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vendredi 20 juillet 2007

112° Après le tour de France, la Star Ac ?



Lorsque je disais qu’un véritable brain-trust de marketing fonctionnait autour du président de la France d’après, je ne croyais pas si bien dire.

Le coup du Tour de France, il nous l’avait déjà fait alors qu’il était ministre d’état de l’intérieur et d’autres choses le 20 juillet 2005, dans les Pyrénées.

En tout cas, c’est bien le premier président qu’on voit défiler dans une caravane où l’on peut apercevoir des cyclistes pendant 25 secondes, et des chars publicitaires pour des lessives et des boissons pendant près de deux heures.

Il serait venu à la Gay Pride, il aurait trouvé un taux militants/marchands du temple beaucoup plus significatif. Mais est-ce bien là ce qui l’intéresse ?

Libération a publié avant-hier un article assez bien ficelé sur « l’ouverture ». Comme les liens d’informations ne sont pas toujours très durables, voici l’intégralité de cet article :

Municipales: attention, danger pour la gauche !

La gauche rêvait d'un repos estival mérité après une année électorale éprouvante ? Sarko - l'homme qui ne s'arrête jamais - a lancé par surprise la bataille des municipales !

Hier soir, Sarkozy a demandé aux 2.000 cadres de l'UMP réunis au carrousel du Louvre à Paris d'appliquer la stratégie de l'ouverture pour les municipales. Sarkozy tombe enfin le masque : l'ouverture n'est pas le signe qu'il est président de tous les Français mais il s'agit, à l'opposé, de la tactique électorale d'un chef de parti.

Et cette stratégie vise directement un but, comme en témoigne le discours de Sarkozy hier : gagner les municipales, qui seront le premier test électoral du quinquennat. Et peut-être le seul, au moins dans l'esprit de l'UMP, qui ne peut qu'améliorer ses résultats aux régionales de 2010.

Les nominations de Besson, Hirsch, et Kouchner, devaient déstabiliser la gauche pour les législatives. Celles de Lang, Bockel (maire de Mulhouse !), Fadela Amara (peut-être utile pour le vote des banlieues), et d'autres demain, permettent de continuer à affaiblir la gauche qui se divise à chaque nouveau ralliement. D'ailleurs Sarkozy l'a admis explicitement hier soir en incitant l'UMP à "occuper tout le terrain" pour "affaiblir le PS".

Cette stratégie d'ouverture rend le clivage gauche-droite illisible pour les citoyens. Chaque annonce de débauchage d'une personnalité de gauche permet de dissimuler une politique de droite musclée : peines-planchers, franchises médicales, service minimum, bouclier fiscal... Pour gagner la présidentielle, Sarkozy a débauché Jaurès, Blum et Mitterrand au service d'un programme libéral et sécuritaire. Pour les municipales, il débauche des cadres du PS...

Comment la gauche peut-elle se sortir du piège sarkozyen ? En se dé-ringardisant, en montrant un visage ferme et en réactivant le clivage droite-gauche ! Au lieu de se lamenter après chaque départ de baby-boomer opportuniste, elle doit jouer la carte des valeurs et du renouvellement. Elle doit être ferme et dénoncer les débauchages pour ce qu'ils sont : des trahisons à l'égard du peuple de gauche. Les choses sont assez claires : avons-nous vraiment besoin de responsables politiques ou de hauts fonctionnaires qui doivent leur carrière à la gauche et qui se jettent aujourd'hui dans les bras de la droite pour une voiture avec chauffeur ? Ils s'arrangeront avec leurs conscience...

Au lieu de se perdre en querelles sur « l’ouverture", la gauche doit mener la bataille idéologique et politique sur chaque projet du gouvernement. Et, surtout, elle doit préparer les municipales : si elle ne fait pas une large place aux milieux populaires, au renouvellement et à la diversité, la gauche ne sera pas en mesure, demain, de combattre Sarkozy et sa jeune garde, de Rama Yade à Laurent Wauquiez et Rachida Dati.

Fin de l’article de Libé.

D’abord, je croyais naïvement que le président était, comme il nous l’a dit à l’issue de son élection et à l’instar de tous ses prédécesseurs, « le président de tous les Français », et je suis très désappointé de le voir ainsi s’adresser en chef de parti « aux 2000 cadres de l’UMP réunis au Carrousel du Louvre ». J’espérais que le président serait comme il se doit « au-dessus des partis » et que ce rôle de bateleur politique serait dévolu à son successeur à la tête de l’UMP. C’était oublier un peu vite qu’il a supprimé le poste pour continuer à l’occuper virtuellement, faute de pouvoir le cumuler avec sa fonction présidentielle. Couleuvres, couleuvres.

La phrase clé de cette analyse me semble être l’intention de rendre le « clivage gauche-droite illisible » pour les Français. Vont-ils se laisser tromper ? Jusqu’à présent, à chaque dérapage des valeurs, ils ont su mettre un terme, quelquefois tardif, parfois brutal, à la déliquescence des repères. Et plus durable et insensible est la dérive, plus dure est la réaction.

En attendant, la guerre de l’information fait rage :

Hier, au JT d’Antenne 2, Françoise Laborde, une des présentatrices les plus sympathiques depuis Georges de Caunes, soit dit en passant, présentait un sujet sur le 93, la Seine Saint Denis, exaltant la joie de ses habitants de vivre un enrichissement mutuel au sein d’un grand cosmopolitisme de cultures, de religions et de traditions. Ce qui est sans aucun doute exact.

Les différences font sauter les œillères, élargissent la tolérance et le respect mutuel, du moins chez les sujets dotés d’un QI minimal. En excluant tout effet de grégarité et de réaction « troupeau de moutons » qui sont les caractéristiques des groupes étanches comme le Front National ou les religions durement communautaires, les sociétés cosmopolites contribuent à cimenter une cohésion sociale résistante aux attaques ciblées. Car les attaques et autres pièges de la communication et du marketing sont toujours des attaques ciblées. Faciles à mettre au point en direction de communautés monolithiques, elles restent sans effet sur des sociétés riches d’opinions et de valeurs diverses, mithridatisées par leur pluralité.

Mais hier aussi, non plus sur Antenne 2, mais sur France-Info cette fois, on présentait un sujet sur une visite que notre ministre de l’Intérieur et des communautés territoriales, (mais pas des cultes comme je m’en inquiétais lors de sa nomination), Madame Alliot Marie rendait aux services de police de cette même Seine Saint Denis n°93.

Là, le discours était diamétralement opposé, réducteur et discriminatoire. On y entendait notamment un commerçant pleurnichard qui proposait un véritable strip tease à la ministre : « ils m’ont battu, vous voulez voir mon dos, mes bras, mes jambes ? ». Comme si la délinquance était l’apanage de la Seine Saint Denis.

Peut-être si ce brave homme était moins larmoyant, il serait moins battu. Antenne 2 montrait au marché de Saint Denis des commerçants qui tenaient leur stand depuis des décennies et qui ne se plaignaient nullement de l’évolution du quartier et de sa population. Il y en a qui y arrivent.

Ceci pour démontrer que suivant qu’on est berlusconien ou humaniste, on peut voir deux Seines Saint Denis là où il n’y en a qu’une.

Ceci dit, madame le ministre de l’intérieur n’a pas expliqué, lors de sa visite, comment elle allait tenir ses promesses sécuritaires en s’accommodant d’une réduction du nombre des fonctionnaires et d’un budget quasi-stationnaire…

La diminution de la délinquance passant aussi par une réforme de l’enseignement, le ministre intéressé, Xavier Darcos, n’a toujours pas expliqué non plus comment il allait réaliser le même tour de passe-passe avec la même carence d’ingrédients. En tout cas, en déclarant que « l’éducation nationale disposait du potentiel nécessaires d’heures supplémentaires », il a dit quelque chose dont on risque de reparler dans la rue à la rentrée. Ils ont bien fait de débaucher Jack Lang, il pourra toujours leur donner des leçons de flatterie et de flagornerie.



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samedi 14 juillet 2007

111° Comment dit-on cocorico en latin?

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S’il y a quelque chose qui fonctionne bien à l’Elysée, c’est le service marketing – communication. Ça durera ce que ça durera, parce qu’une machine aussi performante aura forcément un jour un raté.

L’une des techniques utilisées consiste à enchaîner les évènements à une cadence telle qu’il n’y a de temps que pour les louanges incluses dans la préparation, mais que les critiques qui doivent attendre le temps d’une analyse sont noyées dans le flux médiatique de l’événement suivant. Pour le moment, cette étrange « fuite en avant évènementielle » porte ses fruits, mais c’est une « formule 1 » de la communication, et on sait à quel point ces belles mécaniques sont chatouilleuses.

A peine Cécilia se fait-elle épingler avec sa carte de crédit qu’on l’envoie en visite de charité auprès des infirmières bulgares condamnées à Tripoli. La mer efface sur le sable les pas des amants désunis. A peine la cascade de démissions du cabinet de Rachida Dati trouve-t-elle un alinéa en page 7 des journaux désobéissants que sa loi est votée à grand rantaplan, ce qui donne l’occasion à l’intéressée de distraire l’attention par des apparitions médiatiques qui n’ont rien à voir avec l’explosion de son cabinet.

Beaucoup d’entreprises n’ont pas un service de comm aussi réactif et imaginatif que celui de l’Elysée.



Dans une équipe où les ministres ne sont plus que des adjudants, il n’y a plus de fusible crédible, et l’actualité pourrait un jour le rappeler cruellement au chef marionnettiste.

Soigneusement espacées dans le temps, les ouvertures faites aux socialistes tendent à donner à ce parti une impression de déconfiture qui n’est certes pas complètement imaginaire, mais très fortement exagérée. Il représente tout de même encore 200 députés, 58% des mairies françaises dont Paris, la présidence de 20 régions sur 22, et la moitié du Sénat…

Mais cette « ouverture » est à double tranchant : Les postes offerts à l’opposition constituent pour leurs récipiendaires des espaces qui les protègeront des inévitables convulsions qui attendent leur parti, et leur permettront d’aborder les prochaines échéances avec une image bien plus présentable que s’ils étaient restés directement exposés à la grande lessive qui se prépare rue de Solférino. Par contre, les généreux hôtes ont bien tort de croire que leurs chers invités cesseront d’être et de penser socialiste et se rallieront corps et âmes à leurs bienfaiteurs.

Ensuite, chaque socialiste débauché provoque le mécontentement de tous les UMP qui convoitaient le poste. Le système est onéreux : il suscite autant de zizanie au château que dans le camp d’en face !

Et enfin, la méthode ouvre au moins en partie les structures de l’UMP à un véritable réseau d’infiltration, qui, s’il nous rapproche de l’esprit républicain officiellement visé par la démarche, risque de contrarier fortement l’aisance des manœuvres auxquelles l’UMP était habituée pour fonctionner.



Parlons un peu de 14 juillet. Pour ma part, je préfèrerais qu’on se borne à fêter la République avec des bals et des feux d’artifice. La tradition du défilé militaire me semble un peu passéiste, même si je ne vois pas comment on va expliquer aux gradés que sans renier complètement leur utilité, ils n’ont plus aujourd’hui de place au soleil, ni surtout de rôle symbolique.

Jusqu’aux dernières dictatures, un pays démontrait sa soi-disante grandeur en étalant ses régiments et en exhibant ses chars d’assaut et ses avions qui font panpan.

Au 21° siècle, c’est en exhibant sa technologie et son avance sociale qu’un pays peut illustrer sa grandeur. Peut-être aussi en faisant état de l’homogénéité de son tissu social et de sa victoire sur les inégalités, discriminations et autres fractures.

Là, il reste du travail au service de comm de l’Elysée, parce que ce que je viens de voir à la télévision me laisse penser qu’on fait machine arrière à plein gaz.

L’unité européenne ne peut-elle avoir de démonstration plus crédible que celle des soldats de ses 27 armées réunis dans un étincelant cortège de soldatesque et de ferraille qui n’eût point déparé sur la place Rouge ou la place TienAnmen ?

Mais ce qui me choque le plus, c’est le renfort des petits chanteurs à la croix de bois à la rescousse de la brillance médiatique de la fête. Bien sûr ils chantent bien, ils sont jolis, symbolisent la jeunesse et l’avenir. Bien sûr leurs voix cristallines savent attendrir les mémées dans les chaumières, rappeler leur attention distraite sur la grande parade de notre petit calife.

Mais si le 14 juillet est une célébration à haute teneur symbolique, est-on allé jusqu’au bout du sens symbolique de leur présence aux côtés des cœurs de l’armée ?



Cette anachronique réconciliation du sabre et du goupillon était-elle vraiment la meilleure démonstration de modernité que notre nouveau président voulait donner à ses intentions ?

N’est-ce pas un appel du pied aux cohortes de fondamentalistes qui, à l’instar des édiles polonais, « voudraient voir rétablir la morale chrétienne en Europe » ? Cessez d’aller dispersez vos voix chez le Pen et le marquis du bocage, voyez comme elles seront bien représentées dans « ma France de demain » ?

En effet, fondée en 1906 à l’abbaye de Tamié, la manécanterie des petits chanteurs à la croix de bois est solennellement reconnue en 1951 par PieXII, le « pape de la guerre », qui élève son directeur de l’époque, monseigneur Maillet, au rang de « prélat de sa sainteté ».

Jean XXIII les appelle « "mes petits missionnaires de la Paix". Etrangement, pour leur carrière internationale, la manécanterie perd son aube blanche et sa croix de bois pour devenir « The little singers of Paris », ce qui lui permet une meilleure infiltration missionnaire dans des terres pas forcément conquises.

C’est en tenue bleue et sans croix certes, que ces charmants jeunes gens sont venus chanter la Marseillaise et l’hymne européen. Le répertoire de ce jour est républicain, mais le choix des interprètes aurait pu être plus laïque.

D’autant plus qu’au-delà du symbole de l’essence catholique de cette manécanterie, je rappelle qu’il existe en France d’autres religions parfaitement respectables, qui possèdent certainement des chorales qui auraient bien aimé profiter de cette déchirure dans la laïcité des institutions pour figurer au nombre des acteurs de cette cérémonie « républicaine »..

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Après cent ans d’une séparation salutaire pour le respect de toutes les religions, ces étranges retrouvailles de la nation et de l’église romaine étaient-elles opportunes ? D’autant plus que jamais plus qu’aujourd’hui, la diversité religieuse n’a été, dans notre pays, aussi pressante dans l’actualité, et que jamais autant qu’aujourd’hui la laïcité n’est apparue comme la nécessaire garante du respect de cette diversité…

A vouloir trop faire et trop bien faire, on commet parfois des erreurs et des contradictions. C’est d’ailleurs de cette manière qu’à mon avis, l’actuel édifice de notre nouveau président, bâti de brics et de brocs dans la précipitation, finira malgré l’efficacité de son service après-vente, par chanceler. On ne peut pas indéfiniment dire la chose et son contraire comme il le fait à tous propos, ni promettre satisfaction d’un seul mot à des entités contradictoires.