mardi 14 juillet 2009

274° La justice des uns et la justice des autres.

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Je suis encore de ceux qui croient qu'on a inventé la justice pour que la société dispose d'une autorité supérieure, éclairée et reconnue capable de qualifier les actes répréhensibles et de faire correspondre à chacun une peine appropriée.


Certes, même lorsqu'elle fonctionne bien, les coupables estiment qu'elle porte atteinte à leurs droits, et les victimes attendent d'elle qu'elle soit réparatrice, ce qui est illusoire.


Son indépendance, par contre, devrait, dans l'intérêt de tous, n'être l'objet d'aucun enjeu. Dans la théorie, elle est prévue par la constitution. Dans la pratique, le poids des médias, la puissance des lobbys, le politiquement correct parfois revu et corrigé par la bible créent parfois des situations devant lesquelles il est permis de s'interroger.


Prenons exemple des circonstances aggravantes prévues par la loi en cas d'agression motivée par l'appartenance des victimes à « une race », une religion, ou par leur préférence sexuelle. Tout cela est prévu noir sur blanc par l'article 132 du code pénal, alinéas 71 à 80, qui ont été plusieurs fois renforcés dans leurs dispositions.


Les voici dans leur ultime mise à jour:


Loi n°2004-204 du 9 mars 2004 - art. 12 JORF 10 mars 2004


http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do;jsessionid=627572E6C5ED5CA423EA23F7BCB8A8F8.tpdjo03v_1?idSectionTA=LEGISCTA000006165269&cidTexte=LEGITEXT000006070719&dateTexte=20090713


les définitions précises du caractère raciste ou antireligieux ici:


http://www.legifrance.gouv.fr/affichCode.do;jsessionid=627572E6C5ED5CA423EA23F7BCB8A8F8.tpdjo03v_1?idSectionTA=LEGISCTA000006165269&cidTexte=LEGITEXT000006070719&dateTexte=20090713


et celles concernant la préférence sexuelle ici:


http://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do;jsessionid=627572E6C5ED5CA423EA23F7BCB8A8F8.tpdjo03v_1?cidTexte=LEGITEXT000006070719&idArticle=LEGIARTI000006417503&dateTexte=20090713&categorieLien=id



La justice vient de se prononcer dans la douloureuse affaire du « Gang des barbares ». Après trois ans d'enquêtes et d'auditions, trois mois d'audience et trois jours de délibéré, les jurés ont, « en leur âme et conscience » examiné les situations et actes des 27 accusés et prononcé une peine adaptée à chacun d'eux.


Comme à la sortie de tous les procès, les accusés se sont déclarés « punis exagérément » et les victimes spoliés de … d'on ne sait quoi puisque la vengeance n'a pas cours en matière de justice et qu'aucune décision ne leur rendra leur disparu.


Sauf que la garde des Sceaux reçoit séance tenante les associations et les parties civiles en leur plainte et donne instruction au parquet de faire appel de la moitié des condamnations, jugées insuffisantes.


A quoi cela sert-il d'entretenir un appareil judiciaire tentaculaire et coûteux, supposé indépendant, pour que les tribunaux se voient mis en demeure de revoir leur copie comme de vulgaires cancres enjoints de refaire leurs devoirs?


Entendons nous bien sur l'exécration qu'inspirent les faits qui sont jugés dans cette affaire. Mais des gens compétents ont tout de même enquêté trois ans, tenu audience trois mois et délibéré trois jours... Tant de professionnels ont-ils donc pu se tromper si largement?


Il a fallu deux jours pour que le ministère entende la plainte des victimes et lui donne suite, il aura fallu trois ans pour qu'il entende celle des innocents d'Outreau, injustement emprisonnés. La surdité serait donc une maladie à géométrie variable?



D'autant plus que... la partie de la loi concernant l'aggravation des peines en cas d'agression homophobe a bien du mal à retenir l'attention de certains magistrats. Pourtant, c'est la même loi, juste l'alinéa suivant...



A Aix en Provence, un pauvre pédé injurié et battu est condamné à verser des dommages et intérêts à son agresseur au terme d'une audience décrite par plusieurs témoins comme surréaliste:


http://v2.e-llico.com/article.htm?rubrique=actu&articleID=20132



Dans l'Essone, malgré plainte sur plainte et à défaut de maintien de l'ordre et de condamnation des agresseurs, un couple de lesbiennes finit par déménager:


http://v2.e-llico.com/article.htm?articleID=20087&rubrique=actus



A Laval, des intégristes cathos font le siège d'un bar gay et frappent le patron de l'établissement. Le procureur avait requis un simple rappel à la loi et il a fallu que les associations s'en mêlent et alertent la presse pour qu'il se décide enfin à entendre les victimes et procéder à une enquête.


http://v2.e-llico.com/article.htm?articleID=19629&rubrique=actus

http://v2.e-llico.com/article.htm?articleID=19642&rubrique=actus

http://v2.e-llico.com/article.htm?articleID=19668&rubrique=actus

http://v2.e-llico.com/article.htm?articleID=19857&rubrique=actus



A Montpellier, un jeune homme agressé ne parvient pas à intéresser la justice à son affaire:


http://v2.e-llico.com/article.htm?articleID=20100&rubrique=actus



A Lyon, la justice refuse de retenir des circonstances aggravantes d'homophobie alors que les agresseur eux-mêmes les ont avouées...


http://v2.e-llico.com/article.htm?articleID=19302&rubrique=actus


Il a fallu une intervention des associations locales pour qu'elle change d'avis:


http://v2.e-llico.com/article.htm?articleID=17889&rubrique=actus



Au même moment, le parquet de Lyon se fait tirer l'oreille pour sévir contre des agresseurs de la Gay Pride de 2008:


http://v2.e-llico.com/article.htm?articleID=17203&rubrique=actus



Ce refus de qualification d'agression homophobe se reproduit à Talence:


http://v2.e-llico.com/article.htm?articleID=16474&rubrique=actus



Certes, et heureusement, cela ne se passe pas toujours comme cela. De nombreux parquets et tribunaux appliquent normalement la loi en matière d'homophobie...


Mais, et c'est le but de la démonstration, dans aucun des cas où cette loi n'est pas appliquée, on n'a vu intervenir le ministre, ni en deux jours, ni même en deux mois... Comme s'il existait de bonnes et de mauvaises raisons de se faire injurier, agresser et assassiner.




Dans un domaine pas très éloigné, les Francofollies de la Rochelle viennent de déprogrammer le rappeur Orelsan pour une de ses chansons « Sale pute » dans laquelle, d'après le « scénar », un cocu aviné s'adresserait à la femme qui l'a quitté. (Moi, je la comprends, de quitter pareil lascar..)


Tout le monde ou presque hurle à l'atteinte à la liberté d'expression et à la création artistique...



Or pourtant, l'an dernier, les associations gay ont fait annuler la tournée européenne de quelques rappeurs jamaïcains -dont le très célèbre Sizzla-, au regard des appels au meurtre d'homos contenus dans leurs chansons.


http://brethmas.blogspot.com/2008/09/192-l-htro-pride-fait-un-flop.html

http://brethmas.blogspot.com/2008/05/170-le-conseil-de-leurope-confond.html


Paradoxe: personne de crédible n'a hurlé à l'atteinte à la création artistique, mais on n'a pas entendu non plus Ségolène Royal, qui serait pourtant à l'origine du coup d'éteignoir de la Rochelle...


Étrange, non?


Protéger aveuglément la liberté d'expression et la création artistique sans examiner ce qu'elles proposent, c'est bon pour le pays de oui-oui, sinon c'est ouvrir bien large des portes par lesquelles quelques indélicats risquent fort de s'engouffrer...


Sur la liberté d'expression, deux thèses s'affrontent: on peut tout dire, comme aux USA, ou le négationnisme et l'appel au meurtre homophobe ont pignon sur rue et droit de cité.


Faut-il protéger la « liberté » absolue sans considérer le mauvais usage qu'elle peut induire chez quelques esprits simples ou un peu allumés?


Sur la qualification de création artistique, il convient aussi de s'entendre... Dans l'état actuel des choses, un étron sur une assiette devient « création artistique » si un riche mécène en décide ainsi et sponsorise l'œuvre à un prix pas raisonnable.


Ne pas poser de borne en la matière, -si j'ose dire-, ouvre la voie à un abruti qui voudra illustrer « par une œuvre d'art » que l'holocauste a la beauté d'un « drame romantique »... Il va bien falloir dire « stop » quelque part, sinon, ce genre de chose se produira réellement.


L'histoire de la littérature et de l'art lyrique démontre abondamment qu'un homme peut déplorer l'absence de sa bien-aimée sans la traiter de sale pute. Les Francofolies nous avaient habitué à mieux.


Laisser dire des conneries, ça peut « le faire » à condition d'apprendre aux gens à les reconnaître.

Ce qui, quand on écoute certains, et non des moindres, est loin d'être le cas.




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