jeudi 3 mai 2018

564° Black Blocs… La bonne question : Pourquoi existent-ils ?






Tout le monde s’interroge sur les « black blocs ».
D’où sortent-ils ? Comment ne les a-t-on pas vu venir ?

Mais personne ne se pose la bonne question : « Pourquoi existent-ils ? »

Lorsqu’il y a une bagarre quelque part, la police et la justice se posent toujours comme première question :
«  Qui a commencé ? »

Là, non.
On déplore, on se scandalise, le ministre de l’intérieur promet qu’on ne l’y reprendra plus, et que la prochaine fois, il enverra des archi-légions de ses robots casqués.

Dans les chaumières et les bistrots, on dégoise : « C’est un scandale, madame Michu, tout ce gâchis.. » Pourquoi « on » ne fait rien ? C’est « la faute à qui ? ».

Aucun analyste, aucun observateur, aucun journaliste, aucun « expert » ne s’est demandé une seconde pourquoi ces black blocs existaient, et surtout comment on aurait pu faire pour qu’ils n’existent pas.

Or chaque fois que le peuple est à bout, désespéré, pas entendu, exploité, n’a plus rien à perdre, dans tous les pays, on voit surgir des hordes de casseurs qui tentent de faire passer un message que le pouvoir a refusé d’écouter.

Même en France, ce n’est pas nouveau. Rappelons nous l’écrasement de la Commune de Paris, où les « pétroleuses » incendièrent de nombreux monuments parisiens.. La capitale y perdit le palais des Tuileries, et pour la ènième fois son hôtel de ville… Je vous laisse remonter dans l’histoire des peuples et des nations…



Il y a dans ce pays une classe ouvrière qui se bat depuis plus de cent ans pour arracher quelques bribes de bien-être à un patronat glouton et impitoyable. Souvenons nous de Germinal, de Carmaux, mais il y en a bien d’autres…

Et soudain arrive au pouvoir un jeune banquier fringant et arriviste, qui exploite avec arrogance et habileté une situation de déliquescence politicienne qui pourrit depuis longtemps, et parvient à se faire élire par défaut.

S’il avait été sincère et humaniste, il se serait attaqué au fondement de la crise sociale : les inégalités, le mauvais partage des richesses, de plus en plus déséquilibré, la sauvegarde et le respect des droits fondamentaux de ceux qui n’ont d’autre solution que de vouer leur vie au travail.

Il vient nous dire (et il n’est pas le premier!) : « La France est un pays impossible à réformer…

Alors, allons chercher « réforme » dans le dictionnaire.
  • «  Changement que l’on apporte aux institutions afin d’obtenir de meilleurs résultats ».

Qu’est-ce qu’un résultat ? D’un point de vue sociétal, ce n’est pas forcément un « résultat comptable », mais un résultat global, censé produire des améliorations des conditions de vie, mettre fin aux abus, étancher les fuites, gérer équitablement les profits.

Force est de constater que c’est tout le contraire de ce que font nos dirigeants depuis quelques décennies.

Les inégalités sociales s’accroissent, les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres. Le résultat des entreprises est voué à l’enrichissement des actionnaires et à l’accumulation d’une richesse qui échappe à ceux qui l’ont produite pour s’entasser dans quelques escarcelles de privilégiés.





Tout autant que la répartition des richesses, le dialogue social est en panne. Le pouvoir « entend », mais « n’écoute plus »… On ne gouverne plus par consensus, mais par « ordonnances ».

La  démocratie  a vécu. « démocratie », étymologiquement, cela signifie « pouvoir par le peuple ».
On ne gouverne plus au nom du peuple, mais au nom du fric. Cela a un nom : la ploutocratie.

Ces imbéciles, -pour ne pas dire ces salauds – ont rayé du dictionnaire, comme dans 1984, le mot « service public ». Pour eux, un service public, ce n’est pas fait pour rendre service, mais pour être rentable. 

Alors, on privatise à tout va tous les acquis sociaux du peuple français. Les autoroutes, le rail, la poste, les aéroports, même des bâtiments publics, construits par des promoteurs et loués à l’état..

Les entreprises sont de plus en plus riches, certains états aussi, mais les peuples sont de plus en plus pauvres. Où est l’argent ? On ne sait plus trop, tant se multiplient les stratagèmes pour le faire échapper au partage vital de son abondance.

Enfin si, on le sait, où il est, l’argent. Que se passe-t-il quand on privatise un service public ?

Il faut toujours « rendre le service », ce qui a un coût incompressible, sauf à réduire le service ou à écraser les salaires. Mais en plus, il faut engraisser des actionnaires. Donc non seulement le service cesse d’être « public » et accessible à tous, mais en plus, son coût augmente…
Et c’est le petit « usager » qui paie plus pour avoir moins…

Depuis des années, les organisations en charge de gérer le système sont phagocytées par des gens qui y font carrière, tant au niveau du gouvernement que des partenaires sociaux, et même des syndicats. Le système « utopique » dégénère en capharnaüm, le carrosse se transforme en citrouille.

Les tentatives de discussion sont vouées à l’échec. Le gouvernement et le patronat y vont avec des pré-requis, des « lignes rouges » sur lesquelles ils ont par avance décidé de ne rien lâcher, et ils reprochent aux syndicats, confrontés à un mur, de devoir en faire autant… Mais que peuvent-ils faire d’autre ?


On accuse des petits fraudeurs aux prestations sociales d’être la cause d’une faillite générale alors qu’ils ne représentent qu’une goutte d’eau dans l’océan de la fraude fiscale et des profits détournés.

Alors, les black blocs, je ne les approuve pas parce que je suis viscéralement non violent, mais je les comprends. Les Espagnols ont un mot, pour cela, les desperados…

J’entends d'ici les conversations petits fours dans les salons lambrissés :
« Oui…, mais ces gens là ont une idéologie, ils veulent tout casser, abattre le système, ce sont des anarchistes... »

Souvenons-nous de Surcouf: Un amiral anglais, qu'il avait fait prisonnier,  l'interpella un jour:
"Vous, les corsaires, vous vous battez pour de l'argent, nous, nous nous battons pour l'honneur".. 
Et Surcouf répondit:
"On se bat toujours pour ce qu'on n'a pas".

Bah oui, forcément. Ce sont des anarchistes. Ils sont opprimés, donc ils sont contre l’oppression. C’est une idéologie qui vaut largement celle des valets du veau d’or…

Et ils font appel à des experts en désordre… Ne me dites pas que les banquiers n’ont pas d’experts en accumulation de richesse…

À un détournement de la démocratie répond un détournement d’opposition.
Et nous revenons à notre question première :
Qui a commencé ? Qui, le premier, a agressé, méprisé, exploité, écrasé ?

Tant qu’on ne posera pas le problème sous cet angle, on n’approchera pas de la solution.
C’est comme au rugby, il faut « revenir aux fondamentaux »…




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