lundi 9 mai 2016

534° Paris : la ringardisation en marche.






Hier dimanche a été inaugurée sur les Champs Elysées une nouvelle phase de la vision de madame Hidalgo pour l’avenir de la capitale : la piétonisation.

Si vous empruntez aujourd’hui les voies sur berge rive droite entre les Tuileries et la gare de Lyon, sachez que ce sont vos derniers tours de roue sur cette voie si moderne et si pratique, qui permet de traverser tout Paris d’ouest en est sans un seul feu rouge. Du moins qui le permettait avant que la mairie, dans une crise d’allergie automobile particulièrement aiguë, n’y installe en 2012 deux feux rouges aussi coûteux qu’inutiles au niveau du pont Marie.




De tels projets sont ineptes, et les arguments avancés pour leur mise en place aussi contradictoires que mensongers.

Au niveau médiatique d’abord : la télévision va interroger les piétons qui ont envahi les Champs Elysées pour leur demander s’ils sont contents d’être là…
Évidemment qu’ils sont content d’être là, sans quoi ils ne seraient pas venus ! Ah la belle démonstration !

Pourquoi ne pas interroger tous ceux qui sont restés coincés dans les bouchons aux abords de ce ghetto piétonnier, et surtout les plus clairvoyants qui, écœurés par cette discrimination, ne sont pas venus et ne viendront plus ?

Les commerçants des Champs Élysées se plaignent d’une baisse de fréquentation de leurs échoppes…

Pourquoi ne pose-t-on pas les bonnes questions, qui pourraient d’ailleurs s’appliquer à bien d’autres quartiers de la capitale ?…

Il n’y a plus sur cette avenue que des commerces de luxe, des marchands d’oripeaux de grand prix et d’inutilités à la mode, et les rares terrasses de café pratiquent des prix inabordables pour le titi parisien.

C’est le choix desdits commerçants de viser une clientèle haut de gamme, mais il faut bien qu’ils réalisent qu’il y a moins de riches que de pauvres, que ce n’est pas la politique menée depuis quelques décennies qui va redresser ce déséquilibre, et que ce n’est pas non plus la préférence qu’ils accordent à une minorité de nantis qui leur assurera la sympathie et le soutien de la population.

Pour avoir travaillé près de trente ans sur les Champs Élysées avant l’an 2000, je me souviens qu’il existait des commerces normaux, et que dans les cent premiers mètres de toutes les rues adjacentes, on trouvait des bistrots et restaurants tout aussi normaux, où même les salariés pouvaient prendre leur repas de midi sans se ruiner. J’ai vu ces commerces fermer un par un, laisser la place à des boutiques de luxe, des succursales de marchands de fringues internationaux et de marchands de bouffe industrielle.

Et après cela, messieurs les commerçants s’étonnent que plus personne ne fréquente leur Eldorado, et plutôt que de reconnaître leur faute, rejettent sur l’automobile la responsabilité de cette désaffection !




Ce qui revient à dire que non seulement le bon peuple n’a plus les moyens de s’offrir leurs services mais que bientôt, il ne pourra même plus y venir de sa banlieue les jours d’ivresse pour claquer son pécule...

Dans son argumentaire pour justifier la piétonisation des voies sur berge, madame le maire de Paris avance que 57 % des Parisiens intra-muros, -ses électeurs donc- sont favorables à ce projet.

Elle oublie de nous dire que sa ville se dépeuple à toute vitesse, et qu’elle est passée de 2 900 000 habitants en 1920 à 2 229 000 aujourd’hui.


Or ce ne sont pas les Parisiens qui font vivre Paris, mais les habitants de la région, et en piétonnisant sa cité, en cimentant sa tour d’ivoire, la ville se coupe de la manne qui la fait vivre.


D’ailleurs, cette désaffection a déjà commencé : les grands magasins, les circuits de cinéma ouvrent des succursales en banlieue et Paris ne pourra bientôt plus compter que sur ses touristes pour subsister.

C’est une des raisons (avec internet, je l’accorde), qui sonne le glas du Marais comme dernier quartier gay. Et là, malheureusement, la banlieue n’assure pas la relève…

A l’heure où on découvre qu’il existe une clientèle gay, où merchandisers et communicants conçoivent des publicités qui ciblent cette clientèle, le Marais se désertifie : bars et librairies ferment en série pour laisser la place à des marchands de fripes coûteuses et de baskets fabriqués on ne sait où (par on ne sait qui...), mais pourvu du précieux logo avec lequel il faut se montrer.

Pour achever de se convaincre de cette dévastation, regardons de près le nouveau Forum des Halles dont on a inauguré la « Canopée » la semaine dernière. J’en ai fait le tour. Au rez-de-chaussée, quelques établissements de restauration vraiment pas artisanaux, une chaîne d’articles de sport, des marchands de vêtements industriels et d’accessoires ménagers haut de gamme… Rien de vraiment parisien…


Les touristes seront venus de loin à grands frais pour voir … la même chose que chez eux. Peut-être pire.

Alors certes, une grande majorité de touristes ne roule pas en voiture et utilisera les métros plein d’escaliers, les bus aux arrêts introuvables et les taxis malodorants… Paris deviendra une sorte de Disneyland que les visiteurs parcourront comme un site archéologique, en s’extasiant de découvrir qu’ici, jadis, vivaient des gens qui avaient des métiers, des commerces artisanaux et des rues animées…




Rien n’y fera. Les commerçants normaux (ceux qui ne font pas dans le luxe et ne vivent pas de la manne touristique) crient au secours, mais la municipalité se veut prête à adopter tous les signes de branchitude et à copier toutes les modes bobos qui font déferler le troupeau de touristes derrière un guide qui brandit son parapluie-étendard.

Adieu Paris, je t’aimais bien. J’ai connu saint Germain des Prés, la fin de l’époque du Flore et des établissements à visage humain, où on croisait Charles Trenet, Marcel Carné, Hubert Deschamps, Juliette Gréco, Jean Marais, Michel Foucault, Jean Paul Aron et quelques autres à une époque où des hordes de sauvages ne se précipitaient pas sur les artistes pour faire un selfie, également connu Montparnasse avant les grandes démolitions, bref connu Paris.





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