samedi 16 décembre 2006



73° De viris illustribus republicae franchouillardae.


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La presse s’esbaudit de l’acharnement déployé par Johnny Hallyday pour s’installer à l’étranger. Après avoir visé Monaco par un tir en deux bandes axé sur la Belgique, -et l’avoir loupé-, voilà notre rocker de service qui se porte acquéreur d’un superchalet à Gstaad. Tous ceux qui le connaissent – et qui connaissent Gstaad - affirment que s’il doit vraiment résider 6 mois par an dans un palace en rondins là-haut sur la montagne, , il va s’y faire chier très vite et y péter les plombs furieusement, ce qui dans un habitat en bois, constitue une source d’incendie majeure.

Mais les réactions sont intéressantes. Si on interviewe ceux qui n’ont pas de problème d’impôts et qui n’en auront jamais, tous déclarent à l’unanimité qu’à sa place, ils feraient pareil, et que notre Johnny a bien raison d’aller mettre sa galette à l’abri au pays des coucous.

Si on interroge un banquier, les réactions sont déjà plus modérées. Ainsi, Vincent Drezet, secrétaire national du syndicat unité des impôts, déclare dans le Nouvel Obs du 15 décembre :

« «

[l’émigration des capitaux]…concerne environ 350 fortunes soumises à l'ISF par an. Sur 400.000. Ce phénomène est très vite mis en avant par ceux qui veulent porter l'estocade au système fiscal français. Chaque fois qu'une grande fortune un tant soit peu médiatique quitte la France, ils accusent l'impôt…..

Mais on ne médiatise jamais le phénomène inverse, qu’on ne se donne même pas la peine de chiffrer : Et oui, il y a bien des gens qui viennent s'installer en France, et d'autres qui l'avaient auparavant quittée qui y reviennent! Il y a des gens qui viennent vivre en France justement pour son système fiscal, et la qualité de la protection sociale qu'il permet……[..…]

Bref, c'est un procès qui est toujours mené par les mêmes : ceux qui veulent casser un système de l'impôt juste.

[…..]

Encore un chiffre trop méconnu : la fiscalité directe en France est la plus faible d'Europe. L'impôt sur le revenu ne représente que 16% des recettes fiscales. La TVA, quant à elle, représente 51% des recettes fiscales, et c'est un impôt que tout le monde paie de manière identique, il est donc injuste par nature. [ Mais là, ces messieurs ne se plaignent pas…]

[…..]

On entend souvent dire qu'il y a trop d'impôts et trop de charges sociales en France, mais ce qu'on oublie, c'est que le coût du travail reste comparable. De plus, il faut considérer tous les avantages que la fiscalité française apporte par comparaison à d'autres pays. Un système de protection sociale publique, par exemple,…[…..]……. » »

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Les réactions des hommes politiques ne sont pas sans intérêt non plus… Le plus réaliste étant Jacques Chirac qui confie que Johnny, c’est un chanteur qui fait quasiment partie du patrimoine culturel, que comme artiste, il l’aime bien, mais que comme citoyen,… il regrette son comportement.

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Là, on est encore sur les rails. Mais quand Nicolas Sarkozy déclare « C’est bien la preuve qu’il y a un malaise », alors, on aborde l’aiguillage à grande vitesse, et on se plante.

Certes, il y a un problème, mais où ? N’est ce pas du côté des meetings du président de l’UMP que l’on entend « la France, on l’aime ou on la quitte » ? Ne peut-on en déduire que si on la quitte, c’est qu’on ne l’aime pas ?

Alors, j’ose trouver ridicule qu’un monsieur Johnny Hallyday vienne à grand tapage apporter sa caution au candidat Sarkozy, et dans la semaine qui suit, agisse à contresens de la cause qu’il a soutenue. Faudrait savoir ce qu’il veut.

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D’autant plus que des cautions intellectuelles étincelantes, le candidat Sarkozy n’en manque pas. Il y a le fumeux Doc Gynéco qui vient le 8 décembre dernier de se ramasser sans tapage médiatique un redressement fiscal de 700 000 €, l’inénarrable Pascal Sevran qui n'en finit pas de s’expliquer douloureusement sur sa diatribe à propos de la reproduction des noirs africains, l’éblouissant Steevy Boulay, dont la seule démonstration crédible à ce jour est d’avoir établi avec certitude que le ridicule ne tuait pas, -et ce n’est pas faute d’avoir tout essayé-, l’effervescent Christian Clavier qui a tout compris OK OK, le mystérieux Charles Pasqua dont les rayures du costume sont toujours fines et verticales, mais pour combien de temps encore ? , Balkany, maire de Levallois, qui a démontré qu’en politique, plus on passe au tribunal, mieux on est élu, un certain George Bush qui a serré la main du petit Sarko devant les caméras juste avant de perdre les élections, Tom Cruise le célèbre scientologue… j’en oublie peut-être ?

Si la France était un pays qu’il faut fuir à tout prix, pourquoi Sarkozy tente-t-il de se faire élire principalement sur son aptitude à refouler ceux qui ne demandent qu’à y entrer ?

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A l’heure où l’on parle d’intégrer les exclus dans la communautés nationale, ne pourrait-on donner quelques leçons de civisme à ceux qui parlent d’intégration dans les micros, mais qui sitôt le journaliste parti, délocalisent leurs usines, investissent à l’étranger, planquent leurs économies hors de portée de la communauté dont ils ont vanté la grandeur, sucrent les subventions aux associations qui rendaient les banlieues moins invivables, rejettent les curriculum vitae aux noms trop exotiques, font des procès quand on les traite de voyous mais applaudissent quand on traite les autres de racaille ?

Oui, il y a un problème. Quand on regarde les choses par le mauvais bout de la lorgnette, on ne les comprend pas. Et quand on a cette optique des choses et qu’on veut accéder au pouvoir, oui, on pose problème.

1 commentaire:

Efficient a dit…

Une belle histoire :
Comme on a pu voir sur France 3 ("Pièces à convictions"), l'ancien PDG Pineau-Valencienne, ponte du Medef, donnait des leçons sur la nécessité d'équilibrer les comptes de la sécurité sociale. Pendant ce temps-là, fifille Pineau-Valencienne, assujettie à l'ISF jusqu'à 900 000 euros par an, se faisait verser...le RMI. Et ça durait depuis huit ans. Que fit le département des Hauts-de-Seine, avec Pasqua puis Sarkozy comme patrons ?
Rien... jusqu'à ce qu'un redressement fiscal fut finalement décidé sous la pression : quelques milliers d'euros... le reste étant amnistié - "c'est-la-loi", dixit les services du département.Il serait démagogique de soutenir le contraire...