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vendredi 4 avril 2014

475° On n'efface rien et on recommence, -bis -




Si j'avais su ce qui allait se passer cette semaine, j'aurais gardé mon titre du précédent billet:  « On n'efface rien et on recommence » pour le remaniement auquel nous venons d'assister.

Lorsque les édiles socialistes, François Hollande en tête, viennent nous dire :

« Message reçu, nous vous avons entendu, on va rectifier le tir »,

on se demande bien quels Français ils ont pu aller écouter....



Monsieur le Président,
Nous avons élu un président de gauche pour qu'il fasse une politique de gauche. Nous espérions une politique vraiment de gauche, par exemple la promesse tenue de séparer les banques d'investissement et les banques de dépôt, une vraie grande simplification du mille-feuille administratif de l'administration, une lutte contre la réaction financière et morale avec des moyens coercitifs et appropriés, un vrai développement des enseignements civique et humaniste dans les écoles et collèges, un grand élan de fraternité qui aurait arraché la France à la fange des petites haines communautaristes dans laquelle votre prédécesseur l'avait volontairement enlisée.

Alors, comme rien de tout cela n'apparaissait à l'horizon, on vous a pourri les élections municipales pour vous faire comprendre que nous étions toujours là, qu'on vous voyait avec désespoir prendre une direction opposée au bulletin de vote par lequel nous vous avons élu, et qu'il ne faudrait pas attendre six mois avant votre réélection pour vous souvenir de notre existence.

Sans doute inspiré de l'aura du fondateur du « je-vous-ai-comprisme », vous avalez une grosse boisson énergétique avant une intervention télévisée qui nous a fait croire un instant que vous aviez compris.

Et finalement, quelle est cette réponse ?
 « Vous vouliez que j'aille plus à gauche ? Eh bien j'irai encore moins... » 
Vous nous sortez un premier ministre sur lequel l'étiquette « de gauche » frise la limite de la publicité mensongère. Le moins à gauche de ce que vous avez dans le magasin...

En vous disant peut-être : « Je suis le président de tous les Français » ? Votre prédécesseur, qui l'avait pourtant dit aussi, s'est-il soucié du peuple de gauche pendant qu'il lacérait le tissu social, détricotait le code du travail, dressait les Français les uns contre les autres et suscitait des révoltes qu'il brandissait ensuite comme des enjeux sécuritaires ? 

Rien que pour effacer les ravages et dévastations qu'il a provoqués, pour ramener l'équilibre « au milieu » il faudra plusieurs années de barre « à gauche toute », faire pencher la balance à gauche aussi longtemps et aussi fort que votre prédécesseur l'a entraînée à droite. Ce n'est qu'après avoir ainsi reconstruit les valeurs de la république que vous pourrez vous soucier d'une politique apaisée.

Votre prédécesseur a voulu déplacer les frontières naturelles de l'échiquier politique : effacer, supprimer les bornes gauche/droite, ouvrir un libre accès entre droite républicaine et et extrême-droite. Cela ne lui a pas réussi.

Ne tombez pas dans les mêmes travers. La gauche vous a élu. En refusant de l'entendre, vous allez, comme ce pauvre Sarkozy, déplacer des frontières naturelles.

Certes il y a des nuances : Sarkozy s'est volontairement rapproché de l'extrême droite. Dans votre cas, c'est en vous éloignant déraisonnablement de la vraie gauche que vous obligez une partie de votre électorat à se cramponner à elle pour ne pas glisser avec vous vers la droite. Sans parler de ceux qui lâchent prise et tombent dans le ravin du front national.

Mais attention : mêmes causes, mêmes effets... Comme la droite, la gauche va se diviser. Vos sociaux démocrates vont s’assimiler au centre, qui, comme chacun sait, est une droite qui ne dit pas son nom, et la gauche de gauche va se rapprocher de l’extrême gauche.

Le résultat est le même : comme la droite l'a été, la gauche est maintenant morcelée et désunie. Les seuls socialistes n'ont qu'une voix de majorité à l'assemblée nationale. S'ils vous suivent trop loin de la gauche, beaucoup de députés socialistes vont craindre de ne pas retrouver leurs électeurs dans trois ans s'ils dérapent à droite avec monsieur Valls. Vous n'aurez qu'une menace de dissolution pour les faire avancer de force, mais c'est une arme de destruction massive qui fait beaucoup de dégâts collatéraux. Demandez à Monsieur Chirac...

Le vote de confiance au gouvernement que vous allez leur demander dans quelques jours risque d'être sportif, et surtout aléatoire: Un seul député tousse de travers, et Monsieur Valls valse... A moins qu'il ne soit conforté dans sa position par des votes de droite venus au secours du travesti politique que vous présentez à leurs suffrages ? Vous y perdriez ce qui reste de votre crédibilité. 




Et chaque fois qu’il faudra voter une loi, le moindre texte, vous devrez le vider de son esprit réformateur pour qu'il passe sans encombre sous la fourche caudine de cette infime majorité. Et si cette loi passe avec les voix de droite, encore une fois vous perdrez le soutien et l'estime de ceux qui vous ont élu.

Le rêve d'une harmonieuse coalition démocratique reste une utopie.
D'abord parce qu'il se heurte au carriérisme des élus dans une société française où, à tous les postes sauf le vôtre, on peut se représenter et se faire réélire toute sa vie inlassablement.
Ensuite parce que éplucher des lois pour les faire passer par le trou de serrure d'une majorité pleine de contradictions, cela oblige à les vider de leur sens et de leur innovation. Cela tue les réformes. On ne gouverne plus, on survit.

Monsieur Sarkozy n'a pas pris de gants pour appliquer sa politique ultra-libérale et socialement destructrice. Rien que pour ramener le curseur au centre, il faut agir avec la même vigueur dans l'autre sens.
Et après, seulement après, on pourra faire une politique de gauche, celle pour laquelle les Français vous ont élu.
A bon entendeur...



lundi 15 novembre 2010

358° Sarko joue Fort-Alamo





Moins l'UMP compte de partisans dans la population, et plus elle en compte dans le gouvernement.

C'est en 2007, alors qu'il venait d'être élu avec une majorité aussi confortable qu'inexplicable, que Napoléon 4 aurait pu nous infliger un gouvernement pur sucre, sectaire et dogmatique.

Ce petit malin a voulu noyer le poisson et travestir son ultra-libéralisme en pratiquant ce qu'il appelait l'ouverture, et c'était sa première erreur stratégique.

Car en ne recueillant que des radicaux carriéristes comme Kouchner ou des socialistes mangeurs de soupe comme Besson, il n'a nullement déstabilisé son opposition, mais il a par contre créé de graves mécontentements dans sa majorité, où nombre de fidèles soldats ont vu des opposants parachutés s'emparer de postes qu'ils convoitaient comme la juste rétribution de leur soumission. On se rappelle des brames désespérés de Devedjan, qui espérait « que l'ouverture porterait ses effets jusqu'au sein de la majorité »...


Après avoir fâché tout le monde par ce premier éparpillement et voyant que sa popularité stagnait désespérément, le petit chose s'est donc mis à draguer tous azimut, ce qui était présomptueux : on ne peut pas faire de grand écart avec de si petites jambes.

Il a tout essayé, avec ses histoires d'identité nationale et de guerre des roms, tout pour solliciter l'extrême droite, en vain puisque la seule chose sur laquelle je soies d'accord avec Le Pen est que ses adeptes préfèrent l'authentique à la contrefaçon.

La seconde partie de son plan était de se concilier le centre en réservant Matignon à Borloo.

Ce faisant, Napoléon 4 donne l'impression d'un gamin qui joue au Monopoly, croyant pouvoir additionner l'adhésion de courants politiques comme on annexe des territoires, fantasmant sur l'utopie de les voir comme autant de vassaux au coude à coude en ordre de bataille sous sa bannière, et incapable d'imaginer qu'en séduisant les uns, il va faire fuir les autres.

Et plouf ! Voilà le centre qui lui pète entre les doigts. Sous quelque angle qu'on la considère, la manœuvre est un désastre pour lui. Le centre, qui a pourtant depuis trente ans voté à 95% avec la droite, prétend maintenant vivre sa vie et présenter un candidat contre lui. L'extrême droite, dont le principe fondateur est de toujours prendre et de ne rien donner, a trouvé le moyen de faire avancer ses idées aux frais de l'UMP mais s'apprête aujourd'hui à en récupérer les effets sous sa propre étiquette.

Les gros malins de l'Elysée se retrouvent donc bêtement entre eux, entre droitiers et droitistes, UMP et RPR, conservateurs et retrogrades, grosjean comme devant, en petit comité, comme au premier jour de leur complot. Qu'est ce que tu dis ? Comme des cons ? Ben oui, tu as raison : comme des cons.

Il y a même le vieux Juppé, celui qui, en 1995 avec le CPE, avait voulu exclure d'un trait de plume tous les moins de 26 ans du code du travail, qui revient au renfort, comme les retraités de la CIA reprennent du service dans RED, la soupe réchauffée d'Hollywood qui sort la semaine prochaine.

En fait, les derniers sarkozistes jouent Fort Alamo... Après avoir dressé contre eux avec constance tous les pans de la population, toutes les professions, tous les corps constitués et toutes les forces vives, les voilà dos à dos pour leur dernière bataille : gagner 2012 ou périr. Une sorte de baroud d'honneur entre fondamentalistes.


L'ouverture politique, c'est fini. L'ouverture sociale, c'est fini. L'ouverture philosophique et laïque, c'est fini. Entre ceux qu'on a foutu dehors et ceux qui ont quitté le navire, il ne reste plus à bord de la barque Elysée que ceux qui y croient encore et ceux qui n'ont pas trouvé de meilleure escale.

Les chimistes parleront de cristallisation, les biologistes d'enkystement, les flics de forcenées barricadés, les gens du quotidien d'huitre qui se referme. Le gouvernement, qui ne vivait déjà plus beaucoup avec les Français, ne pensait déjà plus vraiment comme eux, les avait traité avec brutalité, notamment avec la réforme des retraites, est plus autiste que jamais.