la Ville, à Paris, où l'on joue « Sur le concept du visage du fils de dieu ». Les spectateurs qui entrent sont arrosés de liquides qui tachent ou visés par des projectiles nauséabonds, le spectacle est interrompu par des perturbateurs qui hurlent contre sa teneur en jetant des boules puantes, et la scène a même été envahie par des porteurs d'une banderole « stop à a christianophobie » dont la police a du emmener les porteurs en chambre de dégrisement.


Les fans de Jésus Christ, emmenés par quelques grand prêtres charismatiques et surtout par deux sites gigognes, http://www.civitas-institut.com/ , et sa filiale a l'usage des moins vieux http://www.francejeunessecivitas.com/ ont déclaré la guerre au spectacle de l'Italien Castelluci, qui peut remercier ses détracteurs de la publicité ainsi donnée à une exhibition qui serait sans doute autrement passée inaperçue.


On en retiendra trois choses :


Comme dans l'article précédent, où Claude Guéant a donné au site Copwatch une célébrité qu'il n'aurait jamais eue autrement en tentant de l'interdire, nos braves supercathos ont transformé l'insipide « Sur le concept du visage du fils de dieu » en un must-see où tous les parisiens, revêtus de leur Kway en guise de gilet pare-balles, se bousculent non pas pour voir la pièce, mais pour se délecter du spectacle des dévots récitant leur chapelet sur le bord de la scène, traînés en martyrs dans les paniers à salade de la République. La censure punit toujours les censeurs.


La leçon d'intolérance. Voilà des gens qui prétendent régir la vie privée des autres, interdire le divorce, interdire l'avortement et même la contraception, traîner l'homosexualité dans la boue au point de légitimer insultes et agressions homophobes qui poussent nos ados au suicide, réglementer la sexualité par la bouche de prêtres qui, en faisait vœu de chasteté, se sont engagés à n'en rien connaître ; officiellement du moins, voilà des gens que l'on voit militer en cohorte dans tous les mouvements d'extrème-droite qui vilipendent les autres religions, voilà donc des parangons d'intolérance qui viennent pleurnicher pour que le reste du monde tolère leur intransigeance, reconnaisse leur dirigisme et légitime leur prétention d'autorité....

Voilà des gens qui se plaignent de voir une pièce subventionnée (avec de l'argent privé) alors que leurs plus beaux lieux de cultes sont entretenus par l'état au titre de monuments historiques ? (Ce que je ne conteste nullement, il me semble juste utile de le rappeler...)


La récupération politique... Sur le site http://www.francejeunessecivitas.com/ , en descendant un peu dans la page, on trouve des interventions favorables de Jacques Myard, Christian Vanneste et Lionel Luca, autant de députés UMP qui se sont rendus célèbres par leurs déclarations intempestives contre l'homosexualité, leurs interventions contre le PACS et contre la pension de réversion des pacsés, autant de signataires de l'appel des 80 députés contre l'enseignement de la théorie du genre.


Est-ce que vous nous voyez, nous, libres penseurs, sans dieux et sans maîtres, aller troubler le déroulement de la messe, contredire le prêche malgré tout ce que nous aurions à redire, interrompre les processions et renverser les ostensoirs ? Ce serait ce qu'on appellerait à juste titre une querelle de clochers !


La vraie laïcité, celle à laquelle le Front National n'a rien compris, qui veut nous vendre de la fausse, la vraie laïcité est un principe de liberté et de respect. Si je ne veux pas assister à la messe, je n'y vais pas. Et si les intoxiqués à l'eau bénite ne veulent pas voir certains spectacles, ils n'y vont pas. Personne ne va déranger l'autre dans ses temples.


De même que chacun est maître de son corps et de son lit, une fois la porte de la chambre fermée. De même que chacun est libre d'aimer qui il veut, et de vivre avec cette personne avec les mêmes avantages que tous ceux qui ont décidé de partager leur vie.

Il n'appartient à personne de venir censurer des livres, des spectacles, de soulever les couvertures, de juger les marques d'amour, même publiques, en estimant que certaines seraient acceptables et d'autres pas.

Il n'appartient à personne de pouvoir impunément stigmatiser les autres, décrier leurs cultures, leurs croyances, et jusqu'à leur existence, dès lors que rien de tout cela ne porte atteinte à la personne humaine.



Et si les catholiques se plaignent aujourd’hui de manifestations d' « antichristianisme », il n'ont à s'en prendre qu'à eux. Personne ne les oblige à assumer une tradition de bûchers, de procès de sorcellerie, d'inquisition, de lutte incessante contre le progrès des sciences, de maintien du grotesque créationnisme dans l'enseignement, de défense contre vents et marées d'une société patriarcale, personne ne les oblige à insulter et mépriser quotidiennement ceux qui veulent vivre autrement, aimer autrement, croire autrement. Qu'ils cessent de se croire détenteurs d'une vérité indiscutable, et qu'ils appliquent à la lettre l'amour du prochain que, quand ça les arrange, ils exhument de leurs grimoires.


Dernière minute:

Enoooorme! : Les cathos prient dans la rue!

Je suis passé hier soir jeudi 27 octobre à 20 heures place du Châtelet. Un escadron d'hypercathos psalmodiait à genoux sur la place, étroitement entouré d'un cordon de CRS, au milieu de badauds hilares.

Le déploiement policier était important, des cars de police stationnaient dans toutes les rues adjacentes. Il y avait même une bétaillère à arrestations, dans laquelle, derrière les verres fumés, on voyait s'agiter quelques malheureux dévots déjà promis à une nuit au poste.

Je n'ai pas vu de contre-manifestants agressifs comme le site Civitas le prétend, mais bon nombre de témoins pétés de rire. En attendant, tout le centre de Paris était engorgé par l'embouteillage résultant de ces litanies mal placées. Si la messe était aussi cocasse que la place du Châtelet hier soir, il y aurait plus de monde dans les églises.

On sait en tout cas maintenant ce qu'on pourra répondre aux bons Français qui reprochent aux Musulmans en mal de lieu de culte de prier dans la rue: les cathos, eux, ont des lieux de cultes disponibles, et ils prient quand même place du Châtelet.




samedi 15 octobre 2011

398° Copwatch : Souris 1, chat 0



L'ordre public et la tranquillité d'une démocratie ne résultent pas de l’application d'une chape de répression comme semblent l'imaginer certains droitistes depuis Pasqua, en passant par Sarkozy, Hortefeux et Guéant. C'est au contraire le fruit d'un délicat équilibre entre le respect de tous les citoyens, avec des ingrédients indispensables comme la cohésion nationale, l'intégration de tous, l'accès universel à l'instruction et à l'éducation.


C'est dire à quel point depuis le « terroriser les terroristes » du grand ancêtre jusqu'à la « tolérance zéro » du petit dernier, la France s'est éloignée de ce fragile éden. A cela, il faut ajouter l’incompétence de ceux qui croient toujours que la force brute va suppléer au savoir et à la connaissance, témoin par exemple cette proposition de loi surréaliste et puérile d'un député UMP qui pensait qu'on pouvait interdire la pornographie en appuyant sur un bouton...


Le tout-répression mène à l'insurrection , et quand l'insurrection prend le maquis, elle utilise des moyens techniques que la force seule ne peut plus maîtriser.

Car la seule manière d’empêcher l'accès à un lien internet est de couper tout l'internet. Sinon, le lien, bloqué à grand frais se multiplie comme par magie. C'est ce qui vient d'arriver à Monsieur Claude Géant, Ministre de l'Intérieur, de l'Outre-mer, des Collectivités locales et de l'Immigration.


A force d'envoyer des policiers et des CRS dépersonnalisés, volontiers violents, sans numéro, sans uniforme, non identifiables, à l'assaut de pauvres gens sans recours, il a fini par agacer. Disons qu'il récolte aussi la colère accumulée par les agissements de ses prédécesseurs. Alors, il s'est créé en France un site, Copwatch, à l'instar de ce qui existe de la manière la plus légale et la plus répandue aux USA et au Canada.


Ces sites répertorient les méthodes policières, enseignent aux manifestants et aux protestataires comment en éviter les foudres, les contourner et si nécessaires leur riposter, voire leur opposer le retour de bâton de la loi. Comme au Canada et aux USA, les forces de l'ordre ne se gênent pas pour afficher la tronche de leur manifestants préférés sur leurs sites, les réseaux Copwatch font de même avec les policiers les plus hargneux. Tout cela est de bonne guerre, mais ne correspond pas à la mentalité européenne, avec sa connotation latine, « les pouvoirs du chef » et sa propension à la dictature.


Et comme nos chefs croient que force vaut compétence, Monsieur Claude Géant, Ministre de l'Intérieur, de l'Outre-mer, des Collectivités locales et de l'Immigration a demandé au Tribunal de Grande Instance de Paris de bloquer en référé les adresses du site Copwatch-IdF et Copwatch-Calais qui publient photos et références personnelles des policiers visés, démasquant en particulier ceux qui ont l'habitude d'agir en civil. La démarche était finaude : on autorise le site à exister, au regard de « la liberté d'expression », et on ne censure que les pages de « outing », au motif d'atteinte à la vie privée.


C'était bien vu si internet était un service aux ordres. Mais internet ne l'est pas et n'obéit à personne, comme l'ont appris à leurs dépens les députés qui croyaient pouvoir interdire la pornographie. Internet, on coupe tout, ou rien. Et encore... On a toujours eu des images de Lybie, de Syrie, etc. Au compte-goutte certes, mais le robinet est impossible à fermer complètement.


La lecture du jugement permet de comprendre que le pis aller consistait, pour les fournisseurs qui n'y peuvent rien, à bloquer l'accès d'un site entier, ce qui est déjà difficile et coûteux, mais certainement pas certaines pages du site. (qui auraient changé de nom tous les jours... de toute façon!) .


Or le site Copwatch est en « https:// », sécurisé comme celui de votre banque, c'est à dire que les services les plus compétents sont à ce jour incapables de remonter sa trace et de le localiser. Et à plus forte raison d'identifier ses auteurs... N'oublions pas qu'il appartient à une nébuleuse internationale qui fait qu'on ne sait pas où il se trouve (« in the cloud »...), qu'il est mobile à merci et donc insaisissable par une quelconque autorité, et ceci d'autant plus que le principe en est légal dans de nombreux pays où il peut toujours se réfugier... Chez « Amnesty International », les pays en infraction ne sont jamais dénoncés par leurs propres ressortissants. Sans doute en est-il de même chez Copwatch. Cherchez « Copwatch » sur Google-web et sur Google-images pour vous en persuader. Il y a des antennes dans presque toutes les villes américaines !


Voilà donc le tribunal, pour satisfaire Claude Guéant, obligé de recourir au blocage total de Copwatch en France. Seulement voilà : pendant que l'administration fait sa petite cuisine franco-française, internet vit sa vie. Avant même la décision du tribunal, 26 sites miroir du site interdit étaient répertoriés , et nul doute qu'il y en aura d'autres et des nouveaux tous les jours.

Claude Géant aura toujours un couteau propre à force de le planter frénétiquement dans l'eau... et il subit la punition de tous les censeurs : rendre célèbre un site qui, sans les poursuites dont il est l'objet, n'aurait connu qu'une existence discrète et marginale.... Quand on sait ce que coûte la publicité sur internet, et même le référencement sur Google, Copwatch peut dire merci à Monsieur le Ministre de l'Intérieur, de l'Outre-mer, des Collectivités locales et de l'Immigration pour cette magnifique publicité.


Ajoutons pour terminer que lorsque notre belle télévision nous dit que Saint Claude a triomphé du dragon Copwatch en le faisant interdire, elle oublie de nous dire que ça va nous coûter très cher. Car le jugement -lisez le-, prévoit que les fournisseurs, qui n'y sont pour rien, enverront les factures afférentes à ce blocage au Ministère...


8 Février 2012:

http://www.pcinpact.com/news/68797-copwatch-parquet-claude-gueant-inconcevable.htm

Souris 2, chat 0






lundi 10 octobre 2011

397. Quelques avis primaires sur les primaires.



Certes, les primaires socialistes mettent la droite mal à l'aise. Cela nous offre un festival de fadaises dont certaines méritent d'être encadrées.


L'une des plus sophistes consiste à dire que si la gauche doit recourir à des primaires, c'est qu'elle ne possède pas de candidat naturel, alors que la droite, elle, en posséderait un.

Ce qui semble très théorique, parce que dans la pratique, il y a plutôt bousculade autour de fauteuil de candidat naturel : au début, c'était clairement Sarko, mais depuis quelque temps et quelques échecs, vu l'agitation autour de Borloo, Jupé, Copé, Fillon et quelques autres, on se demande si elle aussi, ne devrait pas se départager par des primaires...


L'autre non-sens a été brillamment développé par Copé hier à la télévision. Oui, vous savez, Copé, celui qui apporte son soutien aux 80 députés et 135 sénateurs qui prennent des mesures dénoncées par toutes les associations de lutte contre l'homophobie , le vautour de Meaux pour les littéraires, le roquet de Seine et Marne pour les intimes, a sorti sa calculette : « Les primaires ont permis à quatre Français sur cent de s'exprimer sur le candidat de la gauche ». Ce qu'il trouve peu.

Mais c'est une foule immense à côté des douze convives du Fouquet's qui ont élu Sarko candidat naturel en 2007, non ?


L’événement étant relatif, on pensait l'escalade de propos de bistrot close avec le débat d'hier soir. C'était compter sans le grain de sel de l'élégante et classieuse Nadine Morano, qui vient de déclarer ce midi au journal de France 2 : « en somme, ce sont les opinions d'extrême gauche de monsieur Montebourg qui, par leur position d'arbitre, vont définir la politique globale du parti socialiste ».

Parce qu'à l'UMP, ce n'est pas la droite tantôt populaire, tantôt populiste qui fait la pluie et le beau temps ?

Voilà un parti qui flirte avec le Front National depuis des lustres, balançant entre le « rien de commun » et le « certaines valeurs partagées » et il vient nous dire qui doit faire la loi à gauche en taxant Montebourg d’extrême gauchisme ?

Il y en a qui collectionnent les timbres, voire les valises ou les enveloppes, Nadine Morano collectionne les occasions de se taire manquées. Et puis, qu'est-ce que ça peut lui faire, la manière dont le PS arbitre les options de son candidat, attendu qu'avant même de les connaître, elle proclame hautement qu'elle s'y opposera ?


N'oublions pas, au hit-parade du « faites ce que je dis, pas ce que je fais», Marine LePen qui vient déclarer hier soir à la télévision que le succès de ces primaires est le signe que « les Français souhaitent s'exprimer »...

Dommage qu'elle ne leur ait pas demandé leur avis avant de se faire nommer par son papa présidente du parti familial, dans un cénacle encore plus restreint qu'un tour de table du Fouquet's...


Cela pose néanmoins le problème de fond de la démocratie, qui est, à gauche comme à droite d'ailleurs, un déchirement plus ou moins douloureux entre idéologie et réalité politique.

Plus ou moins douloureux car à droite, c'est la quadrature du cercle : il faut empêcher les foules béates de comprendre qu'il ne suffit pas d'être citoyen d'un pays riche pour être riche, qu'on peut travailler dans une entreprise pétée d'oseille tout en restant un travailleur pauvre et appartenir à des familles de plus en plus cosmopolites en cultivant opiniâtrement des valeurs gauloises.

Vaccinez tous ces braves gens de la certitude qu'ils sont chanceux parce qu'ils seront riches demain ou après demain s'ils continuent à trimer en fermant leur gueule, offrez leur quelques victimes expiatoires venues d'ailleurs que vous expulsez à grand tapage en les traitant d'indignes, essayez de diviser le bon peuple en communautés comme Sarko qui vient de tenter de dresser les travailleurs du public contre les fonctionnaires « protégés », et vous faites une politique de droite comme on la voit dans le Figaro.

A gauche, c'est plus nuancé, moins malhonnête, mais guère plus facile. Car les primaires ne sont pas finies : il y a encore un second tour où l'utilité fondamentale de faire gagner la gauche et de battre Sarko va le disputer à l'idéologie, car le bon peuple, dans sa majorité, n'est pas prêt à voir triompher sans édulcorant des politiques radicales à la Martine ou à plus forte raison à la Montebourg.


L'occasion pour les droitistes de traiter les gens de gauche de bolcheviks, pour les éteints du conservatisme de qualifier les innovateurs d'allumés, et pour les tenants du libéralisme de tenter de nous persuader que la pauvreté n'attente pas à la liberté.




mardi 4 octobre 2011

396° Pizzas pliées en quatre et élections pliées tout court.





La Commission européenne est déchaînée. Focalisée par l'élaboration des normes, elle rend des travaux parfois ubuesques. . Lorsqu'elle s'attaque à la pizza napolitaine, par exemple, on apprend que ladite pizza doit être ronde, d'un diamètre maximum de 35 cm, aux bords surélevés, avec une épaisseur au centre de 0,4 cm avec une tolérance de +/- 10%, ce qui nous donne au dixième de millimètre une épaisseur comprise entre 0.36 à 0,44 mm.. garnie au centre, pliable en quatre, élastique et majoritairement rouge. Et l’andouille, elle est comment ?


J'ai cherché sur internet un exemple de pizza pliée en quatre. J'ai trouvé pliée en deux, les « calzone », - toutefois c'est différent de la Napolitaine au niveau garniture-, mais en quatre, rien de chez rien. La Commission européenne n'aurait-elle pas, dans son universalité, un peu confondu avec la Flamküche ou la Crêpe Bretonne, autant de spécialités traditionnellement pliables en quatre ?

Ainsi par exemple, pendant des années, les fruits et légumes un peu biscornus n'avaient pas accès aux étals des marchés. Il fallait qu'ils soient rond à +/- 10%, d'un diamètre précis, etc.... Devant le gâchis qui résultait de cet impitoyable eugénisme, il a fallu que la Commission rectifie le tir, et accepte les différences aussi chez les légumes. ….

Ainsi par exemple encore, alors que nous sommes en pleine crise et que certaines harmonisations, notamment financières, tardent à se faire, la Commission européenne travaille avec acharnement sur la consommation électrique des machines à café... ....


Une discipline qui n'est pas réglementée par la Commission Européenne, c'est le défonçage de portes ouvertes. Il est vrai que nous avons quelques brillants spécialistes, tels le député Kossowski, (UMP comme tous les génies...) qui, pour répondre à une question posée par le Refuge sur la théorie du genre, dont l'introduction dans l'enseignement donné à nos grands lycéens est très critiquée par le lobby catho, le député Kossowsky donc, découvre que « la perpétuation de l'espèce repose sur l'hétérosexualité ».... Théorie déjà ébauchée par un autre grand sexologue, le député Vanneste, avec l'appui de la cour de cassation.

Rrrrooo. C'est pas confidentiel défense, ça ? Il a bien vérifié ? On peut le dire en public, l'écrire ?

Avec une réponse comme ça, l'UMP montre toute sa compréhension des problèmes actuels, l'implication avec laquelle elle s'en empare, la détermination avec laquelle elle les étudie, l'innovation qu'elle y apporte. On se sent transporté vers le monde de demain, non ?

Espérons toutefois que dans l'exercice de la perpétuation de l'espèce, le député Kossowski visera mieux le fonds du problème que lorsqu'il répond aux questions du Refuge....



Et le retrait spontané de la candidature de Borloo, vous y croyez, vous ? On imagine qu'un gars démissionne de son parti, en fonde un autre, se lance en campagne, débauche quelques notables, affirme à moultes reprises sa détermination à aller jusqu'au bout, et se dégonfle en route comme ça, un dimanche soir même pas pluvieux, après « mûre réflexion personnelle », pour ne pas faire de vagues, sans que personne ne lui ai fait les gros yeux ou tiré un peu les oreilles ?

Il y a ce qui est, ce qu'on nous dit, et ce qu'on en pense. Ben vous voulez savoir ? Je n'en pense pas moins.

Ce qui est sûr, c'est que, avec la consigne donnée de le féliciter chaudement pour son renoncement, l'UMP a tendance à vendre la peau de l'ours. Rien ne dit que Borloo reviendra docilement au bercail, et il est encore moins certain que ses électeurs joueront avec lui le retour de la Pomponnette.


Dommage que la gauche ne gagne toujours que par défaut. On aurait aimé des idéaux plus accomplis, même si on est prêt à faire avec ce qu'on aura. En 1981, on s'est débarrassé de Giscard comme d'un sparadrap, en 2012, on va exterminer le Sarko comme on éradique un nid de cafards, mais, -suis-je personnellement désabusé ou est-ce un sentiment général-, il me semble que les grandes envolées républicaines et sociales sont davantage dans les livres d'histoire que dans les événements qu'il m'est donné de vivre. Ce qui n'est pas une raison pour ne pas participer.




mercredi 21 septembre 2011

395°. La société change doucement... Pas encore en France, mais...


En Italie...


Le problème du « outing » donne lieu à de nombreux débats et il se pose actuellement en Italie. Il était une fois un mouvement LGBT italien qui s'appelait Arcigay, dont les rangs étaient divisés entre ceux qui voulaient bouger et ceux qui croyaient, à l'instar d'Arcadie en France dans les années 70, qu'il suffisait de fréquenter les allées du pouvoir avec de belles cravates pour voir des droits LGBT tomber du ciel comme par enchantement.

Et comme dans toutes les églises, Arcigay y croyait toujours et rien ne tombait jamais. Alors, le président de l’époque Aurelio Mancuso a quitté le commandement de troupes qui ne voulaient pas avancer pour créer un autre mouvement plus dynamique, Equality Italia, dont il est aujourd'hui le président. Mancuso prétend, - à juste titre- que les ronds de jambes et autres révérences ne font plus avancer le gay schmilblick, et que c'est en intervenant sur le terrain politique, -terreau de l’homophobie par son caractère populiste- qu'il pourra désembourber le chariot.


La politique, Aurelio Mancuso, la connaît bien puisqu'il sort de ses rangs : il a longtemps milité et tenu une place importante dans le mouvement de la gauche démocrate italienne. Et à la fin septembre, il entre en guerre et sort un blog, où il explique posément mais fermement que la démocratie ne peut pas se nourrir d'hypocrisie, que la moindre des choses que l'on peut attendre d'un élu gay est de ne pas soutenir des dispositions homophobes, et qu'il s'apprête donc à outer tous ceux qui viennent de le faire s'ils ne changent pas d'avis rapidement.

Parce que, justement, en Italie, cela vient de se produire. Le nombre des agressions homophobes , verbales et physiques monte en flèche, et un projet de loi portant aggravation des peines pour de telles agressions, -à l'instar de ce qui existe dans la plupart des pays civilisés- était arrivée sur le bureau du parlement. Et le parlement l'a rejeté le 26 juillet dernier.

Le débat s'est limité à quelques échanges de slogans : « Les homosexuels sont des Italiens comme les autres, on ne voit pas pourquoi ils seraient bénéficiaires de protections spéciales » a dit Berlusconi. « S'ils sont des Italiens comme les autres, a rétorqué Padanè, président d'Arcigay, on ne voit pas pourquoi ils seraient agressés plus que les autres », et les choses en sont resté là. Ce qui est trop peu.


Le problème est que, dans la majorité des députés qui a refusé le projet figure un bon nombre d'homosexuels, comme ce fut le cas en France en 1962 lorsque le parlement vota les amendements Mirguet à l'unanimité moins la voix d'Henri Caillavet , -hétéro-, alors que suivant Roger Peyrefitte, s'y trouvaient « au moins 11 députés notoirement homosexuels, plus ceux qu'on ne connaissait pas... ». (Des Français, Flammarion 1970).

Voilà donc l'Italie gay divisée en deux, comme le sont d'ailleurs tous les mouvements LGBT européens, entre militants de salon cramponnés au respect de la vie privée même si cela doit leur retomber sur la tête, et militants activistes qui affirment que les homophobes ne se gênent pas pour nous couvrir d'opprobres diffamatoires, d'amalgames mensongers et de contre-vérités populistes, ce qui légitime les gays à riposter en ne proclamant rien de plus que la vérité toute nue.


Ce qui me semble personnellement tout à fait fondé : je veux bien pardonner un peu de lâcheté, mais pas la trahison. Face à une mesure homophobe, un élu homosexuel vote contre « par humanisme » ou s'abstient « par lâcheté », mais il n'apporte pas de voix scélérate à nos exterminateurs.

La politique suppose un minimum de réalisme, et ne saurait se cantonner à quelques grands principes abstraits. Les lois et leur esprit, c'est bien pour une chaire de droit ou de philosophie, mais lorsqu'on les applique à une population où « ont pu se glisser quelques esprits simplets », elle est reçue comme la légitimation des actes et agressions homophobes. « Puisque ce n'est pas illégal, c'est permis ». L'explosion des agressions homophobes en Italie, soutenue par les vociférations des riches partis d’extrême droite et par les hypocrites bénédictions du Vatican donne la mesure de cette dérive.


Alors, la scène militante LGBT italienne se divise en deux : ceux qui tendent l'autre joue à l'image de la star du Vatican, et ceux qui contre-attaquent. Aurelio Mancuso quitte la tête de la complaisante Arcigay pour fonder un mouvement « Equality Italia » , décidé à « rentrer dedans ».



Je suis particulièrement sensible à ce remue-ménage, car toutes les composantes existent en France, où au moins un homme politique gay a soutenu cette année un projet homophobe. Après « mani pulite », vive l'opération « cazzi pulite ».





En Allemagne....


Joli remue ménage en Allemagne aussi, où les démocrates chrétiens font défaut à l'alliance du SPD de Merkel , qui se vautre aux élections notamment dans le land de Berlin où il réalise 1,8%, moins du tiers des 5% nécessaires pour être représenté, moins que les 2,4% du groupuscule néonazi, et alors que le « parti pirate » qui représente la liberté des internautes, réalise 8,9% des suffrages et envoie 15 députés au parlement du Land.

Mais Berlin, même s'il illustre la tendance générale des élections allemandes où Merkel et les libéraux font un fiasco, n'est pas un land comme les autres. Le maire gay, Klaus Wolvereit, y a promulgué un décret instaurant la lutte contre l'homophobie dès l'école primaire, et sort victorieux de ces élections avec la stature de devenir l'adversaire potentiel de Merkel et de ses libéraux aux prochaines élections générales de 2013, de nombreux länder ayant suivi cette tendance. Tendance européenne sans doute due à l'arrivée aux urnes d'une nouvelle génération, la droite allemande reçoit une raclée que l'on espère annonciatrice des prochaines échéances françaises, où notre droite se crispe et se ringardise, tant sur les questions LGBT que sur la gestion des inégalités.

La semaine dernière, une manifestation préventive à la venue du pape à Berlin a été repoussée par l'autorité en place. L'autorité vient de changer : attendons le traitement de la prochaine manif et de la visite à proprement parler de Mr. Ratzinger. C'est demain...